
Le dernier opus de Ryusuke Hamaguchi a été présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026 où il a été récompensé par un double prix d'interprétation féminine ex-æquo pour ses deux formidables interprètes : Virginie Efira dont la palette de jeu semble infinie et Tao Okamoto, une délicieuse et brillante liane japonaise qui a commencé sa carrière de comédienne comme mannequin.
Le réalisateur s'est inspiré d'un livre de correspondance entre deux femmes japonaises (une philosophe atteinte d'un cancer et une anthropologue) : "Quand la vie prend un tournant inattendu"- et a choisi de transposer cette fiction en France afin de bénéficier de conditions financières et de travail plus adaptées qu'au Japon.
Durant 3 heures 15, le cinéaste nous fait partager le difficile quotidien de Marie-Lou (Virginie Efira), directrice d'un EHPAD qui tente de mettre en œuvre une nouvelle méthodologie de soins, basée sur la bienveillance : l'Humanitude, qui privilégie un contact privilégié avec les résidents sur la base du regard, de la parole, du toucher et de la verticalité, et ce malgré les réticences de l'équipe malheureusement pas assez nombreuse pour consacrer plus de temps à des personnes aux capacités cognitives diminuées et des fonctionnaires de l'ARS qui lui opposent un manque de moyens financiers...
Sa rencontre avec Mari (Tao Okamoto), une gracieuse metteuse en scène de théâtre japonaise dont elle a vu la pièce poignante, va complètement changer son rapport aux autres et sa compréhension des difficultés qu'elle rencontre...
En effet les deux femmes, qui parlent chacune la langue de l'autre, vont connaître un véritable coup de foudre amical qui s'inscrit d'autant plus dans l'urgence de la discussion et de l'échange que Mari est atteinte d'un cancer en phase terminale...
Le film mosaïque nous propose une réflexion sur des sujets aussi différents qu'une analyse sociopolitique d'un capitalisme qui se meurt en détruisant la nature, l'organisation du travail dans un EHPAD, les méthodes de soins et leurs conséquences, la complexe cohabitation avec un jeune autiste, la puissance de la création artistique, la naissance des vocations de soin, la complémentarité des cultures, la force de la curiosité et l'art de la conversation...
Beaucoup de délicatesse, pas de pathos, des moments amusants comme lors de séances d'hyper-relaxation en plein air où tous les résidents âgés "affalés", s'accordent des moments de caresses et de massage des pieds, des personnages secondaires finement analysés dont l'infirmière en chef enfermée dans ses compétences techniques...
Un film à voir absolument pour ses deux interprètes mais également pour son atmosphère à nulle autre pareille !