
Le projet a vu le jour grâce à la collaboration entre Charlotte Devillers (française) et Arnaud Dufeys (belge).
Charlotte, professionnelle de santé engagée auprès des victimes de violences sexuelles, a voulu capturer "les aspects les plus intimes de la réalité du tribunal de protection de la jeunesse". Son vécu personnel et sa compréhension des dynamiques judiciaires ont été essentiels dans l’écriture du film. Arnaud Dufeys, déjà primé pour ses courts métrages, a apporté son expertise cinématographique pour donner vie à cette œuvre poignante.
Le film commence sur une scène bouleversante : Alice (formidable Myriem Akheddiou, actrice franco-belge dont c'est le premier grand rôle au cinéma), essaie de faire lever de son banc son fils Etienne pour prendre le tram qui doit les emmener au tribunal. Mais l'enfant se rebelle et Alice doit le trainer de force...
En effet depuis 2 ans, Etienne ne veut plus voir son père un weekend sur deux car il en a peur et a développé plusieurs symptômes somatiques inquiétants.
Quand la mère, le fils et la fille Lila se retrouvent enfin dans la salle d'attente, le trio part de nouveau en vrille car les enfants avaient demandé par courrier à ne pas voir leur père, or il est dans la même salle d'attente...
Le scénario nous met en condition pour entendre avec effroi la scène centrale du film : l'audience judiciaire qui a été tournée en une prise continue de 55 minutes, utilisant trois caméras pour capter chaque nuance.
Ce choix audacieux a permis de transmettre une intensité et une authenticité remarquables, plongeant les acteurs : le trio familial et la juge dans une tension palpable face à trois vrais avocats qui ont improvisé leur plaidoirie !
La juge (interprétée par la comédienne belge Natali Broods), incarne une figure féminine progressiste, qui voulant s'assurer que chaque voix soit entendue de manière égale et sans jugement, ne réagit pas face aux mensonges éhontés du père et aux conclusions aberrantes de l'avocat des enfants ?!
Elle renvoie les protagonistes aux conclusions qu'elle leur enverra dans les jours à venir et le spectateur s'interroge sur la justesse de cette approche qui ne privilégie pas la parole de l'enfant alors que de toute évidence, il est en grande souffrance - ni la parole de la mère, qui est bien évidemment cataloguée dans la famille des hystériques, alors qu'elle doit tout gérer (son mari ne paie pas la pension alimentaire, a refait sa vie et a un autre enfant) et veiller au bien-être de ses enfants : physique (le père refuse que son fils voit un médecin) et psychique (tous les deux sont déscolarisés) !
On s'interroge sur cette justice censé protéger les enfants soit si "froide" d'autant que les délais entre chaque démarche ne font qu'augmenter la détresse et la déconstruction des plaignants... car quoi qu'en dise le titre du film, l'impression qui en ressort est qu'on ne les croit pas...
A voir pour mieux comprendre la réalité et les enjeux de tout drame familial !
A