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Le film est une adaptation libre du roman du même nom de Christophe Boltanski (prix Femina 2015), dans lequel l'auteur raconte l’histoire de sa famille sur plus d’un siècle.
Le réalisateur Lionel Baier a choisi de s'attarder sur les événements de Mai 68, alors que dans le livre, cette période ne fait l’objet que d’un demi-paragraphe.
Il explique ce choix par ces mots : "Pour moi, les événements de ce mois particulier ont exacerbé les passions françaises. 23 ans après la guerre, suite aux grèves et pénuries, l’inconscient collectif a refait surface et s’est incarné aussi bien à gauche, qu’à droite. [...] Cela permettait de déplier une grande partie des thématiques qui m’avaient touché dans le roman. Comme le rapport aux origines, le besoin de fiction dans la construction de son identité, l’antisémitisme, le non-dit."
Le scénario du film s'écrit autour de Christophe, un petit garçon de 9 ans, qui vit les événements de mai 68, dans l’appartement familial de ses grands parents à Paris rue de Grenelle, entouré de ses oncles (William Lebghil et Aurélien Gabrielli) et de son arrière-grand-mère dite L'Arrière-pays car originaire d'Ukraine et victime des pogroms russes, interprétée par une Liliane Rovère plus vraie que nature...
Chez Père Grand (Michel Blanc) qui a son cabinet de médecin et Mère Grand (Dominique Reymond) qui travaille sur ses livres, la famille vit soudée dans un cocon qu'ils ne quittent que pour quelques trajets en Citroën Ami6 rouge, une autre bulle protectrice, conduite par Mère Grand, qui refuse que son corps martyrisé par la polio ne l'empêche de vivre une vie comme les autres...
Le bruit de la ville et de la Révolution s'arrête aux portes de l'appartement que le petit garçon imagine habité par un chat qui vivrait sous le parquet mais qu'on ne voit pas...
Mêlant très habilement la tendresse et la fantaisie, le réalisateur nous fait pénétrer dans l'intimité de cette tribu juive "névrosée par son passé", qui continue à se protéger jusqu'à retenir ses grands enfants, les deux oncles qui restent attachés à l'appartement, comme pour ne pas être rattrapés par les "dangers" de l'extérieur...
Par un jeu subtil, le spectateur est amené à se poser les mêmes questions que Christophe et découvre petit à petit le secret du titre du livre et du film...
Les acteurs sont tous formidables et Michel Blanc révèle, si cela était encore nécessaire, qu'il est (était) un grand comédien au jeu subtil et complexe !