
François Ozon dénonce avec force la pédophilie du père Preynat, dont le procès se tiendra fin 2019... et le silence coupable de la hiérarchie épiscopale...
Trois interprètes magistraux nous font revivre le cauchemar vécu par ces enfants abusés par ce prêtre lyonnais qui "s'occupait" à sa façon des jeunes scouts que leurs parents lui confiaient les yeux fermés...
Lorsque Alexandre (formidable Melvil Poupaud), père de famille nombreuse, quadragénaire et croyant, découvre que le père Preynat continue à être en contact avec de jeunes enfants, il est le premier à se manifester auprès du diocèse de Lyon pour dénoncer les attouchements dont il a été victime trente ans auparavant...
Reçu par le cardinal Barbarin (interprété par François Marthouret), il est écœuré de l'absence totale de sanctions contre le père Preynat et décide de porter l'affaire en justice...
Puis François (tout aussi formidable Denis Ménochet) contacté par la police, entre en scène à son tour et décide de créer une association : La Parole libérée...
Emmanuel (Swann Arlaud à fleur de peau), le plus jeune et le plus abîmé des trois, rejoint à son tour l'association et finit par accepter de témoigner....
Admirablement construit le film nous raconte le parcours de résilience de ces 3 victimes, en nous faisant vivre leur quotidien et en nous replongeant dans leur passé...
En effet les souvenirs qui remontent avec la parole libérée ont un fort impact sur leurs proches : conjoint, frère, mère ou enfants et nous assignent à notre tour comme témoins impuissants de ces drames individuels et familiaux...
Grâce à Dieu ne juge pas, il témoigne et si sa sortie se télescope avec l'actualité judiciaire, François Ozon revendique l'utilisation exclusive de faits avérés... jusqu'au titre de son film qui reprend la phrase malheureuse employée par le cardinal Barbarin lors d'une conférence de presse...
Un film dossier passionnant, servi par trois acteurs subtils et des personnages secondaires qui habitent complètement leur rôle : Bernard Verley est un père Preynat plus vrai que nature, Josiane Balasko est émouvante dans le rôle de la mère d'Emmanuel, de même qu'Hélène Vincent dans celui de la mère de François !
Après 8 femmes et Dans la maison, François Ozon quitte sa posture ironique pour entrer dans la cour des grands réalisateurs témoins de leur temps !