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Route 66

Route 66

Prenez vos bécanes pour aller au cinéma, voir des pièces de théâtre, admirer des expositions...

Publié le par Hélène
Publié dans : #théâtre

Le rideau n'est pas encore levé que le spectateur est déjà plongé dans la mémoire de la Shoah...

Le bruit des trains enfle sur les rails qui mènent à Thieresienstadt... et emplit le théâtre de l'Atelier...

Quand Sami Frey s'assied à la table et nous fait partager l'entretien que Claude Lanzmann a eu avec Maurice Rossel, ancien délégué de la Croix Rouge, trente cinq ans après son inspection des camps qu'il traversa sans rien voir, notre attention ne quitte plus le visage fatigué de l'acteur qui nous fait face !

Sur le plateau nu, Sami Frey se tient devant la porte immense du fond de scène (qui pourrait être celle de la forteresse de Thieresienstadt) et nous parle d'une voix quasiment blanche des corps de ceux que l'on préféra ignorer... à qui Maurice Rossel reprocha de ne pas lui avoir fait un signe pour l'avertir...

Dans son interprétation, Sami Frey ne condamne pas, ne s'indigne pas, Sami Frey lit et nous regarde en silence... c'est magnifique, profond et glaçant...

"On sait que Theresienstadt, ville forteresse située à soixante kilomètres au nord-est de Prague, avait été élue par les nazis pour être le site de ce que Adolf Eichmann lui-même appelait « un ghetto modèle », un ghetto pour la montre. […]

La vérité est que ce « ghetto modèle » était un lieu de transit, première ou dernière étape, comme on voudra, d’un voyage vers la mort qui a conduit la plupart de ceux qui y ont séjourné vers les chambres à gaz d’Auschwitz, de Sobidor, de Belzec ou de Treblinka. […]

Les conditions réelles d’existence à Thieresienstadt étaient effroyables : la majorité des Juifs, hommes et femmes concentrés là-bas, étaient très âgés et croupissaient de misère, de promiscuité et de malnutrition dans le surpeuplement des casernes de la forteresse. […]

A la tête d’une délégation du CICR (Comité International de la Croix-Rouge), Maurice Rossel inspecta le ghetto en juin 1944, avec l’assentiment des autorités allemandes.

Je remercie Maurice Rossel de m’avoir autorisé à utiliser aujourd’hui l’interview qu’il m’avait accordée en 1979. « Maintenant octogénaire, m’a-t-il écrit, je ne me souviens plus très bien de l’homme que j’étais alors. Je me crois plus sage ou plus fou, et c’est la même chose. Soyez charitable, ne me rendez pas trop ridicule. »

Je n’ai pas cherché à le faire. "                                        

Claude Lanzmann

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