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Paul Schrader retrouve Richard Gere (son héros dans American Gigolo en 1980) et lui confie le rôle de Leonard Fife du roman éponyme de Russel Banks...
Il nous raconte la confession d'un grand documentariste au soir de sa vie... qui souhaite dire la vérité et exige la présence de sa femme Emma (toujours aussi belle Uma Thurman qui est également sa compagne dans sa vie)...
Richard Gere, très éloigné de ses fameux rôles "sexy", "doublé" par Jacob Elordi pour l'interpréter dans les flashbacks, réalise ici une véritable performance d'acteur mêlant son visage actuel à celui d'un vieil homme habité par la souffrance et par l'urgence de parler...
Le scénario doublement crépusculaire est habité par le décès récent du père de Richard Gere et la maladie déclarée de Russel Banks quand Paul Schrader a démarré l'écriture de son scénario...
Véritable mosaïque, le film mêle habilement les quatre différentes époques racontées par le documentariste en utilisant quatre formats d’image différents et cet effet de décalage nous perd tant en nous rapprochant de la confusion de cet homme dont la mémoire, certes toujours très présente, est de temps en temps floutée par l'injection de morphiniques...
Et c'est passionnant car ce procédé nous permet de vivre cette confession comme si c'était la nôtre, celle que chacun souhaite ou redoute de faire avant de refermer la dernière page... sur une vie marquée par la réussite mais également par la lâcheté qui l'a rongé toute sa vie, vérité qu'il voudrait crier à ceux qui l'entourent pour obtenir un pardon qu'il ne se donne pas lui-même...
Écrite comme cela, la critique pourrait vous faire peur mais il faut lâcher prise et écouter, regarder cet homme toujours aussi beau et charismatique mais humble et lucide face à la vanité de la réussite médiatique...
Personnellement, j'ai trouvé le film magnifique et ce d'autant plus que j'avais eu la chance de voir Richard Gere interviewé la veille au soir sur Arte par une Elisabeth Quin sous le charme : avec un naturel époustouflant, l'acteur a parlé de sa vie et de son film, prenant à témoin l'épique technique du plateau, geste que je n'avais jamais vu faire par qui que soit d'autre dans cette émission...
A voir absolument pour Richard Gere, un honnête homme, un Mensch !
PS : le film porte ce titre pour 2 raisons (la première puisque Leonard a fui la conscription pour le Vietnam en fuyant au Canada et la seconde parce que c'est le nom de la caméra utilisée dans le film, surnommée Interrotron, en hommage à l’appareil inventé par le documentariste oscarisé Errol Morris, un ami de Paul Schrader)