Un film trop grand pour se passer d'une critique. Je prends donc la plume.
Certes le spectateur gavé de films d'actions décousues s'y ennuiera à mourir.
Et certes 50% du film tourne en rond, mais c'est à but pédagogique. Les autres 50% nous font une ébauche impressionniste d'une des plus grandes figures du XXème siècle.
Sur fond de Brexit, ce film appelle au sursaut et à l'orgueil national. Kristin Scott Thomas y est discrète, usée, dépitée, et donc encore plus belle. Gary Oldman, ce monstre, endosse un costume immense, celui d'un homme inimitable. Saluons donc son humilité et son effort pour nous faire aussi entrer dans ce costume.
Au travers de la différence affichée de Winston, il nous apprend à nous accepter tels que nous sommes : usé par les années qui passent, abandonné par les siens, il avance vent debout avec ses convictions sous le bras qu'il portera à la tribune de manière décalée.
Il fut l'homme d'un instant, il n'eut ni d'avant ni d'après; il fut l'ante-Christ, le seul homme dont Hitler avait peur, le point d'inflexion entre l'ancien et le nouveau monde qui vint nous sauver, le cerveau droit génial dont les visions imprévisibles ont brisé la logique industrielle allemande.
Dans ce film, il faut chercher à s'y ennuyer afin de pouvoir percer ces petits détails qui font tout, ces balbutiements inaudibles qui nous disent tout.