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Route 66

Route 66

Prenez vos bécanes pour aller au cinéma, voir des pièces de théâtre, admirer des expositions...

Publié le par Hélène
Publié dans : #théâtre

Alain Françon adapte la pièce éponyme de Thomas Bernhard (écrite en 1979) pour la scène du théâtre de la Porte Saint Martin

Dans cette œuvre politique satirique, l'auteur s'élève contre la dénazification inachevée de son pays, l'Autriche, et celle de sa voisine, l'Allemagne...

Bernhard s'est inspiré d’un personnage réel : Hans Karl Filbinger, ministre président du Land de Bade Wurtemberg de 1966 à 1978, année au cours de laquelle il avait dû démissionner, après des révélations sur son activité de juge dans la marine sous le nazisme.

Rudolf (André Marcon), ancien officier nazi et commandant d'un camp de concentration, reconverti en respectable président de tribunal, s’apprête à prendre sa retraite au terme d’une carrière exemplaire au service du droit et de la justice.
La pièce se déroule le 7 octobre, jour de la naissance de Himmler, mentor et idole que notre héros célèbre chaque année avec sa bien aimée sœur Vera (Catherine Hiegel).

Cette dernière virevolte et veille à tout : elle repasse l'uniforme de son frère, ressort l'album de famille, prépare le repas et sert le champagne pour que la fête soit parfaite… et ce malgré la présence de Clara (Noémie Lvovski), leur sœur cadette coincée dans un fauteuil roulant depuis l'attentat "terroriste" perpétré par les américains dans une école allemande - et enfermée dans sa haine du régime hitlérien et de ses serviteurs...

Dans cette farce macabre, le texte puissant de Thomas Bernhard, dénonce l'aveuglement, la médiocrité et l'impunité de cet homme en fin de carrière, adulée par sa sœur Vera qui lui a consacré sa vie mais détesté par sa sœur Clara qui n'en peut plus de devoir subir ses discours antisémites revanchards...

Catherine Hiegel impressionne par sa maîtrise du texte qu'elle débite comme les versets d'une antienne en longs monologues, André Marcon excelle dans ce personnage de "monstre" caché sous des habits de respectabilité...

Quant à Noémie Lvovsky dont c'est le premier rôle au théâtre, elle nous étonne et nous séduit dans un registre taiseux éloigné de son extraversion habituelle  ; dommage que sa prestation soit avant tout constituée de silences réprobateurs et ce notamment lors du fameux dîner : on aurait aimé l'entendre débiter quelques vacheries bien senties !

A voir jusqu'au 2 avril !

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