C'est la deuxième Palme d'or du réalisateur roumain après "4 mois, 3 semaines, 2 jours" en 2007.
L'histoire se se déroule en Norvège où les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village enclavé au bout d'un fjord surmonté de blocs rocheux froids et hostiles...
Cristian Mungiu ne nous donne pas la raison de l'exode roumain mais très vite la famille détonne dans une société très progressiste où la parole de l'enfant est reine...
Ils se lient d'amitié avec leurs voisins, les Halberg et les deux jeunes filles des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes.
Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause.
Le scénario nous confronte aux attitudes radicales des différents protagonistes..
Le service d'Aide à l'enfance, saisi par l'école, sans enquête préalable approfondie, dessaisit brutalement les parents Gheorghiu de leurs enfants y compris du petit dernier encore allaité par sa mère...
Face à cet arbitraire, le couple réagit chacun à sa façon : la mère Lisbet (toujours aussi formidable Renate Reinsve) tente de comprendre et cherche une alliée chez sa voisine Mia (passionnante Lisa Carlehed), tandis que le père Mihaï (Sebastien Stan très ambigu) se rapproche de sa communauté catholique et alerte les media...
Quant au mari de Mia, qui est également le supérieur hiérarchique de Mihaï, il tente de temporiser sans vraiment y réussir et perd pied face à la colère de sa fille en pleine crise d'adolescence...
Le spectateur français s'étonne de tant d'agressivité de la part de l'administration norvégienne y compris du corps judiciaire face à ce couple, certes extrémiste dans son éducation religieuse mais dont la culpabilité n'est pas concrètement prouvée... et surtout de la décision des parents dans les dernières scènes du film...
Le débat est intéressant mais personnellement, je suis ressortie mal à l'aise, ne comprenant pas pour qui le cinéaste prenait partie comme s'il nous livrait brutalement sa vision du monde sans analyse ; dans son message, j'ai compris : voici comment se comporte la société moderne, à vous d'observer et de juger si vous le souhaitez...
Vous me direz ce que vous en pensez mais pour ma part, avant même d'avoir vu les autres films primés à Cannes, je ne trouve pas que "Fjord" méritait une Palme d'or !