
Dans ce dernier opus présenté au festival de Cannes 2023 mais non récompensé, Marco Bellocchio, 83 ans, traumatisé par l'éducation rigide de parents aux opinions conservatrices voire réactionnaires, poursuit son œuvre de dénonciation des "forfaits" de L'Eglise catholique...
Il nous raconte l'histoire vraie du petit Edgardo Mortara qui, en 1857, fut, sur mandat du Saint-Office de l’Inquisition, arraché à l'âge de 6 ans, à sa famille juive par les brigades du pape-roi Pie IX...
Ondoyé en secret à l'âge d'un an par Anna Morisi, une jeune servante catholique au service de la famille qui, l'estimant en danger de mort, s'inquiétait du salut de son âme, l'enfant est devenu à l'insu des siens "chrétien pour l'éternité"...
C’est ainsi qu’Edgardo est élevé dans la “Maison des catéchumènes et des néophytes” (“Domus Catecumenorum”), un séminaire créé pour la conversion, entre autres, des Juifs et des Musulmans où il reçoit une éducation catholique rigoureuse. Brisés par cet enlèvement, les époux Mortara n’hésiteront pas à employer toutes leurs ressources, y compris financières, pour obtenir justice. Les diverses communautés juives, en Italie et à l’étranger, se mobiliseront pour les soutenir dans ce qui deviendra rapidement un véritable scandale international.
Ne quittant pas le visage de cet enfant au regard angélique, la caméra nous fait partager son quotidien studieux au milieu de ses camarades, choyé par ce pape puissant (dont le pontificat de 31 ans est le plus long de l'histoire de la papauté), habité par des cauchemars de circoncision forcée...
Car, après quelques mois difficiles où il réclame de retourner dans sa famille, Edgardo, victime dirait-on aujourd'hui du syndrome de Stockholm, non seulement accepte sa conversion forcée mais s'engage sur le chemin de la prêtrise, ne désespérant jamais de faire renoncer sa mère et ses frères et sœurs à la religion juive...
Souligné par des envolées musicales et tourné dans de magnifiques décors magnifiés par la pourpre romaine, le film nous replonge dans le contexte historique de cette époque où le pape à la tête des Etats Pontificaux (jusqu'en 1870), pouvait décider du sort d'un enfant mineur (il y en eut plusieurs) et le kidnapper pour l'élever dans la religion catholique contre l'avis de ses parents...
Personnellement je trouve que le film aurait été encore plus puissant s'il s'était inscrit dans notre monde contemporain car, si le souvenir de ces "crimes" mérite d'être rappelé, ces enlèvements n'en paraissent pas moins anecdotiques voire archaïques au regard du scandale enfin dénoncé de la pédocriminalité de certains membres de l'Eglise catholique...