
Une élégante main d'homme caresse lentement un chatoyant coupon de satin de soie bleu pétrole...
Cette main c'est celle d'Halim, un tailleur traditionnel, un maalem, qui exerce le métier de brodeur de caftans artisanaux dans la médina de Salé (la sublime voisine oubliée de Rabat)...
Halim (Saleh Bakri émouvant) vit depuis de longues années avec Mina (toujours aussi formidable Lubna Azabal) : ils tiennent ensemble la boutique, elle au comptoir, lui à l'atelier et leur complicité saute aux yeux...
Halim, qui a pris du retard dans ses commandes et doit broder le caftan bleu pour une cliente exigeante, a décidé de prendre un apprenti en la personne de Youssef (passionnant Ayoub Missoui)
La caméra caressante de la réalisatrice Maryam Touzani (dont c'est le deuxième long métrage après Adam), filme avec tendresse ses trois héros ordinaires : regards échangés et gestes suspendus dans la beauté du clair obscur du magasin ou de l'appartement où vit le couple...
Le spectateur est appelé à entrer sur la pointe des pieds dans le secret de l'intimité du couple : Mina la femme forte qui a sauvé son mari du mépris de son père, est en phase terminale d'un cancer ; Halim de son côté se rend au hammam où il loue une cabine particulière : l'homosexualité au Maroc est punie de 6 mois à 3 ans de prison...
Une ode à la liberté d'aimer, à la sensualité des corps, à la suavité des clémentines que Mina déguste en guise de repas, au travail bien fait, à la musique partagée le temps d'une danse improvisée, aux couleurs des tissus et des fils d'or, à la mer dont l'odeur imprègne la médina... mer que l'on découvre dans une féérique scène finale... une vraie merveille !