
« À bas la théocratie ! À bas le dictateur ! Femme, vie, liberté ! »
C'est lorsqu'il était emprisonné que le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof a pris conscience de la force du mouvement de contestation des femmes iraniennes après le décès de Mahsa Amini, étudiante arrêtée et battue à mort en septembre 2022 pour « port de vêtements inappropriés »
Dès sa libération, Mohammad Rasoulof a voulu réaliser un film pour apporter sa contribution à ce magnifique élan et témoigner à l'attention de la communauté internationale du courage de ces manifestantes brutalement réprimées : extirpées de leurs véhicules, matraquées, défigurées par des balles de chevrotine, emprisonnées (cf vidéos sauvages rassemblées et diffusées entre les scènes fictionnelles du scénario)...
Réussissant à contourner le système de censure, le réalisateur a réuni une petite équipe de techniciens et d'acteurs(trices) prêts à risquer leur vie pour le projet, avant de partir clandestinement de son pays fin avril, pour venir présenter le film au Festival de Cannes 2024, où il a obtenu le Prix spécial du jury !
Soit une famille de la petite bourgeoisie, à Téhéran. Un couple, avec ses deux filles, l’une étudiante, l’autre lycéenne. Le foyer semble vivre en harmonie. Les parents sont aimants quoique stricts. Le père, Iman, vient d’être nommé enquêteur au tribunal révolutionnaire. Il est heureux. Encore une étape à franchir et il pourra bientôt devenir juge d’instruction, son vœu le plus cher. Hélas, ce travailleur zélé déchante vite. Il se rend compte qu’il est contraint de signer de manière quasi automatique des mandats d’exécution capitale, sans avoir la possibilité d’étudier sérieusement les dossiers.
Tandis qu’Iman étouffe ses scrupules et se soumet de plus en plus à l’ordre établi, ses deux filles, elles, soutiennent le mouvement des femmes. Au grand dam de la mère, qui se range plutôt du côté de son mari, tout en ayant un double discours, voulant ménager les deux camps.
C'est la disparition mystérieuse de l'arme de service d'Iman qui fait exploser le huis clos familial, à l'instar de ce qui se passe dans la rue...
Basculant dans le thriller, et changeant de décor (nous nous retrouvons dans le spectaculaire paysage montagneux et désertique de l'Iran), le réalisateur nous démontre dans une série de métaphores toutes plus inventives les unes que les autres, la folie de la répression, la force et la solidarité des femmes et termine son analyse politique par une note dramatiquement optimiste !
Le film dure près de trois heures mais le spectateur européen reste scotché à son fauteuil même s'il se pense informé de ce qui se passe en Iran aujourd'hui ?!
Les trois interprètes : la mère Najmeh (Soheila Golestani), dont c'est le second rôle au cinéma, la fille ainée Rezvan (Mahsa Rostami), dont c'est le premier rôle, aujourd'hui exilée en Allemagne pour sa sécurité et la fille cadette Sana (Setareh Maleki), dont c'est le second rôle au cinéma traduisent avec talent les questionnements et les actions des femmes iraniennes !
A voir absolument !