Seul devant son public au théâtre Tristan Bernard, Mehdi-Emmanuel Djaadi nous offre un courageux et réjouissant dévoilement spirituel !
La pièce devait s'appeler "Apostat" mais le comédien lui a préféré "Coming out", titre plus vendeur et surtout beaucoup plus humoristique, puisque l'expression est le plus souvent utilisée en matière d'identité sexuelle !
Autrefois musulman pratiquant, Mehdi est aujourd'hui catholique après avoir embrassé le protestantisme dans un premier temps...
C'est le récit de ce cheminement que Mehdi nous conte avec intelligence et virtuosité, incarnant une quinzaine de personnages croisés sur sa route qui l'ont aidé à "se trouver" !
Proche mais élégamment distancié, drôle et facétieux sans jamais tomber dans la facilité, l'artiste nous prend à témoin et renvoie chacun à ses travers et à ses contradictions.
Un très joli moment de théâtre que le public plébiscite depuis 3 ans à guichets fermés !
Le spectacle se donne jusqu'au 21 décembre et devrait reprendre en janvier/février pour une dizaine de représentations : à vos réservations !
Théo Mercier, sculpteur et metteur en scène de 38 ans, a conçu un grand cycle d’installations éphémères, baptisé « Outremonde » décliné en plusieurs chapitres.
Créé in situ, le premier s’est tenu à la Collection Lambert, dans le cadre du Festival d’Avignon 2021. Le deuxième, "Dream hunters" a eu lieu à Luma Westbau (Zurich), l'été dernier.
Le troisième, intitulé « The Sleeping Chapter », a ouvert en octobre dans le cadre du Festival d’Automne, à la Conciergerie.
80 tonnes de sable* ont été livrées à cet effet dans la salle des Gens d’Armes et compressées par des sculpteurs spécialistes, donnant naissance à une cinquantaine de créations qui évoquent les traces de nos sommeils et de nos rêves : des matelas, sommiers, lits, couettes, oreillers, ton sur ton avec la couleur de la pierre des colonnes médiévales.
Il faut absolument aller voir cette incroyable mise en scène de sculptures en sable qui occupent l’espace naturellement et s’harmonisent merveilleusement avec l’architecture de la salle.
Le temps s’arrête et laisse la place aux rêves, aux songes, à l’imaginaire.
Une ambiance apaisante et hors du temps.
Une musique zen contribue à nous transporter ailleurs.
Le jour où j’y suis allée, des élèves de l’École de Condé, adossés le long des colonnes, dessinaient ces étonnantes sculptures de sable, sous l’œil attentif et bienveillant de leur professeur.
*les tonnes de sable seront rendues aux carrières franciliennes
Pour le troisième chapitre de son installation "Outremonde", Théo Mercier investit la Conciergerie avec des sculptures entièrement constituées de sable... ✏️ Découvrez l'article lié à la...
Le Musée d’Art Moderne de Paris présente la première rétrospective parisienne consacrée à l’artiste autrichien Oskar Kokoschka (1886-1980).
Le parcours réunissant près de cent soixante œuvres, moitié peintures, moitié arts graphiques, décapant du début à la fin, a le mérite de nous intéresser à sa peinture toujours renouvelée et jamais tiède, parfois "rebutante", qui court le long de sept décennies bien remplies.
Peintre, mais aussi dramaturge et poète, Oskar Kokoschka est un artiste engagé, porté par les bouleversements artistiques et intellectuels de la Vienne du début du XXe siècle.
Soucieux d’exprimer l’intensité des états d’âmes de son époque, il réalise à partir de 1909, avec un talent certain pour la provocation, le portrait de toute une brochette de personnalités viennoises : pâte épaisse, grasse chez l’un, rouge chez un autre, dents crispées en un rictus terrifiant, mains déformées comme des pattes de poulet...
Soutenu par Gustav Klimt et Adolf Loos, il inspire une nouvelle génération d’artistes, parmi lesquels Egon Schiele, mais devient pour la critique l’enfant terrible de Vienne !
Ébranlé par sa rupture avec la compositrice Alma Mahler avec laquelle il entretient une relation tumultueuse entre 1912 et 1914, Kokoschka s’engage dans l’armée au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il sera gravement blessé à deux reprises.
Il enseigne ensuite à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde (1916-1923), où il recherche de nouvelles formes d’expressions picturales, en contrepoint des mouvements contemporains tels que l’expressionnisme et l'abstraction.
Voyageur infatigable, il entreprend dans les années 1920 d’incessants périples en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen Orient. Sa fragilité financière l’oblige à revenir à Vienne, qui connaît dès le début des années 1930 d’importants troubles politiques, le contraignant à partir pour Prague en 1934.
Qualifié par les nazis d’artiste « dégénéré », 680 de ses œuvres sont retirées des musées allemands.
Kokoschka s’engage alors pleinement pour la défense de la liberté face au fascisme. Il parvient à fuir en Grande-Bretagne en 1938 où il prouve par des toiles satiriques hérissées de couleurs criardes, mettant en scène la reine Victoria, Mussolini, Hitler ou Churchill, qui en prennent tous pour leur grade, qu’il garde son mordant.
Après la guerre, il devient une figure de référence de la scène intellectuelle européenne.
Prenant ses distances avec la culture et la langue germanique, il s’installe à Villeneuve, en Suisse romande, en 1951.
Sa croyance dans la puissance subversive de la peinture, vecteur d’émancipation et d’éducation, demeure inébranlable jusqu’à sa mort en 1980.
A voir jusqu'au 12 février 2023 !
Pour compléter le portrait d'Oskar Kokoschka, je vous conseille le documentaire d'Arte (voir lien ci-dessous) intitulé "Portraits européens", qui fait un focus sur la relation particulière qu'il a noué avec le chancelier Adenauer lors de ses séances de pose.
De son portrait du chancelier Adenauer en 1966 à ses débuts fracassants au sein de la Sécession viennoise, ce documentaire remonte le fil des souvenirs du peintre autrichien Oskar Kokoschka ...
Après "1925. Quand l'Art déco séduit le monde", présentée en 2013, la Cité de l'Architecture propose de continuer l'exploration de la période Art déco en faisant le récit des échanges intellectuels et artistiques transatlantiques de la fin du 19ème siècle aux années 1930.
Cette exposition montre comment le style français Art déco a influencé l'architecture, les décors, le mode de vie et le goût des Américains du Nord. Style populaire, caractérisé notamment par un travail de la ligne, de l'ornementation, des arrondis, ou encore des motifs floraux, l'Art déco va voyager de la France à l'Amérique du Nord dans un dialogue dynamique porté en particulier par les architectes.
Dès les deux dernières décennies du 19ème siècle, l'Ecole des Beaux-Arts de Paris forme une centaine d'architectes américains et canadiens. Venus trouver dans la formation française l'art de la composition et de l'ornementation, cette "Internationale des Beaux-Arts" offre les fondements des échanges à venir entre la France et l'Amérique du Nord. De retour en Amérique, ces architectes construisent et meublent des buildings Art déco dans les métropoles américaines.
Cette émulation réciproque entre la France et l'Amérique connait son point culminant en 1925 lors de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels. Une délégation américaine de 104 membres y est envoyée par le secrétariat d'Etat au commerce pour observer ce "nouveau style" résolument moderne. Parallèlement, la France confie une mission diplomatique à l'Art déco, en revendique la paternité et veille à sa diffusion. Les années 20 sont ainsi marquées par les aller-retours : les architectes français qui construisent sur le continent américain sont de plus en plus nombreux (Paul Cret et Jacques Greber à Philadelphie, Jacques Carlu enseigne au MIT...)
Clé de voute de tous les arts, l'architecture entraine des évolutions stylistiques dans de nombreuses professions : peintres, sculpteurs, ensembliers, ferronniers...
A leur suite, la mode, la joaillerie et les arts de la table s'inspirent de ce nouveau style dont les lignes simples et fluides contrastent avec la période précédente de l'Art nouveau.
Cette dynamique est brisée par la crise économique de 1929, les architectes français rentrent en France.
En 1934, Jacques Carlu se voit confier le projet du palais du Trocadéro et conçoit un nouveau bâtiment aux proportions américaines, autour de la création d'une esplanade et de la percée d'une perspective grandiose sur la ville et la Tour Eiffel : l'art déco a retraversé l'océan.
Alléchée par cette promesse ambitieuse, j'ai été déçue par la qualité des objets et meubles présentés, par la scénographie très livresque des différents chapitres de l'exposition (beaucoup de panneaux écrits en lettres difficilement lisibles du fait de la petitesse des caractères), beaucoup de dessins et d'esquisses de projets jamais réalisés...
Je vous recommande d'autant plus l'exposition "Le chic ! Arts décoratifs et mobilier de 1930 à 1960" à la Galerie des Gobelins (voir critique du 29/11) !
Le Petit Palais présente, pour la première fois en France, une grande rétrospective dédiée au peintre anglais Walter Sickert (1860-1942), conçue en partenariat avec la Tate Britain.
Pourquoi quatre-vingts ans après sa mort ?
Ce retard est peu explicable à moins qu’il ne soit une conséquence du fait qu'il est malaisé de le caractériser en raison de la diversité des sujets qu'il peint et des nombreux styles qu'il s'approprie au fil des années.
Sa qualité d’artiste britannique elle-même, quoique confirmée par son passeport, ne l’est pas si nettement par sa vie. Il naît à Munich, en Allemagne, d’un peintre d’origine danoise et d’une mère anglo-irlandaise qui a grandi en France, à Dieppe.
Sa première éducation artistique, après quelques années où il exerce le métier de comédien, se passe à Londres, à la Slade School of Fine Art.
Dès 1882, il est introduit dans l’atelier de Whistler (1834-1903), lui-même de nationalité américaine et aussi présent à Paris qu’à Londres. Venu dans la capitale pour y transporter un tableau de Whistler qui doit être accroché au Salon de la Société des artistes français, il rencontre Edgar Degas, en avril 1883.
Dieppe devient à partir de 1885 et pour une vingtaine d’années le lieu de prédilection de Sickert. Il y séjourne aussi souvent que possible, avant de s’y établir à demeure, de 1898 à 1905, ce qui ne fait qu’accentuer sa proximité avec ses contemporains français impressionnistes.
Comme eux, il trouve les motifs de ses paysages dans les vieux quartiers de Dieppe et, comme eux encore, regarde longuement la mer et le ciel. Autre similitude : il se rend souvent à Venise, entre 1894 et 1904, comme Manet et Whistler avant lui et Monet après.
Il s’inscrit exactement dans l’idée de peintre de la vie moderne, telle qu’elle est énoncée par Baudelaire, en 1863 : un artiste qui tient la chronique de ses contemporains et scrute la ville, ses rues, ses immeubles et ses lieux de plaisir nocturne, comme des scènes de music-hall ou, plus tard, des nus, présentés de manière prosaïque dans des intérieurs pauvres de Camden Town.
L'artiste n'a pas beaucoup peint Paris mais à Londres le personnage solitaire perdu dans une rue la nuit et l'éclairage de la scène (Maple Street, 1916), ou bien à Dieppe les lumières d'un café vu de la rue (Nuit d'amour, 1920) font incroyablement penser aux atmosphères de l'Américain Edward Hopper (1882-1967).
Si Walter Sickert a multiplié les genres, ses choix de couleurs aussi virtuoses qu’étranges (j'ai particulièrement aimé ses "rouges") ainsi que ses cadrages originaux et déroutants caractérisent toute son œuvre.
Personnellement je n'ai pas du tout apprécié ses dernières créations : en effet à partir de 1914 l'artiste change radicalement sa façon de travailler. Il se met à peindre en grand format à partir de photographies dont il reporte les tracés agrandis sur la toile, ou bien en projetant directement l'image sur la toile avec une lanterne. Ces œuvres sont tirées de la presse, du cinéma, du monde du spectacle.
Une exposition très complète, malheureusement pas très bien éclairée de mon point de vue (le musée explique que c'est pour protéger les tableaux), à découvrir jusqu'au 29 janvier 2023.
Photo, auto-portraits, portraits de commandes et portraits de ses nombreuses maitresses
Dieppe : café, salle de baccarat, salle de spectacle et église St Jacques
Fête foraine et scènes de music hall
Londres : scènes d'extérieurs et scènes d'intérieurs (dont sa toile la plus connue "L'ennui" de la vie conjugale))
Venise, Paris rue Notre Dame des Champs, marine (Angleterre)
Quel bonheur de retrouver Laure Calamy dans ce beau rôle de femme courage !
La réalisatrice Blandine Lenoir s'empare de l'histoire d'un combat de femmes... et d'hommes (quelques jeunes médecins courageux), qui ont contribué à favoriser le débat sur l'avortement et surtout le vote de la loi Veil en 1975...
Nous sommes en 1973, Annie (Laure Calamy) se retrouve enceinte alors qu'elle a déjà 2 grands enfants : avec l'accord de son mari, elle fait appel au MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception) de sa ville de Nevers pour avorter avec la toute nouvelle technique de l'aspiration...
Annie est une femme "ordinaire", ouvrière dans une usine de matelas : elle est dévouée à son mari et à ses enfants et n'a pas confiance en elle...
Réconfortée par la chaleur et la tendresse qui émanent de ce groupe de femmes courageuses, elle se découvre plus forte qu'elle ne le pensait et réalise qu'elle peut se rendre socialement utile !
Laure Calamy met tout son talent au service de cette cause et elle nous séduit une fois de plus par sa présence et son naturel !
Elle est entourée par un cercle d'actrices formidables : Zita Henrot est magnifique dans un rôle d'infirmière au grand cœur qui n'a pas la langue dans sa poche, India Hair est sensationnelle dans un rôle de femme médecin aux gestes précis et doux, quant à Rosemary Standley (chanteuse du groupe Moriarty), qui incarne une bénévole, elle nous bouleverse lorsqu'elle chante des mélodies cristallines aux femmes candidates à l'avortement pour les aider à traverser cette épreuve !
Un film essentiel alors que l'inscription de l'avortement dans la constitution est actuellement en discussion à l'Assemblée Nationale...
Christophe Honoré qui a 52 ans, nous fait revivre l'année de ses 17 ans lorsque sa vie a été bouleversée par le décès subit de son père...
S'ensuit une longue dissertation sur le deuil vécu par son alter ego (Paul Kircher), son frère ainé (Vincent Lacoste) et sa mère (Juliette Binoche)...
Le pathos est au rendez-vous mais pas l'émotion tant le propos du cinéaste se fait insistant, complaisant et même dérangeant : est-ce vraiment nécessaire de nous montrer tant de scènes de sexe y compris tarifé avec un adulte, alors que les media et la société s'attaquent enfin au fléau de la pédophilie ?
Les critiques encensent le film et le jeune interprète qui a 20 ans dans la vraie vie, mais qui peine à nous convaincre de son chagrin en alternant les moues de tristesse et les sourires éblouissants...
Quant à Vincent Lacoste, il ne trouve à aucun moment la bonne distance de grand frère : trop proche dans ses rapports potaches ou trop distant dans sa morgue de jeune actif...
J'ai décidément beaucoup de mal avec ce réalisateur qui, pour moi, ne se renouvelle guère, creusant de film en film (14 en 20 ans) son sillon d'homosexuel mal dans sa peau...