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Route 66

Route 66

Prenez vos bécanes pour aller au cinéma, voir des pièces de théâtre, admirer des expositions...

Publié le par Hélène
Publié dans : #cinéma

Le réalisateur catalan Albert Serra s'est inspiré des souvenirs de l'épouse polynésienne de Marlon Brando pour écrire son premier film contemporain dont l'action se déroule à Tahiti...

De Roller (Benoit Magimel magistral), Haut Commissaire de la République est le représentant de l'Etat français dans cette île paradisiaque corrompue par les effets nocifs des occidentaux...

Toujours tiré à quatre épingles dans un somptueux costume blanc, le haut fonctionnaire est très proche de la population locale dont il prend le pouls dans les réunions officielles et dont il partage les nuits fiévreuses et alcoolisées...

Quand un amiral débarque dans l'île avec une dizaine de marins en uniforme, les rumeurs vont bon train : on aurait aperçu un sous-marin dont la présence fantomatique annoncerait la reprise des essais nucléaires ; or depuis la signature en 1996 du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires, la France s'est engagée à ne plus jamais en réaliser...

La caméra s'attache aux pas de Benoit Magimel dont elle suit la réflexion paranoïaque dans ses échanges avec les différents protagonistes de ses errances diurnes et nocturnes...

Difficile de transcrire l'atmosphère planante et poisseuse de ce film qui, durant 2h45, nous montre la beauté de la nature luxuriante de l'ile et nous égare dans de fausses pistes à la recherche d'une explication plausible à cet écheveau de complicités improbables...

De Roller n'arrive pas plus à gérer la situation que le spectateur à percevoir les tenants et aboutissants de ce tourment imaginaire qui saisit l'île de Tahiti...

A voir pour Benoit Magimel à qui le réalisateur a laissé toute liberté pour improviser... et si vous avez le temps...

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Publié le par Hélène
Publié dans : #théâtre

Le théâtre Rive Gauche fait le plein avec cette adaptation du roman de Karine Tuil...

Sept acteurs interprètent avec talent les nombreux personnages de cette histoire d'usurpation d'identité...

Samir Tahar qui a décidé de s'extraire de sa cité par la méritocratie, est très déçu de ne pas réussir à se faire   embaucher à Paris, malgré de brillantes études de droit...

Il décide donc d'émigrer aux Etats-Unis et, pour ce faire,  emprunte les origines juives de son meilleur ami Samuel, nouvelle identité qui lui ouvre les portes des plus prestigieux cabinets d'avocats...

Tout sourit au nouveau Sam Tahar qui mène une brillante carrière au barreau de New-York, fait un beau mariage en épousant la fille de son principal associé et intègre, de ce fait, une des familles juives les plus puissantes du pays...

Mais sa célébrité médiatique va précipiter sa chute car Samuel, son ancien ami qui vit avec Nina son ancienne fiancée, va reprendre contact avec lui en le découvrant dans un reportage à la télévision...

De rebondissement en rebondissement, le jeune et brillant quadragénaire est rattrapé par son passé et se piège lui-même en aidant son demi-frère qui menace de tout dire à leur mère...

« Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe et c'est ce qui arrive au triangle amoureux de Samir, Samuel et Nina confrontés à la grande Histoire du début de notre XXIe siècle...

Très fidèle au livre éponyme, la mise en scène de Johanna Boyé souffre toutefois malgré son brio, de certaines outrances qui, de mon point de vue, nuisent au déroulement du récit et tirent la représentation vers le théâtre de boulevard...

A voir jusqu'au 31 décembre !

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Publié le par Hélène
Publié dans : #cinéma

Clovis Cornillac, qui s'est vu confier l'adaptation du second roman de la trilogie de Pierre Lemaître, réussit son pari : "mettre toute son énergie au service du film"...

Une pléiade d'excellents acteurs nous plongent dans l'histoire de la vengeance de Madeleine Péricourt (formidable Léa Drucker), fille de Marcel et sœur d'Edouard, la gueule cassée d'Au revoir là-haut...

Nous sommes en 1929, Madeleine réunit tout le gratin de la finance et de la politique pour l'enterrement de son père dont le catafalque trône au milieu de la magnifique cour de l'hôtel particulier des Péricourt...

Tout est prêt pour la cérémonie quand le drame survient : Paul 10 ans, le fils de Madeleine, choisit ce moment pour se défenestrer et atterrir sur le cercueil de son grand-père...

Madeleine fait courageusement face mais, mal conseillée par des hommes cupides, elle va perdre toute sa fortune...

La seconde partie du film nous raconte avec délectation la vengeance de cette femme bafouée par ceux en qui elle avait mis sa confiance... de manipulée, elle devient manipulatrice et trouve des alliés improbables en la personne de son ancien chauffeur interprété avec brio par Clovis Cornillac, de Léonce son ancienne gouvernante (délicieuse Alice Isaaz), de Vladi la nounou polonaise de son fils qui ne parle pas un mot de français, de Solange Gallinato (géniale Fanny Ardant), une diva dont s'est entiché Paul et qui va oser tenir tête aux nazis... 

Couleurs de l'incendie, c'est la revanche des femmes et des petites gens sur les pouvoirs installés : Olivier Gourmet excelle dans le rôle d'un député ridicule qui ne pense qu'à une chose : gagner suffisamment d'argent et à n'importe quel prix pour arriver à marier ses deux gourdes de jumelles et Benoit Poelvoorde incarne avec talent l'homme de confiance de la famille qui va trahir pour servir ses intérêts...

Du bel ouvrage, une belle reconstitution, un plaisant moment de cinéma même si l'on peut regretter que le film n'ait pas la puissance ni l'originalité de la réalisation d'Albert Dupontel dans Au revoir là-haut...

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Publié le par ADELINE
Publié dans : #voyages

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Publié le par Hélène
Publié dans : #cinéma

Dans son dernier opus, James Gray revient sur son enfance juive à New York au début des années 80...

Le récit largement auto-biographique, nous conte l'histoire de Paul Graff (Banks Repeta) qui vit avec ses parents Esther (Anne Hathaway) et Irving (Jeremy Strong) et son frère aîné dans un appartement du Queens...

Comme James Gray, Paul 12 ans, n'aime pas l'école : la seule chose qui l'intéresse c'est le dessin mais ses parents veulent qu'il fasse des études comme son grand frère...

Dès son entrée au collège public de son quartier, il se montre insolent avec ses professeurs et se lie d'amitié avec Johnny (Jaylin Webb), un jeune noir qui ne pense qu'à une chose : fuir son triste quotidien et travailler à la NASA...

Lorsque Paul et Johnny sont surpris en train de fumer un joint, le jeune garçon prend conscience que son statut de blanc de la classe moyenne va le mettre à l'abri d'une punition trop sévère, contrairement à son ami Johnny...

A partir de ce moment, Paul va entrer en "résistance" contre le système, n'écoutant plus que son grand-père Aaron (génial Anthony Hopkins), dont la vie résume à elle seule les drames européens du milieu du XXe siècle...

Un grand film pour se replonger dans les années 80 avec en filigrane l'élection de Reagan, la crainte d'une guerre nucléaire et les tensions raciales mais surtout pour se passionner pour le questionnement identitaire de cet adolescent au visage d'ange !

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Publié le par Hélène
Publié dans : #théâtre

En 2022 Molière fête ses 400 ans !

Pierre-Olivier Scotto (auteur) et Jean-Philippe Daguerre (auteur et metteur en scène) ont souhaité lui rendre hommage à travers cette aventure fictive, largement inspirée de la vie de la troupe de l'Illustre Théâtre de Molière avant son arrivée à Versailles...

Huit comédiens (quatre femmes et quatre hommes) habités par l'amour du théâtre, nous emmènent en 1656 sur les routes de France jusqu'à Béziers où la troupe doit se produire mais la peste fait rage...

Madeleine Béjart (Charlotte Matzneff) et Marquise Du Parc s'entremettent pour que l'évêque les laissent jouer car la troupe est exsangue ; bon prélat, ce dernier n'exige qu'une seule chose : que Molière écrive en 12 jours une pièce originale en 5 actes et en vers...

Secondé par Léo (Geoffrey Palisse), un jeune homme du XXIe siècle qui s'est retrouvé accidentellement plongé dans ce creuset dont il est un fervent admirateur, Jean-Baptiste Poquelin (Stéphane Dauch) va écrire Le dépit amoureux et sauver la troupe...

Servi par le jeu des acteurs qui pétillent de vie et d'intelligence et par une mise en scène qui fait la part belle au panache et à l'émotion, le spectacle célèbre la vie de troupe et le génie des saltimbanques animés par une seule passion : "faire rire les honnêtes gens".

Le spectacle très joyeux fait le plein de spectateurs au Lucernaire !

A voir jusqu'au 31 décembre...

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Publié le par Hélène
Publié dans : #cinéma

Après le succès de son premier long métrage Girl qui avait obtenu en 2018  la Caméra d'Or et le Prix d'interprétation Un Certain Regard au Festival de Cannes,  le réalisateur belge Lukas Dhont a voulu continuer à explorer son enfance de garçon pas comme les autres...

Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustav De Waele) sont à 13 ans des amis inséparables : ils passent tout leur temps libre ensemble et partagent leurs nuits sans que leurs parents y trouvent à redire...

Quand leur amitié purement enfantine se heurte au collège aux regards et aux commentaires des autres, Léo décide de s'éloigner de Rémi en se conformant aux codes de son genre : élargir son cercle d'amis et intégrer une équipe de hockey, se rapprocher de son frère aîné et aider ses parents dans les travaux des champs...

Quand le drame survient, Léo se jette à corps perdu dans le sport et se rapproche de la mère endeuillée de Rémi (Emilie Dequenne) pour tenter de dépasser sa culpabilité...

Si l'idée de départ était intéressante, le film souffre d'un scénario elliptique et répétitif qui nuit à l'émotion ; des scènes esthétisantes étirées à l'infini, une caméra qui filme en gros plans les regards des deux garçons ne suffisent pas à faire un bon film...

On peut s'interroger sur ce qui a motivé le jury de Cannes 2022 à gratifier Lukas Dhont du Grand Prix ???

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Publié le par Hélène
Publié dans : #cinéma

Le film a été présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2022, où il a obtenu le Prix d’Interprétation Masculine pour Adam Bessa.

Lofty Nathan, le réalisateur américain d'origine égyptienne, tenait à témoigner de l'état d'esprit des jeunes tunisiens restés dans leur pays après la massive vague migratoire consécutive au Printemps arabe entre 2010 et 2011...

"Harka" a deux significations en arabe : la première est "brûler" puisque le film s'inspire du destin tragique de Mohamed Bouazizi, dont l'acte d'auto-immolation a été l'un des catalyseurs du Printemps arabe en Tunisie ; en argot tunisien "Harka" désigne aussi un migrant qui traverse illégalement la Méditerranée en bateau...

Le film, tourné dans la chaleur étouffante (50 degrés) de Sidi Bouzid où la Révolution de jasmin a démarré, nous raconte l'histoire d'Ali (fiévreux Adam Bessa), qui rêve d'un avenir meilleur mais survit en vendant de l'essence de contrebande...

Quand son père meurt et que son frère décide d'aller gagner sa vie dans la restauration à Hammamet, le jeune homme se retrouve seul responsable pour subvenir aux besoins de ses deux jeunes sœurs et ce, même si l'aînée travaille déjà comme femme de ménage...

Le sort s'acharne sur la famille bientôt menacée d'expulsion puisque Ali, même s'il a amassé une coquette somme d'argent, est incapable de rembourser les dettes contractées par son défunt père...

La caméra s'attache aux pas d'Ali qui se débat dans son combat impuissant contre la fatalité, entreprenant au péril de sa vie des trajets illégaux jusqu'à la frontière libyenne pour rendre service à son patron, s'opposant à son frère qui accepte d'être le "larbin" des riches occidentaux sur les plages d'Hammamet ou refusant d'épouser les rêves de son meilleur ami qui imagine que la fortune les attend à Berlin...

"Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil" chantait Charles Aznavour ???

Le film "Harka", malgré quelques maladresses et redondances, constitue un témoignage majeur pour tenter d'appréhender le piège dans lequel se retrouvent enfermés les espoirs d'une révolution qui n'a pas tenu toutes ses promesses !

 

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Publié le par Hélène
Publié dans : #cinéma

Le dernier film de Cristian Mungiu a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2022 mais le réalisateur roumain est reparti les mains vides, alors que son second long métrage 4 mois, 3 semaines, 2 jours avait été couronné de la Palme d'or en 2007, et que ses précédentes réalisations : Au-delà des couronnes et Baccalauréat, avaient été respectivement encensés avec le Prix du scénario en 2012 et le Prix de la mise en scène en 2016...

R.M.N. trouve sa source d'inspiration dans une histoire réelle : avant la pandémie, certains propriétaires d’usines du Comté de Székely en Transylvanie, ont envisagé d’embaucher des travailleurs venus de loin, étant donné que les locaux étaient partis travailler en Europe occidentale...

A partir de cette trame le réalisateur roumain Cristian Mungiu tente de "radiographer" le cerveau d'un village roumain à la population multi-ethnique composée de minorités hongroises et allemandes, qui se dresse contre l'embauche de deux travailleurs sri-lankais dans la boulangerie industrielle qui offre des salaires trop bas pour les jeunes locaux...

Traité de "sale gitan" par son employeur en Allemagne, Matthias (formidable Marin Grigore), revient dans son village natal où il retrouve sa femme Ana (Macrina Barladeanu), qui élève seule leur fils qui est devenu mutique depuis une rencontre traumatisante dans la forêt qu'il traverse pour aller à l'école, sa maîtresse Csilla (délicate Judith State), qui co-dirige la boulangerie industrielle et son père, un vieux berger malade...

Tiraillé entre son amour pour son fils qu'il tente de reconquérir et son amour pour sa courageuse maîtresse qui fait face à l'hostilité croissante de la population paupérisée par les effets pervers des subsides de l'Union européenne et de la mondialisation, Matthias, homme taiseux et versatile, assiste impuissant à la montée du racisme de ses concitoyens...

Dans ce film manifeste, Cristian Mungiu dénonce dans une formidable scène (dix-sept minutes de plan séquence), qui réunit tous les habitants dans la salle communale, la désolante et absurde attitude qui relève de la peur atavique de l'autre, de l'étranger qui accepte de faire le travail dont on ne veut pas, et ce même s'il s’intègre avec succès dans la communauté...

Un film à voir absolument pour mieux mesurer les réalités et les enjeux de l'immigration européenne !

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