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Comme chaque année mais cette année encore avec beaucoup de retard, je vais me livrer à cet exercice difficile : passer en revue les films vus en 2025 et sélectionner ceux que j’ai particulièrement appréciés !
Avec 157 millions d’entrées en 2025, les salles françaises confirment la situation exceptionnelle de la France dans le paysage du cinéma mondial, même si l’année marque un sensible recul par rapport à 2024 (-13.6%) et n’a vraiment démarré qu’au printemps / été avec la sortie de blockbusters anglo-saxons ("Mission impossible" : 2.5M entrées, "Lilo et Stitch" : 5.1M entrées, "Jurassic World" : 3M entrées et "F1 le film" : 3.3M entrées…) pour finir en beauté à la fin de l’année avec 3 autres films anglo-saxons qui ont crevé les plafonds ("Avatar" 4.6M entrées, "Zootopie 2" : 6.2M entrées et La femme de ménage : 1.1M entrées)
A titre de comparaison, les entrées en Allemagne, en Italie et en Espagne sont respectivement de 85, 67 et 65 millions pour la même période.
Parmi les 216 films sortis sur les écrans français en 2025, j’en ai personnellement découvert 92 (soit environ 2 par semaine).
Je n’ai pas vu les blockbusters anglo-saxons ni le français "God Save the Tuche" (3M entrées), et je n’ai pas vu 2 films : "Un ours dans le Jura" (français) et "Sirat" (franco-espagnol) qui ont fait de bons scores (respectivement 1.4M et 700 000 entrées)
Ma sélection sera donc, comme chaque année, entièrement subjective !
J’ai établi une première sélection de mes films préférés : 30 films dont 15 français et 15 étrangers (dont 1 danois, 1 syrien, 1 ukrainien, 1 coréen, 1 égyptien, 1 brésilien, 1 québécois, 1 taïwanais, 2 iraniens, 2 japonais, 1 espagnol, 1 anglais et 1 américain…)
Sur ces 28 films, j’ai retenu 10 films qui constituent mon palmarès 2025 : 5 français et 5 étrangers (1 danois, 1 brésilien, 1 québécois, 1 ukrainien, 1 américain) mais contrairement à 2024 où mon film préféré : « En fanfare » s’était imposé, j’ai beaucoup hésité cette année !
Le n°1, « Valeur sentimentale », le dernier film du réalisateur danois et norvégien Joachim Trier nous invite à entrer dans l'histoire d'une famille marquée par le drame de la trahison d'un père qui a abandonné sa femme et ses filles pour poursuivre librement sa carrière de scénariste (récompensé par le Grand Prix à Cannes, 440 000 entrées)
Trois excellents acteurs : le père Stellan Skarsgard (1m91, 74 ans, impressionnant de froideur et d'émotions contenues), la sœur ainée Renate Reinsve (révélée dans Julie en 12 chapitres du même Joachim Trier) et la sœur cadette Inga Ibsdotter Lilleaas nous offrent une rare réflexion sur les liens familiaux, des scènes de sororité magiques et des échanges de regards et/ou des dialogues passionnants entre le père et la fille... sans oublier la maison qui est un personnage à part entière !
Le n°2, « Je suis toujours là » : dans son dernier opus, le réalisateur brésilien Walter Salles s'est inspiré du récit écrit par Marcelo, le fils de Rubens et Eunice Paiva, pour mettre en scène la tragédie qu’ils ont connue à la fin des années 60 à Rio de Janeiro... (3M entrées au Brésil)
Nous suivons le destin de cette famille brisée qui saura se relever et prenons conscience par touches successives de l'horreur de ces années de plomb qui continueront jusqu'en 1974, menant à la rupture, première dans l'histoire du Brésil, entre le régime et la hiérarchie catholique...
La figure d'Eunice interprétée avec maestria par Fernanda Torres qui décidera de quitter Rio pour reprendre des études de droit et devenir avocate et militante du mouvement anti-dictature militaire au Brésil, illumine le film du début à la fin !
Le n°3, « Les rêveurs » : dans son premier film d’inspiration autobiographique, Isabelle Carré souhaite avec finesse et sensibilité alerter sur la déliquescence de la pédopsychiatrie en France qui n'arrive pas à faire face à la multiplication des mal-être de l'adolescence et plus particulièrement des jeunes filles d'aujourd'hui…
Le scénario tout en finesse se déroule dans les années 80 à l'hôpital Necker où sont "enfermés dans une camisole chimique", les jeunes gens qui ont cherché à attenter à leur vie... La réalisatrice jeune est interprétée par la ravissante et expressive Tessa Dumont Janod dont c'est le premier rôle au cinéma et Alex Lutz, toujours aussi formidable, joue le frère musicien d'Isabelle Carré...
Le n°4, « Dossier 137 » : après "La nuit du 12" réalisé en 2022, film enquête sur un féminicide, qui a obtenu six César, dont celui du meilleur film et meilleur réalisateur, Dominik Moll s'attache dans son dernier opus à décortiquer le fonctionnement peu documenté de l'IGPN, au sein duquel il a réussi à s'immiscer.
Construit autour de Léa Drucker qui nous impressionne une fois de plus par son autorité naturelle et son empathie, le scénario nous plonge dans le dossier 137 dont elle hérite dans le cadre de la crise des Gilets Jaunes fin 2018 (702 000 entrées)
Le n°5, « Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan » : avec ce roman inspiré de sa vie, Roland Perez voulait rendre hommage à sa mère, et à toutes les mères qui se battent pour leur enfant. Jusqu'au décès de cette dernière, il n'avait jamais parlé publiquement de son handicap (1.5M entrées)
En choisissant Leïla Bekhti pour jouer le rôle de la mère, le réalisateur québécois Ken Scott a trouvé en cette actrice frémissante, la clé de voûte de son film qui, étant donné son sujet : le handicap, aurait pu être tire-larmes mais du fait de la présence solaire de cette mère "louve" ne peut que nous séduire et nous captiver...
Sylvie Vartan, qui a accepté de jouer son propre rôle dans le film, rend le film encore plus fort et plus émouvant !
Le n°6, « Deux procureurs » : une plongée glaçante dans le régime totalitaire de l’Union soviétique en 1937 ! Le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa a adapté une nouvelle écrite en 1969 par Georgy Demidov, physicien arrêté en 1938 et envoyé au Goulag, dont les écrits furent saisis par le KGB en 1980 et ne purent être publiés qu’en 2009, après avoir dormi quarante ans dans l’ombre.
Le film qui a été tourné dans une prison de Riga construite en 1905 fascine par la figure du procureur local Alexander Kornev (Aleksandr Kuznetsov impressionnant de sobriété), un bolchévique intègre dont la soif de justice le conduira jusqu’au bureau du procureur général à Moscou...
Le n°7, « La condition » : le réalisateur français Jérôme Bonnel a adapté le roman "Amours" de Léonor de Récondo pour nous parler de patriarcat au début du XXe siècle
Swann Arlaud nous dérange et nous séduit une fois de plus par le large spectre de son jeu d'acteur n’hésitant pas à explorer la violence intérieure de son personnage, reflet fidèle d’une société façonnée par des siècles de rapports de domination et par le poids des non-dits...
Le n°8, « Partir un jour » : premier long-métrage d'Amélie Bonnin, le film réunit un duo gagnant composé de la chanteuse Juliette Armanet dont c'est le premier rôle au cinéma et Bastien Bouillon révélé dans "La nuit du 12" !
La cinéaste nous raconte l'histoire d’une jeune femme qui s’apprête à réaliser son rêve, ouvrir son propre restaurant gastronomique mais contactée par sa mère, interprétée par la merveilleuse Dominique Blanc, elle doit rentrer en catastrophe dans le village de son enfance à la suite de l'infarctus de son père qui tient un restaurant de Routiers dans le Loir et Cher...
Replongée malgré elle dans son passé, elle retrouve son premier amour interprété par Bastien Bouillon resté sur place, contrairement à elle qui est "montée" à Paris... (660 000 entrées)
Le n°9, « La petite cuisine de Mehdi », le premier long métrage du réalisateur français Amine Adjina est un vrai bijou de tendresse, d'humour et de réflexion sensible sur les rapports entre parents et grands enfants, sur fond d'exil...
Il nous raconte l'histoire de Mehdi (Younès Boucif à la bouille craquante), né en France de parents algériens émigrés, qui est devenu un cuisinier de talent dans une brasserie lyonnaise... Mais seul homme de la fratrie depuis le décès de son père, Mehdi ne veut pas faire de peine à sa mère en lui annonçant qu'il a renoncé à la cuisine de ses origines et surtout qu'il est fou amoureux d’une française de souche…
Le n°10, « The brutalist » : auréolé de 10 nominations aux Oscars, le film du réalisateur américain Brady Corbet et sa femme Mona Fastwold, nous fascine par le portrait de l’architecte László Tóth (personnage inventé incarné par Adrien Brody dont le charisme fiévreux lui a permis de décrocher l'Oscar du meilleur acteur), formé au Bauhaus, déporté durant la guerre et contraint de repartir à zéro aux Etats-Unis en se voyant confier un grand projet dans le style brutaliste !
Et aussi « La petite dernière » réalisé par Hafsia Herzi qui confirme son talent (385 000 entrées), « L’attachement » avec Valeria Bruni Tedeschi (779 000 entrées), « The amateur » un thriller original de James Hawes…
Et encore 2 films iraniens : « La femme qui en savait trop » et la Palme d’Or « Un simple accident » de Jafar Panahi, un film égyptien : « Les aigles de la République » avec le fascinant Fares Fares, un film coréen « A normal family », un thriller familial poignant, « L’inconnu de la Grande Arche » de Stéphane Demoustier, une page d’histoire architecturale passionnante avec Michel Fau et Swann Arlaud, « Le répondeur », une comédie amusante de Fabienne Godet avec Denis Podalydès et Salif Cissé, « La pie voleuse » dernier opus de Robert Guédiguian avec la toujours touchante Ariane Ascaride….
Par contre je n’ai pas succombé aux succès de « L’étranger » malgré le talent de Benjamin Voisin, de « Black Dog » (trop noir), de « Nino » malgré le profil intéressant de Théodore Pellerin éloigné des codes de la masculinité classique, ni « D’une bataille après l’autre » avec un Leonardo di Caprio fumeur de joints qui ne quitte pas sa robe de chambre !
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