
Le réalisateur japonais Kei Ishikawa nous offre une adaptation toute en ellipses du premier roman éponyme paru en 1962 de Kazuo Ishiguro (né en 1954 à Nagasaki, l'écrivain a émigré en Angleterre en 1960 ; surtout connu pour son plus grand succès "Les vestiges du jour", l'ensemble de son œuvre a été récompensé du prix Nobel de littérature en 2017).
Royaume-Uni, 1982, Niki (Camilla Aiko), une jeune anglo-japonaise entreprend d’écrire un livre sur la vie de sa mère, Etsuko (délicieuse Suzu Hirose), survivante du bombardement du 9 août 1945 à Nagasaki et hantée par le suicide de sa fille aînée Keiko, qu'elle a eu au Japon avant d'émigrer en Angleterre.
Le film démarre en 1952 dans la lumière pâle et nacrée des collines de Nagasaki où nous découvrons le quotidien de la jeune Etsuko, jeune femme dévouée à un mari distant et enceinte de son premier enfant...
Solitaire, elle fait la connaissance de Sachiko (ravissante Fumi Nikaido), une de ses voisines qui vit seule dans une maison traditionnelle restée miraculeusement debout avec Marieko, sa petite fille sauvageonne : fascinée par la liberté affichée de Sachiko qui envisage de partir s'installer aux Etats-Unis en suivant un soldat américain qu'elle fréquente, les deux femmes que tout sépare deviennent amies...
Quand Etsuko (interprétée trente ans plus tard par la délicate Yoh Yoshida) accepte de raconter ses souvenirs à sa fille, cette dernière note très vite des discordances dans le récit de sa mère...
Le spectateur s'associe à Niki pour tenter de démêler les souvenirs d'Etsuko dont le passé ressurgit par phases successives et contradictoires où l'on parle de maternité, de sororité, de noyade, de déracinement et de résilience...
Il nous faut très vite abandonner notre rationalité européenne pour se laisser fasciner par la beauté des paysages et le nacré des visages asiatiques qui nous font voyager entre 1952 et 1982, entre la nature japonaise qui a retrouvé toute sa beauté malgré la tragédie et le charme infini d'un jardin japonais reconstitué autour d'une maison anglaise...
Le film ne raconte pas le départ d'Etsuko en Angleterre où elle suit son deuxième mari anglais (que nous ne voyons pas), mais prend le temps de nous faire partager le défi des femmes japonaises pour tenter de se libérer du patriarcat, à travers les personnages du mari japonais (qui ne vit que pour son travail) et du père de ce dernier, militariste autrefois très engagé qui comprend en voyant sa belle fille que le monde doit changer...
A voir absolument par les admirateurs du cinéma japonais mais aussi et surtout par les cinéphiles, lassés de la pauvreté des sujets abordés dans le cinéma contemporain qui, faute d'inspiration, nous offre le plus souvent des biopics minimalistes ou des adaptations orientées de faits divers !