Après Séraphine de Senlis, peintre méconnue, Martin Provost s'attache à réhabiliter la mémoire de Violette Leduc !
Martin Provost, de toute évidence, aime les laides, les écorchées, les mal aimées, les génies que l'on enferme en asile ou sous camisole chimique pour étouffer leur talent qui dérange la bonne société !
Violette Leduc, née bâtarde en 1907 trouvera sa liberté par l'écriture grâce à l'amitié indéfectible de Simone de Beauvoir qui a la certitude d'avoir entre les mains la destinée d'un écrivain hors norme
Rien ne rapproche a priori les deux femmes à part l'écriture et pourtant leurs destins seront liés dans le Saint-Germain de l'après guerre
Sandrine Kiberlain est Simone de Beauvoir, époustouflante de cérébralité et de solitude malgré la gloire et les prix qui reconnaissent très vite son oeuvre...
Emmanuelle Devos est Violette Leduc, cette femme lourde qui ne s'aime pas et vit dans une chambre sinistre qu'elle partage de temps en temps avec Berthe, sa mère haïe et adorée (magistrale Catherine Hiégel)
En 1944, Violette découvre "L'invitée" de Simone de Beauvoir et, immédiatement subjuguée, décide de lui présenter son premier manuscrit : "Asphyxie"
Séduite par le ton "vrai" de l'ouvrage, Simone de Beauvoir va le promouvoir auprès de Gaston Gallimard et d'Albert Camus qui vient de lancer une nouvelle collection au sein de la prestigieuse maison !
Le livre sera publié mais n'aura aucun succès ; par contre il lui permettra de gagner l'estime des grandes plumes de l'époque : Jean Genet (Jacques Bonaffé), Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre...
Découragée par cet échec et par l'attitude de Simone de Beauvoir qui lui offre son amitié mais refuse son amour, Violette manque très vite tragiquement d'argent (elle a en effet cessé son trafic de marché noir pour se consacrer à l'écriture...)
Simone de Beauvoir l'encourage à parler de ses expériences personnelles : sa passion charnelle pour Isabelle une amie de collège, son premier mariage, son avortement, sa relation avec l'homosexuel Maurice Sachs en lui faisant comprendre qu'elle sera la première à parler de "ces choses là", qu'elle va déranger mais qu'elle fera la "différence" dans un milieu germanopratin issu de la bourgeoisie intellectuelle
En 1947, Violette va rencontrer, grâce à Jean Genet, Jacques Guérin (Olivier Gourmet), grand industriel et mécène des artistes qui va la soutenir en lui offrant son amitié durant 17 ans... Son amitié car lui aussi est homosexuel et ne peut pas plus que Simone répondre au désir de Violette qui sombre peu à peu dans la dépression...
Simone de Beauvoir, par le truchement de Gallimard lui fera verser une pension jusqu'à son succès littéraire en 1964 avec "La Bâtarde"...
Car au fil des années, Violette, femme de chair, va se "trouver" en découvrant la lumière du Lubéron qui va lui permettre de s'ouvrir à sa sensibilité propre et de s'accepter dans sa laideur et son infamie de bâtarde...
Un très grand film servi par des interprètes au sommet de leur jeu !