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Route 66

Route 66

Prenez vos bécanes pour aller au cinéma, voir des pièces de théâtre, admirer des expositions...

Publié le par Hélène
Publié dans : #livres

Pour écrire sa première fiction sur le pouvoir en Russie, le politologue Giuliano da Empoli s’est inspiré de Vladislav Sourkov, longtemps conseiller de Poutine.

C’est en effectuant des recherches pour Les ingénieurs du chaos (JC Lattès, 2019), un essai – traduit en douze langues – consacré aux conseillers des leaders populistes, qu’il s’est familiarisé avec la figure de Vladislav Sourkov, dont son protagoniste est librement inspiré.

Vladislav Sourkov n’est pas un inconnu sur la scène internationale. Cet idéologue ayant conceptualisé les notions de « verticale du pouvoir » et de « démocratie souveraine » a occupé plusieurs fonctions dans l’administration présidentielle russe depuis le début des années 2000.

Dans Le Mage du Kremlin, Giuliano da Empoli retrace fidèlement les grandes lignes de sa carrière politique, jusqu’au dossier ukrainien, dont il fut chargé quelques mois avant l'annexion de la Crimée par les Russes en mars 2014 et l'intervention militaire dans le Donbass...

Giuliano da Empoli, lui-même ancien conseiller de Matteo Renzi et excellent connaisseur de la Russie, mène une enquête imaginaire. Et « retrouve » l’ex-conseiller au fin fond de la campagne moscovite, dans une villa à la Tchekhov, pour une nuit de confession. Son Vadim Baranov est-il proche du modèle ? Qu’importe, la culture et l’intelligence du personnage séduisent. Giuliano da Empoli lui invente un grand-père fasciné par Custine, l’écrivain français qui avait écrit en 1839 un portrait à charge de la Russie...

Pour Baranov, le destin des Russes est d’être gouverné par les descendants d’Ivan le Terrible. Grâce à l’oligarque Boris Berezovsky, qui a pris, sous Eltsine, le contrôle de la télévision d’État, il a rencontré à Saint-Pétersbourg « un blond pâle aux traits décolorés, portant un costume en acrylique beige » : le chef du FSB (ex-KGB). Baranov le convainc que les Russes ont « un désir de verticalité ».

"Coaché" par Baranov, Poutine se métamorphose et enfle jusqu'à devenir «le Tsar», écarte les oligarques pour reprendre le contrôle des richesses du pays, galvanise le peuple en promettant de mettre fin à la désintégration de la Russie.

Peu à peu, le récit, aussi passionnant qu'un roman policier, nous dévoile les dessous de l'ère Poutine en nous faisant entrer dans la tête du Tsar, exaspéré par la condescendance américaine, la perte de la Crimée, siège de la flotte militaire russe, et la «révolution orange» qui menace, par contagion, son propre pouvoir…

Écrit avant l’invasion russe en Ukraine en février dernier, Le mage du Kremlin est tristement prémonitoire, énonçant que « la première règle du pouvoir est de persévérer dans les erreurs, de ne pas montrer la plus petite fissure dans le mur de l’autorité ». La fascination pour le chaos est omniprésente !

A lire pour mieux comprendre que les Russes ne sont pas gouvernés par l'esprit de raison occidental !

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