
Le jeune réalisateur russe Kantemir Balagov (30 ans), dont Tesnota le premier long métrage avait été sélectionné en 2017 à Cannes dans la section Un certain regard, a remporté avec ce film le prix de la mise en scène dans la même section en 2019... et ce n'est que justice !
Il s'est inspiré du livre La guerre n'a pas un visage de femme de Svetlana Aleksievitch pour nous raconter le quotidien de Iya et Mascha, deux jeunes femmes russes qui ont survécu à l'enfer de Stalingrad...
A la manière d'un peintre qui nous ferait entrer dans le tableau, le réalisateur tente par touches de couleur de saisir dans le dialogue des deux jeunes femmes le passé indicible et le présent douloureux...
Iya (formidable Viktoria Miroshnichenko), est infirmière dans un hôpital qui tente de soigner les survivants de la bataille de Stalingrad : grande silhouette blonde comme absente à elle-même, elle ne vit que dans le regard de Mascha (tout aussi formidable Vasilisa Perelygina), "fille à soldats" revenue du front marquée dans son corps et désormais stérile...
Ces deux-là sont liées par leur passé commun, par un fils confié par l'une à l'autre, par leur quotidien dans le service d'Andrey (Nikolay Ivanovich intense et fragile)... puis par le futur qu'elles tentent d'inventer, abandonnant la couleur sépia des uniformes pour oser les couleurs vives du rouge et du vert...
Un film lent (2h17) et beau où les sourires d'Iya et Mascha nous parlent des grandes oubliées de l'Histoire !