
Prenez vos bécanes pour aller au cinéma, voir des pièces de théâtre, admirer des expositions...


Anne Plumet interprète avec virtuosité l'enfant Nathalie Sarraute, née Natalia Tcherniak le 18 juillet 1900 près de Moscou dans une famille bourgeoise, juive assimilée, aisée et cultivée...
Dans une mise en scène minimaliste orchestrée par Tristan Le Doze avec deux simples chaises et quelques marches menant à une estrade, la comédienne raconte son enfance ballotée dès l'âge de deux ans, entre son père et sa mère, entre la France et la Russie...
Dialoguant avec Marie-Madeleine Burguet qui interprète les autres rôles féminins de sa vie dont sa mère et sa belle-mère, la petite fille se souvient, s'émeut, analyse "ses réactions physiques spontanées imperceptibles, très ténues, en réponse à une stimulation" qu'elle qualifiera dans son premier ouvrage Tropismes publié en 1939 de "mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de la conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir ».
Le spectateur d'aujourd'hui est stupéfait de l'attitude de ses parents face à cette sensibilité enfantine : inimaginable aujourd'hui, en tout cas dans un milieu social de même nature, d'être rejetée tour à tour par une mère froide et distante qui à deux reprises, refusera de venir la voir durant trois ans et un père aimant, pudique et déchiré entre sa fille, sa seconde épouse et sa seconde fille jusqu'au point de rupture où Natalia comprend qu'elle ne sera nulle part chez elle...
J'ai pour ma part regretté la posture beaucoup trop raide de Marie-Madeleine Burguet qui aurait gagné à montrer plus de complexité dans un rôle certes ingrat et je pense que la pièce aurait gagné en puissance si le récit narratif avait pris plus de place dès les premiers instants de la représentation (un peu trop intellectuelle pour les non connaisseurs de l’œuvre de l'écrivain)
A voir au Poche Montparnasse jusqu'au 20 avril !

Un magnifique portrait d'Apolonia Sokol, une figure montante de la peinture figurative...
Filmé durant 13 années par la réalisatrice danoise Lea Glob, le documentaire qui ne devait être qu'un exercice d'école s'est transformé en une biographie intime, vibrante et engagée d'une jeune femme artiste, aujourd'hui âgée de 36 ans...
Nous la découvrons en 2013 au cœur du théâtre du Lavoir Moderne (18e arrondissement de Paris) que dirigent ses parents (son père est français, sa mère polonaise) - et nous la suivons jusqu’à son ascension dans le milieu de l’art contemporain, en passant par ses études aux Beaux-Arts de Paris.
Traversée par les doutes mais véritable combattante, elle avance sans se perdre, avec la fièvre qui la caractérise pour imposer son talent libre dans un marché où la création artistique est une marchandise comme une autre...
Durant deux heures passionnantes, nous suivons cette jeune femme dont le look et le destin n'est pas sans rappeler celui de Frida Kahlo, mais qui choisit la vie en acceptant sa féminité tout en refusant la maternité...
Le portrait d'Apolonia est d'autant plus passionnant qu'il s'inscrit dans une sororité de fertilisation croisée : avec son âme sœur Oksana, militante des Femen, apatride réfugiée en France à qui Apolonia tente d'offrir une terre d'accueil - et surtout avec la cinéaste Lea dont le désir d'enfant se mue en drame alors qu'Apolonia ne souhaite accoucher que de peinture...
Un documentaire à voir absolument pour mieux tenter de comprendre les règles arbitraires d'un monde artistique encore fortement régi par un mécénat masculin, dans lequel cette femme puissante et sans concession réussit à trouver sa place !
Apolonia Sokol

Pour son premier long métrage, le réalisateur Florent Bernard s'est inspiré de sa douloureuse expérience personnelle lors de la séparation de ses parents, pour écrire son film en donnant la part belle au point de vue des enfants...
C'était une bonne idée et c'est dommage que le scénario n'insiste pas plus sur le ressenti de Lorelei et Bastien, les deux enfants du couple Sandrine (Charlotte Gainbourg) et Christophe (José Garcia)...
Car ce qu'il nous donne à voir, c'est la profonde tristesse de Sandrine qui se sent invisibilisée dans son couple et les émotions éruptives de Christophe qui essaie maladroitement de recoller les morceaux de leur histoire...
Le spectateur ressent bien le mal-être des deux adolescents face à la crise que traversent leurs parents mais il doit supporter des scènes ridicules à la limite de la vulgarité et des dialogues simplistes voire souvent exagérément conflictuels, pour arriver enfin au cœur du sujet...
Charlotte Gainsbourg est excellente comme à son habitude (quoiqu'un peu toujours sur le même registre), mais José Garcia occupe trop de place, comme à son habitude également - et on voudrait qu'il arrête de s'agiter, de proposer des plans foireux, de s'emporter pour un oui, pour un non...
Un vrai sujet trahi par une mauvaise mise en scène !
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Auteur à succès (entre autres) de la pièce "Dernier coup de ciseaux" (à l'affiche depuis 2011), Sébastien Azzopardi nous propose un spectacle divertissant au théâtre Michel...
Quatre acteurs de talent dans une pièce à 6 personnages, dans un décor inventif, un scénario à rebondissements et une mise en scène alerte...
Valentine (excellente Miren Pradier) et Sam (Sébastien Azzopardi très investi), sont mariés depuis 20 ans et ont un fils qui se "cherche"...
Quand Valentine soupçonne Sam de s'intéresser de trop près à Jo, la compagne de leur fils, elle le somme d'entamer une thérapie de couple pour tenter de démêler le vrai du faux et surtout faire repartir sur de bonnes bases, leur couple usé par les années de mariage...
Chacun va tour à tour raconter sa version de leur histoire et des épisodes qu'ils ont traversés... et les mensonges, les regrets, les émotions, les frustrations se dévoilent peu à peu dans un jeu de répliques savoureuses...
Marqués tous les deux par une origine sociale très différente, le délicat équilibre de leur couple repose sur des compromis qui les ont enfermés dans des personnages caricaturaux : elle, la brillante diplômée d'HEC qui travaille dans de grandes structures et voyage de par le monde, lui le barman qui a créé son restaurant à succès qui lui laisse peu de temps libre...
Une version modernisée d'une "pièce de boulevard" dans laquelle la femme mène la danse !
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Je comprends mieux que ce film ait pu recueillir de nombreuses louanges et ait été multi-récompensé...
N'ayant pas eu envie d'aller le voir en salle, je l'ai découvert hier soir sur Canal...
"Le règne animal" juxtapose en effet plusieurs thèmes :
- majeurs : le fantastique à travers la transformation de certains humains en animaux (une future forme de Covid ?), la relation entre un père et son ado de fils, les transformations du corps chez les adolescents, la découverte de la nature à la fois mystérieuse pour les humains et protectrice pour les "aliens"...
et mineurs : le conflit de pouvoir entre la gendarmerie et l'armée, les traditions folkloriques de la région des Landes, la place de la mère dans la relation père/fils, une réflexion sociétale à peine amorcée sur la possible cohabitation avec des êtres différents...
Et propose de magnifiques portraits de mutants fascinants : l'homme oiseau, la fillette grenouille, la femme poulpe, l'homme morse, le loup garou : un grand bravo à Ariane Daurat pour son César des meilleurs costumes amplement mérité...
Les acteurs sont tous excellents : François, le père (Romain Duris), Emile, le fils 16 ans (Paul Kircher), Julia, la gendarme (Adèle Exarchopoulos)...
Avec ce scénario "attrape-tout", le réalisateur Thomas Cailley a réussi à faire du film "de genre" un film tout public !

La réalisatrice Julie Navarro porte le sujet du film depuis qu'elle a lu le roman qu’a écrit son compagnon, Marc Salbert : "De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire", qui ironise sur une tendance du cinéma français actuel à romantiser les tragédies des immigrés et en miroir, à mettre en lumière des récits d'engagements citoyens...
Et pourtant le pari est réussi !
Benjamin Biolay est parfait dans le rôle d'Arthur Berthier, un critique rock qui se retrouve relégué aux informations générales après avoir saccagé une chambre d’hôtel...
Camille Cottin est très juste dans son interprétation de Mathilde, une ancienne et brillante avocate devenue responsable de l'association Solidarité Exilés...
A son contact, Arthur découvre que le journalisme est un sport de combat quand il s'agit de suivre le l'évacuation d'un camp de réfugiés dans le Nord de Paris...
Matraqué par un CRS et fasciné par la posture militante de Mathilde, le journaliste bobo accepte d'héberger pour quelques jours, croit-il, Daoud, un jeune Afghan (interprété par Amrulah Safi, un réfugié cuisinier de son état, ne parlant pas un mot de français)...
Ce qui est passionnant dans le film, c'est la complexité des personnages : que ce soient les deux héros mais également les rôles secondaires tels que Emily la fille d'Arthur, Hassan son ami ou les bénévoles de l'association, dont les regards tantôt critiques, tantôt désarmés donnent toute sa dimension humaine au film !
Dommage que la fin du film soit un peu trop "jolie" pour être véridique, mais ne boudons pas notre plaisir devant le ton humoristique qui traverse tout le scénario !
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L’exposition Paolo Roversi dévoile 50 ans de photographies, et révèle comment l’artiste s’est emparé de la mode pour créer une œuvre unique. Il s’agit de la première monographie consacrée au photographe à Paris.
Le visiteur découvre le parcours artistique d’un photographe de mode exceptionnel, à travers les 140 œuvres exposées (tirages Polaroid, au charbon, au platine, pigmentaires, chromogène, dye transfer...)
D’origine italienne, né en 1947 à Ravenne, Paolo Roversi s’installe à Paris en 1973 et travaille pour des magazines prestigieux (Vogue italien et français, Egoïste, Luncheon…). Sa carrière est marquée par sa collaboration avec les plus grands créateurs de mode, notamment Yohji Yamamoto, Romeo Gigli, Rei Kawakubo pour Comme des Garçons, Christian Dior, Gabrielle Chanel, Yves Saint Laurent, Romeo Gigli...
Dès ses années d’apprentissage, le choix du studio, de la chambre grand format et du Polaroid, définissent la manière de travailler et l’esthétique du photographe qui s’adapte au numérique avec succès. Sa signature est reconnaissable entre toutes : tonalités douces et sépia des noir et blanc à la lumière du jour, densité et profondeur des couleurs à la lumière de la lampe torche.
Paolo Roversi invente son propre langage photographique et se tient à la fois au cœur du système et à distance, loin des courants éphémères de la mode.
Les plus grands mannequins sont passés devant son objectif : portraits intenses en noir et blanc des fidèles Kate Moss ou Natalia Vodianova, nus cinématographiques, clichés de mode mêlant flou et touches de couleur. Le photographe aime faire poser ses modèles en studio et attend que l'émotion naisse pour réaliser un portrait qui éclot comme un moment unique.
Trois photos manquent à l'appel, peut-être ses plus célèbres: celles de la princesse Kate dévoilées pour ses 40 ans en janvier 2022. "C'est elle qui est très connue", confie à l'AFP Roversi, modeste et encore étonné de la résonance mondiale de ces images.
A voir jusqu'au 14 juillet 2024 !
Tirages Polaroïd
Tirages pigmentaires
Tirages au charbon
Tirages au platine (3) - chromogènes (6) - dye transfer (1)
Portraits nus
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Adepte du cinéma japonais, et admirative du dernier opus de Ryusuke Hamaguchi : Drive my car, je me suis empressée d'aller voir ce film... récompensé par le Lion d'Argent - Grand Prix du Jury et le Prix FIPRESCI à la Mostra de Venise 2023.
Après une interminable introduction où la caméra filme des arbres, puis un homme qui marche, puis un homme qui scie du bois, puis un homme qui puise de l'eau à une source, le film aborde enfin le sujet promis...
Takumi et sa fille Hana vivent dans le village de Mizubiki, près de Tokyo. Comme leurs aînés avant eux, ils mènent une vie modeste en harmonie avec leur environnement. Le projet de construction d’un « camping glamour » dans le parc naturel voisin, offrant aux citadins une échappatoire tout confort vers la nature, va mettre en danger l’équilibre écologique du site et affecter profondément la vie de Takumi et des villageois...
L'affiche beaucoup plus belle que les images du film, nous fait espérer un débat écologique où la nature sera plus forte que les discours mensongers d'une boîte de com utilisée par des entrepreneurs véreux...
Mais le scénario noyé par la musique de la compositrice Eiko Ishibashi nous lasse très vite tant les plans sont étirés, les dialogues quasi inexistants et les personnages peu fouillés...
Quant à la fin, j'avoue n'avoir rien compris, mais peut-être n'y avait-il rien à comprendre ?
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