
Réalisateur de Asako I et II (voir ma critique sur le blog en janvier 2019), l'auteur japonais Ryusuke Hamaguchi a remporté le prix du scénario du festival de Cannes 2021 avec son dernier opus Drive my car, adapté d'une nouvelle de Haruki Murakami dans le recueil Des hommes sans femmes...
Long de trois heures, le film nous fait voyager au volant de la vieille Saab rouge de Yusuku Kafuku (Hidetoshi Nishijima), acteur et metteur en scène de théâtre...
Assis dans la voiture, nous faisons les trajets domicile, lieux de travail de cet artiste quadragénaire très amoureux de sa femme Oto (Reika Kirishima), elle-même scénariste de talent qui travaille pour la télévision...
Le film commence sur une scène d'amour filmée au plus près des visages durant laquelle le spectateur est appelé à faire partie de l'intimité de ce couple qui semble très lié : elle parle, lui écoute, elle lui raconte une histoire teintée d'érotisme, lui sourit et approuve...
Et pourtant Yusuku va bientôt surprendre sa femme dans les bras de Koji (Masaki Okada), un jeune et bel acteur qu'elle lui a présenté... Abasourdi, il ne dit rien et n'écoute plus sa femme tant il redoute d'entendre ce qu'elle souhaite lui confier...
Le déni va se doubler d'un drame qui se conjugue à l'impossible deuil d'un enfant qui paradoxalement cimente encore plus le couple...
Quand Yusuku accepte de monter Oncle Vania dans le cadre d'un festival à Hiroshima, nous le suivons au volant de sa Saab puis sur place conduit par une chauffeure imposée par les organisateurs...
Tout oppose Yusuku à la maussade Misaki (Toko Muira) qui le conduit d'Hiroshima à la résidence où il loge face à un paysage magnifique...
Pourtant au fil des jours, de répétition en répétition, de trajet en trajet, un fil va se tisser entre ces deux êtres marqués par un drame intime, leur permettant de briser le silence, de se confier, de réparer leurs blessures du passé pour s'ouvrir à nouveau au présent...
Le film est beau, le film est lent, le film est cérébral comme le cheminement des personnages...
La troisième heure permet de ramasser tous les petits cailloux semés par le réalisateur pour entrer pleinement dans l'histoire et partager l'intimité de ce nouveau "couple" !
A voir assurément !