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Swann Arlaud est fascinant dans ce rôle d'intellectuel qui se fait embaucher à la chaîne chez Citroën en septembre 1968 pour mieux connaître le milieu ouvrier et le soutenir dans ses luttes sociales...
Adapté du roman L'établi de Robert Linhart, un philosophe normalien d'origine juive, co-fondateur du mouvement maoïste, qui a passé une année en usine, le film de Mathias Gokalp est un véritable manifeste en faveur de la classe ouvrière, célébrant son courage, sa solidarité et sa "beauté"...
Les images du premier jour de Robert, filmées comme un polar, nous tiennent en haleine jusqu'à son retour chez lui, le corps meurtri et les mains en sang...
On découvre ou on redécouvre la réalité de l'époque post-68 : les conditions de travail inhumaines, les méthodes perverses de surveillance et de répression des supérieurs, le racisme des contremaîtres à l'égard des immigrés italiens, maghrébins et noirs...
Quand Citroën décide de se rembourser des accords de Grenelle en exigeant des ouvriers qu'ils travaillent trois heures supplémentaires par semaine à titre gracieux pendant 6 mois, Robert et quelques autres entrevoient alors la possibilité d'un mouvement social...
Formidablement empathique, le réalisateur nous fait participer à la préparation de cette grève puis à son déroulement avec ses moments d'enthousiasme, ses difficultés et ses découragements...
Aux côtés de Robert et de ceux nombreux qui l'ont rejoint spontanément, je donnerai une mention spéciale au jeune ouvrier Christian (Robin Migné), dont la personnalité est digne de La Comédie humaine...
Servi par ce grand acteur qu'est Swann Arlaud mais également par Denis Podalydès qui excelle dans un rôle de Directeur du personnel machiavélique et par Olivier Gourmet qui interprète avec son talent habituel un aumônier, délégué de la CGT dans l'usine - le film nous rappelle que les luttes ne sont pas finies même si on peut espérer que les conditions de travail se soient largement améliorées depuis cette période, pas si lointaine...