
Roman Polanski (86 ans) nous replonge dans la plus grande erreur judiciaire de la fin du XIXe siècle, la fameuse affaire Dreyfus qui déchira les familles françaises durant 12 ans...
Le scénario du film est signé Robert Harris, journaliste britannique de télévision et de presse écrite qui s'est fait un nom en écrivant des romans historiques... tout comme l'était celui de Ghost Writer (très grand succès du réalisateur en 2010)...
Pour nous faire vivre "l'Affaire" à Paris et non depuis l'île du Diable, Roman Polanski et Robert Harris ont décidé de la présenter du point de vue de Georges Picquart, un lieutenant-colonel antisémite qui a paradoxalement et largement contribué à innocenter Alfred Dreyfus...
Le film tourné en français démarre dans la sinistre cour de l'Ecole Militaire le 5 janvier 1895 lorsque Dreyfus, condamné pour haute trahison et intelligence avec l'ennemi, est dégradé sous les cris de la foule haineuse qui se presse aux grilles...
Et le ton est donné... Tout est sombre dans le film : les bureaux, les prétoires, les appartements... tout est confiné et sent la poussière... seuls rutilent les uniformes aux pantalons garance...
Durant 2h13, nous suivons avec passion l'enquête menée par Picquart depuis son arrivée à la tête du "Bureau des Statistiques", autrement dit le service du renseignement français jusqu'au fameux "J'accuse" d'Emile Zola qui précipitera le deuxième procès puis la réhabilitation du capitaine juif...
Interprété par une brochette d'acteurs tous plus excellents les uns que les autres : Jean Dujardin incarne avec sobriété le personnage complexe de Picquart, Louis Garrel est marmoréen dans les habits de Dreyfus, Grégory Gadebois est formidable comme à son habitude dans la peau de Hubert Henry, officier subalterne qui fabriqua des fausses preuves contre Dreyfus à la demande de sa hiérarchie, Mathieu Amalric campe un Bertillon plus vrai que nature, Vincent Perez est parfait en Me Leblois, l'avocat ami de Picquart, Didier Sandre excelle dans l'uniforme du général de Boisdeffre, Melvil Poupaud est magnifique dans la robe de Me Labori qui défendit Dreyfus... le film dénonce la chasse aux sorcières à l'encontre d'une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement qui échappent à tout contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse tabloïd...
Le 64ème film de Polanski est tout à la fois le récit d'un passé peu glorieux pour la France et son armée et une mise en garde contre un possible bégaiement de l'Histoire !