Difficile de ne pas aller voir le dernier film de Margarethe von Trotta que l'on a appréciée dans "L'honneur perdu de Katharina Blum" ou "Rosa Luxembourg" !
A force de vouloir ouvrir les yeux des allemands sur leur lourd passé, la réalisatrice signe un film didactique, qui paradoxalement ne fouille pas assez le lien controversé entre l'oeuvre d'Hannah Arendt, philosophe allemande née en 1906 - émigrée à New York en 1941 et naturalisée américaine en 1951, et la pensée de Martin Heidegger, son premier maître et amant !
Le film n'est pas un biopic mais raconte un épisode charnière de la vie de la philosophe entrecoupés de quelques flashbacks académiques.
Hannah Arendt, qui a déjà publié son oeuvre majeure "Les origines du totalitarisme", est envoyée par le New Yorker couvrir le procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961.
Elle rend son article en mai 1962 après la pendaison d'Eichmann : dans un long texte, elle explique qu'elle s'attendait à voir le diable mais qu'elle n'a découvert, dans sa cage en verre, qu'un homme banal, un "falot", un homme dépourvu de "pensée" (la pensée étant associée dans son raisonnement à l'esprit critique), qui tout au long de son procès n'a cessé de se défendre en disant qu'il n'avait fait qu'obéir aux ordres !
Elle en tire un concept philosophique original "la banalité du mal" qui va faire scandale aux USA mais également et surtout en Israël !
La philosophe, interprétée par Barbara Sukowa, se retrouve rapidement isolée, ses amis lui tournant le dos d'autant qu'elle a soulevé en parallèle la question du rôle des Judenräts (conseils juifs) dans les déportations... Soutenue par son mari interprété par Axel Milberg, acteur tout en nuance, et par sa fidèle secrétaire qui dépouille les lettres d'injure qu'elle reçoit du monde entier, Hannah va se réfugier à la campagne pour se mettre à l'écriture de son livre "Eichmann à Jérusalem"...
Car Hannah nous est présentée dans le film comme une femme intransigeante, campant sur ses positions, refusant l'aspect "affectif" de la Shoah et des 6 millions de morts juifs !
Le personnage est effectivement courageux, sa thèse est "intéressante" mais elle doit être mise en regard avec des engagements politiques à première vue antagonistes : comment la femme qui, après la seconde guerre mondiale retourne en Allemagne et travaille pour une association d'aide aux rescapés juifs, peut-elle parallèlement témoigner en faveur d'Heidegger au cours de son procès en dénazification ?
Le film nous incite à lire ou à relire l'oeuvre d'Hannah Arendt dont la pensée a été influencée par Heidegger mais également Husserl et Karl Jaspers !