Betty Pelissou est cette mère déchirée par la douleur d'avoir perdu son enfant, l'enfant d'un homme qu'elle a follement aimé depuis l'âge de treize ans...
Dans une élégante mise en scène de William Mesguich, la comédienne nous raconte le bonheur et la tragédie de sa vie : la rencontre de cet écrivain qu'elle a imaginé, puis croisé, puis rencontré, puis revu mais qui jamais ne se souvenait d'elle...
Passionnée, prisonnière à jamais de cet homme qui lui a fait un enfant... en passant comme il traversait la vie, si élégant mais narcissique... semblant ne s'intéresser aux autres que pour peupler sa galerie de personnages de romancier célèbre...
Tour à tour, adolescente puis jeune femme puis amoureuse puis amante puis mère... jusqu'à s'oublier elle-même pour mieux s'occuper de cet enfant qui la comblait mais qui lui a été arraché par une grippe assassine...
Le magnifique texte de Stephan Zweig n'a pas pris une ride et si vous avez envie de voir cette belle interprétation, notez dans votre agenda que le spectacle, dont c'était la dernière aujourd'hui au studio Hébertot, reprend le 11 janvier à La Folie Méricourt !
Un spectacle politique satirique à voir jusqu'au 5 janvier au théâtre Le Contrescarpe !
Trois formidables comédiens interprètent avec brio une vingtaine de personnes qui ont constitué l'entourage personnel et professionnel de Jacques Chirac depuis ses premières années couvées par sa mère qui avait perdu une petite fille à l'âge de 2 ans, jusqu'à ses dernières heures où la mémoire le fuit...
Interprété par Marc Pistolesi (qui fait également la mise en scène), le personnage de Jacques Chirac est décrit comme une marionnette, obéissant aux pygmalions qui ont défini et orienté sa vie : Pierre Juillet et Marie-France Garaud, Charles Pasqua... et l'on découvre ses liens avec Marcel Dassault, collègue de son père qui, enchanté par la vivacité du petit garçon curieux qu'il était, le soutiendra politiquement et financièrement toute sa vie...
Charlotte Zotto et Régis Vlachos complètent la distribution en passant d'un personnage à l'autre avec vivacité, inventivité et un humour sans cesse renouvelé...
La seule chose que l'on peut regretter dans ce spectacle tonique mené à un train d'enfer durant 1 heure 1/2 est le dénigrement systématique de Jacques Chirac : certes il était volontiers menteur et coureur de jupons, il n'a pas brillé en stratégie politique puisqu'il changeait fréquemment d'avis sur beaucoup de sujets importants comme l'Europe notamment, il était un des principaux artisans de la nauséeuse France-Afrique, il a fait la "connerie" de dissoudre l'Assemblée, il n'a pas su quoi faire de son second mandat... mais il était un fervent promoteur des arts premiers et un admirateur des cultures asiatiques, il a su s'opposer aux USA pour ne pas les suivre dans leur engagement dans la guerre contre l'Irak, il avait un excellent contact relationnel avec toutes les couches de la population.... mais même ces aspects-là sont moqués ou survolés comme éléments mineurs de sa personnalité complexe...
Le public composé de jeunes (qui ne l'ont pas connu en exercice) et de moins jeunes ont néanmoins longuement applaudi le spectacle qui se veut avant tout divertissant et burlesque !
Paul Schrader retrouve Richard Gere (son héros dans American Gigolo en 1980) et lui confie le rôle de Leonard Fife du roman éponyme de Russel Banks...
Il nous raconte la confession d'un grand documentariste au soir de sa vie... qui souhaite dire la vérité et exige la présence de sa femme Emma (toujours aussi belle Uma Thurman qui est également sa compagne dans sa vie)...
Richard Gere, très éloigné de ses fameux rôles "sexy", "doublé" par Jacob Elordi pour l'interpréter dans les flashbacks, réalise ici une véritable performance d'acteur mêlant son visage actuel à celui d'un vieil homme habité par la souffrance et par l'urgence de parler...
Le scénario doublement crépusculaire est habité par le décès récent du père de Richard Gere et la maladie déclarée de Russel Banks quand Paul Schrader a démarré l'écriture de son scénario...
Véritable mosaïque, le film mêle habilement les quatre différentes époques racontées par le documentariste en utilisant quatre formats d’image différents et cet effet de décalage nous perd tant en nous rapprochant de la confusion de cet homme dont la mémoire, certes toujours très présente, est de temps en temps floutée par l'injection de morphiniques...
Et c'est passionnant car ce procédé nous permet de vivre cette confession comme si c'était la nôtre, celle que chacun souhaite ou redoute de faire avant de refermer la dernière page... sur une vie marquée par la réussite mais également par la lâcheté qui l'a rongé toute sa vie, vérité qu'il voudrait crier à ceux qui l'entourent pour obtenir un pardon qu'il ne se donne pas lui-même...
Écrite comme cela, la critique pourrait vous faire peur mais il faut lâcher prise et écouter, regarder cet homme toujours aussi beau et charismatique mais humble et lucide face à la vanité de la réussite médiatique...
Personnellement, j'ai trouvé le film magnifique et ce d'autant plus que j'avais eu la chance de voir Richard Gere interviewé la veille au soir sur Arte par une Elisabeth Quin sous le charme : avec un naturel époustouflant, l'acteur a parlé de sa vie et de son film, prenant à témoin l'épique technique du plateau, geste que je n'avais jamais vu faire par qui que soit d'autre dans cette émission...
A voir absolument pour Richard Gere, un honnête homme, un Mensch !
PS : le film porte ce titre pour 2 raisons (la première puisque Leonard a fui la conscription pour le Vietnam en fuyant au Canada et la seconde parce que c'est le nom de la caméra utilisée dans le film, surnommée Interrotron, en hommage à l’appareil inventé par le documentariste oscarisé Errol Morris, un ami de Paul Schrader)
Le film est le premier véritable long-métrage en France qui soit consacré à la comédienne !
Guillaume Nicloux a choisi de ne pas faire un biopic mais de retracer des moments charnières de sa carrière, sur 30 ans : la journée de son jubilée (9 décembre 1896) et l’amputation de sa jambe !
Je n'avais pas été très convaincue par l’exposition consacrée à l'actrice au Petit Palais où ressortait le côté un peu trop extravagant mais surtout "daté" de la Divine...
Le réalisateur a su faire ressortir le tempérament moderne et progressiste de Sarah Bernhardt grâce au talent de Sandrine Kiberlain qui est tout à la fois inouïe, spectaculaire, orgueilleuse, excentrique, parfois odieuse mais aussi profondément humaine, touchante, engagée, courageuse, amoureuse... en un mot contemporaine !
Certains critiques reprochent au film le défilé des "people" de l'époque : Guitry père et fils, Zola, Rostand... mais ils constituaient son cercle intime !
Les dialogues et les scènes d'amour entre Sarah Bernhardt et Lucien Guitry (interprété par un Laurent Lafitte plutôt crédible), l'amour de sa vie, non seulement constituent le fil rouge du film mais en font tout le charme jusqu'aux dernières images...
Les personnages secondaires sont tout aussi bien campés et plus particulièrement Louise Abema, la fidèle amante et portraitiste de la comédienne, interprétée par Amira Casar, formidable dans le rôle...
Un scénario habilement construit, des décors spectaculaires, des costumes époustouflants pour les femmes, élégants et sobres pour les hommes...
En quelques mots, du vrai cinéma et tant pis pour les grincheux qui regrettent qu'il n'y ait pas de scène où elle joue sur les planches ! Sa vie est une pièce de théâtre à part entière !
À la fin des années 1950, le Pop Art déferle des deux côtés de l’Atlantique, en Amérique du Nord comme en Europe. La bande-dessinée, la publicité, le cinéma, les célébrités, les robots ménagers et la presse à scandale deviennent des sujets de peinture, quand ils ne sont pas des peintures en soi, des images photographiques collées ou reproduites mécaniquement sur des toiles. Les œuvres Pop célèbrent non sans ambiguïté les noces de l’art et de la culture populaire, des musées, des galeries et de l’industrie culturelle. Sans manifeste et sans frontière, le Pop désigne bien au-delà de la sphère artistique une esthétique qui prévaut encore aujourd’hui. Il est difficile de dire quand commence le Pop et assurément impossible d’en fermer le chapitre.
Au travers d’une sélection de 150 peintures et œuvres de divers matériaux, le parcours est centré autour de Tom Wesselmann (1931-2004), une des figures de proue du mouvement, qui poursuit volontairement les genres classiques de la peinture (la nature morte, le nu, le paysage) tout en élargissant l'horizon de son art, tant par ses sujets que par ses techniques. À mi-chemin entre peintures et sculptures, ses œuvres incorporent aussi des éléments multimédias (lumière, mouvement, son, vidéo). Quant à ses immenses et spectaculaires Standing* Still Lifes, à la croisée de la peinture et de l’installation, elles ont imposé un format jusque-là inédit.
Il regroupe, en outre, 70 œuvres de 35 artistes de générations et nationalités différentes qui partagent une sensibilité « Pop », allant de ses racines dadaïstes à ses prolongements contemporains, des années 1920 à nos jours.
A voir jusqu'au 24 février 2025
Tom Wesselmann : american nudes (5), seaside (2), bouche (2), smokers (3), sunset nudes (4), room painting (2), collages huiles sur aluminium (3), standing still lifes (2), nature morte avec cigarette, autoportrait
Pinault Collection présente à la Bourse de Commerce, une exposition d’envergure dédiée à l’Arte Povera. Entre héritage et influence, l’exposition traverse plus de 250 œuvres historiques, contemporaines, et issues de ce courant artistique italien majeur des années 1960.
Trouver une définition de ce mouvement est impossible, et heureusement car ce serait trahir ces rebelles à l'ordre établi, cette volonté de liberté, cette utilisation de matériaux simples et ce désir fou de mêler vie quotidienne et histoire de l'art dans leurs œuvres. Et ce serait enfermer ces femmes et hommes qui ont la volonté de dénoncer, avec subtilité et parfois humour, la société dans laquelle ils vivent.
Quand naît l'Arte povera, dans les années 1960, l'Italie vit plusieurs traumatismes et doit relever des défis : s'éloigner de l'Italie de Mussolini et soigner ses cicatrices de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi affronter "le miracle italien", cette industrialisation à marche forcée.
Les treize principaux protagonistes de l’Arte Povera : Giovanni Anselmo, Alighiero Boetti, Pier Paolo Calzolari, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Mario Merz, Marisa Merz, Giulio Paolini, Pino Pascali, Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto, Emilio Prini et Gilberto Zorio ont cherché à orienter radicalement le langage artistique vers de nouveaux horizons en inventant une définition plus large de la création.
L’acceptation de la contradiction et de la complexité, liée à un sens de l’ouverture, de la fluidité et de la subjectivité changeante, place les pratiques du courant au-delà du modernisme et résonne bien au-delà des frontières de l’art contemporain occidental.
A l’intérieur et à l’extérieur de la Bourse de Commerce, plusieurs artistes ont été invités à installer des œuvres in situ qui dialoguent avec l’architecture et le parcours de visite.
De 1850 à nos jours, cette exposition pluridisciplinaire réunit à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine au Trocadéro, près de 500 œuvres originales provenant des collections inédites des grands magasins qui reflètent les évolutions de nos sociétés à travers leurs architectures éblouissantes.
Leur âge d’or se situe entre 1850 et 1930 parallèlement à l’essor des transports et de l’industrie. A cette époque, ils révolutionnent les modes de consommation tout en inventant une organisation sociale nouvelle, souvent comparée à une ruche, avec une multitude d’employés sous la supervision d’un fondateur charismatique.
Entre 1930 à 1980, les grands magasins font face à l'émergence des supermarchés et hypermarchés. Pour survivre, ils deviennent des "machines à vendre", avec des stratégies marketing et une rationalisation des espaces. Ils maintiennent leur influence en proposant un art de vivre et en participant à la révolution du prêt-à-porter.
À partir des années 1980, les crises économiques et la concurrence des grandes surfaces entraînent une remise en question des grands magasins. Certains ferment tandis que d'autres renouent avec leur identité architecturale. De nos jours, le commerce en ligne pousse les grands magasins à se réinventer sans cesse, en offrant des expériences uniques et des services toujours plus nombreux.
A voir jusqu'au 6 avril 2025
L'âge d'or de la Samaritaine, du Bon Marché, du Printemps, des magasins du Louvre et des Galeries Lafayette
Publicités et éléments de décoration (dernière photo = robe coupole)
Rénovation et extension des magasins du Printemps - rénovation récente de la Samaritaine
Le film des frères Ludovic et Zoran Boukherma est adapté du roman du même nom à succès écrit par Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018.
Les réalisateurs nous parlent du passage à l'âge adulte d'une bande d'ados en 4 saisons : 4 étés compris entre 1992 et 1998... dans une vallée perdue de l’Est de la France où les hauts fourneaux sont à l'arrêt et les parents en échec comme ceux d'Anthony (incarné par Paul Kircher, la nouvelle coqueluche des media)...
Un après-midi de canicule au bord du lac, Anthony quatorze ans, s’ennuie ferme et rêve d'un ailleurs impossible, pour tenter de fuir le déterminisme social qui l'attend...
Sa rencontre avec Stéphanie (Angelina Woreth), une jeune bourgeoise un peu plus âgée, va changer le cours de sa vie...
Une histoire un peu décousue, trop longue, des personnages peu attachants à part Gilles Lellouche qui interprète le père d'Anthony, un alcoolique malheureux qui ne connait que la violence comme forme d'expression...
En un mot, vous n'êtes pas obligés d'aller voir ce film d'autant plus que le personnage de la mère, Ludivine Sagnier, est particulièrement peu gâté par le scénario !
Le réalisateur allemand Edward Berger a adapté pour son dernier opus le thriller éponyme de Robert Harris (2016) et en a confié l'adaptation et le scénario à Peter Straughan, connu pour son travail sur le film "La Taupe" adapté de John Le Carré.
Quand le pape décède de façon inattendue et mystérieuse, le cardinal Lawrence (extraordinaire Ralph Fiennes) qui occupe la fonction de doyen, se retrouve chargé, bien malgré lui, d’organiser l'élection de son successeur...
Le film nous fait partager la vie des cardinaux qui se retrouvent enfermés dans un espace clos : la salle du conclave où les votes se succèdent au rythme des tractations, des secrets, des trahisons et des surprises...
Logés dans de magnifiques appartements, ils sont nourris par des sœurs qui veillent à leur confort mais les observent avec intelligence et circonspection...
Les bruits de la ville et du monde se répercutent dans les lieux saints, venant confronter la réalité des problématiques contemporaines à la complexité d'une élection qui présente toutes les caractéristiques et les travers du monde de la politique politicienne...
Les acteurs "papabile" sont tous excellents : Stanley Tucci (cardinal Bellini) et John Lithgow (cardinal Tremblay), Sergio Castellito (cardinal Tedesco) et Carlos Diehz en cardinal "inattendu" officiant en zones de guerre...
Quant à Isabella Rossellini, elle crève l'écran en sœur Agnès, une femme "forte", confidente du défunt pape !
A voir dès sa sortie le 4 décembre sur les écrans !