"Averroès et Rosa Parks" : un documentaire puissant pour portraiturer avec respect des êtres fêlés !

Averroès et Rosa Parks sont deux unités de l’hôpital Esquirol (connu autrefois comme l'asile de Charenton), qui relèvent - comme l’Adamant - du Pôle psychiatrique Paris-Centre.
Survolés par un drone, les bâtiments se découvrent, classiques et sévères mais lumineux, à la lisière du Bois de Vincennes...
Le documentaire de Nicolas Philibert constitue le second volet de ce qui formera un triptyque avec Sur l'Adamant et La Machine à écrire et autres sources de tracas (sortie prévue le 17 avril)
Le réalisateur s'explique : "C’est un peu comme si, après avoir filmé ce qui est sur le devant de la scène dans Sur l'Adamant, je montrais cette fois les coulisses, les soubassements".
Les patients qui ont échoué là traversent un moment dans lequel ils sont plus vulnérables et plus chancelants que ceux rencontrés dans la péniche hôpital de jour... mais Nicolas Philibert a voulu filmer la même psychiatrie, ou ce qu'il en reste...
Un établissement où les soignants, même s'ils ne sont pas assez nombreux en fonction des besoins, s'efforcent d'accueillir et de prendre en considération la parole de ces êtres cabossés par des accidents de vie qui les empêchent de reprendre une existence normale et donc autonome, avec un travail qui leur permettrait de retrouver une place dans la société... et de payer des impôts, comme dit l'un d'entre eux, qui les associent à une forme de rédemption de la culpabilité qu'il ressent de son état...
Le cinéaste, en plein accord avec l'équipe médicale et les patients, les filme en entretiens individuels ou lors de réunions « soignants-soignés », pour tenter de nous faire entrer dans l'univers de chacun, revenant sur le moment où ils ont "basculé", les questionnant sur leurs peurs, leurs progrès, leurs projets... et c'est tout à la fois terrifiant et passionnant...
Durant 2h23 mn, nous découvrons des femmes et des hommes, jeunes ou déjà âgés, internés depuis quelques semaines ou de longues années, plus ou moins conscients de leur pathologie, qui confient leur mal-être ou racontent leurs hallucinations tel celui qui sourit parce qu'il est persuadé d'avoir retrouvé parmi le personnel et les autres patients son grand-père et son père décédés - qui décrivent leurs terreurs ou développent des raisonnements dont la logique absurde possède sa propre logique...
Un film coup de poing qui nous oblige à regarder les malades "mentaux" comme nos semblables !