
Depuis 2009, une expérimentation d’offre alternative à l’hébergement d’urgence par l’utilisation de locaux inoccupés a été mise en place. Ce système permet aux propriétaires de confier leurs biens vacants à des organismes publics ou privés afin d’y loger des résidents temporaires.
Le but de ce dispositif est de protéger les espaces vacants (bureaux, couvents...) d’une occupation illicite et de trouver des places d’hébergement pour les personnes en situation précaire. Ce concept est importé d’un modèle hollandais inventé à Amsterdam dans les années 80, par un acteur de l’immobilier.
Cette "avancée" sociale s'inscrit malheureusement dans le système néo-libéral qui gangrène nos sociétés, en ce sens que les règles "locatives" sont très flexibles pour les propriétaires, mais beaucoup plus contraignantes pour les résidents : expulsion possible durant la trêve hivernale, enfants et animaux interdits dans les locaux, pas de fêtes, pas plus de deux invités, interdiction de s’absenter plus de deux jours sans autorisation etc
Nicolas Silhol illustre cette disposition de la loi Elan en nous racontant l'histoire d'Inès (Lise Bourgoin magnifique dans le rôle), contrainte, sous menace d'expulsion de son logement, de retrouver rapidement un job pour pouvoir se loger avec Adam (Samy Belkessa), son fils de 14 ans... Elle accepte donc un CDD de resident manager dans une société Anti-Squat au management musclé...
Mais les règles des résidents s'appliquant également à elle, elle doit bientôt jongler avec ce nouveau métier difficile et exigeant et la "gestion" à distance de son fils dont la conscience sociale est en train de s'épanouir dans le cadre de la révolte lycéenne...
Un peu moins précaire que les précaires qu'elle a recrutés, Inès se retrouve dans un nœud de conflits de loyautés et doit très vite apprendre à questionner ses valeurs pour satisfaire tout à la fois ses employeurs, prendre soin de ses résidents et assurer la sauvegarde de sa famille...
Le film est tellement noir que, malgré la performance extraordinaire des principaux acteurs et des seconds rôles, le spectateur ressort anéanti devant cette misère "ordinaire" soumise aux lois de la jungle capitalistique...
A voir pour Lise Bourgoin ?