Jérôme Bonnell nous fait partager une journée de Jonas (Grégory Montel), un quadra immature qui n'arrive pas à se faire à l'idée que Léa (Anaïs Demoustier) ne l'aime plus...
Réfugié dans le café en face de chez elle, il tente de lui écrire une lettre d'amour/de rupture tout en guettant sa fenêtre...
Paterné par Mathieu le propriétaire du café (formidable Grégory Gadebois), Jonas passe par toutes les émotions : jalousie, désir, amertume, regret, incompréhension sans jamais véritablement se remettre en question : il est tout entier dans chacune de ses micro-décisions...
De jolis échanges entre Jonas et Mathieu, une parenthèse très intense entre Jonas et son ex femme (formidable Léa Drucker) entretiennent la petite musique des amours post adolescentes...
Anaïs Demoustier fait de l'Anaïs Demoustier : vive, primesautière, pas vraiment engagée si ce n'est dans son métier et dans son rôle de mère...
Un film plaisant que l'on traverse en souriant devant tant de maladresses relationnelles...
Steven Spielberg a eu l'idée folle de tourner à nouveau l'opposition des Jets et des Sharks, en l'ancrant dans l'Upper West Side, territoire voué à la démolition pour lequel les deux gangs se battent...
Le réalisateur a déplacé plusieurs scènes en extérieur dans les rues de New York, donnant ainsi aux chorégraphies un ancrage réaliste...
Les décors reflètent bien la pauvreté et l'exclusion des portoricains mais également des "petits blancs"...
La musique de Leonard Bernstein est toujours aussi géniale, les acteurs ont bien l'âge de leur rôle... mais ils semblent s'excuser de ne pas être à la hauteur de leurs célèbres prédécesseurs...
Seule Ariana DeBose qui interprète Anita la femme de Bernardo, chef des Sharks crève l'écran !
Le film est long, trop long et nous donne envie de revoir la version de 1961
Dans son premier long métrage, Aurélie Saada nous immerge dans une famille juive aux côtés de Rose, une mère, grand-mère et très vite veuve d'un mari billant qu'elle adorait...
Le film débute sur les images joyeuses d'une fête traditionnelle puis plonge dans la tristesse quand Rose se retrouve désemparée face à sa nouvelle solitude...
Entouré de ses trois enfants dont le dernier vit encore chez elle, Rose va petit à petit reprendre goût à la vie et oser enfin être femme avant d'être mère...
Malgré quelques maladresses et scènes un peu trop appuyées, le film nous offre un magnifique personnage incarné par la toujours très belle Françoise Fabian !
Sans oublier Aure Atika et Grégory Montel qui interprètent les deux aînés de la fratrie et Pascal Elbé dans un rôle de tendre confident...
Une ode à l'émancipation féminine saupoudrée de moments joyeux !
En adaptant le roman éponyme de Karine Tuil récompensé du prix Interallié et du prix Goncourt des lycéens en 2019 , le cinéaste s'empare d'un sujet à la "mode" mais essentiel, à savoir la zone grise du consentement...
Yvan Attal a fait appel à ses proches : son fils Ben Attal incarne l'accusé et sa femme Charlotte Gainsbourg la mère de l'accusé - pour incarner cette histoire de viol qui se déroule dans le milieu de l'intelligentsia juive...
Campant l'intrigue dans une première partie en deux chapitres Lui puis Elle un peu démonstrative et longuette, il nous plonge ensuite dans une scène de procès brillante mais didactique...
Visiblement Yvan Attal s'est beaucoup documenté sur le sujet en assistant à un vrai procès pour viol quant à son fils Ben, au début peu enchanté par le rôle visiblement très éloigné de sa personnalité, il s'est appliqué un peu laborieusement à faire ressortir le côté violent de son personnage...
La victime Mila interprétée par une actrice prometteuse Suzanne Jouannet n'est pas, de mon point de vue, assez complexe : issue d'un milieu modeste ultraorthodoxe, elle est la victime désignée de ces jeunes mâles blancs intelligents et fortunés qui entourent l'accusé...
La question du consentement est bien posée mais le scénario gâté par des personnages outrés tels Pierre Arditi (animateur vedette, homme à femmes et accessoirement père de l'accusé), manque curieusement d'incarnation...
Très, trop long (2h18), le film nous laisse au bord de la route alors que le sujet est universel et le scénario très juste...
Kiyoshi Kurosawa nous plonge dans un pan d'histoire peu connu où le Japon a révélé sa noirceur...
Le 19 septembre 1931, l'armée japonaise impériale envahit la Mandchourie après l'incident de Moudken - soit la destruction d'une section de voie ferrée appartenant à la société japonaise des chemins de fer de la Mandchourie du Sud. Cet attentat planifié par les japonais redoutant une unification de la Chine, permet de justifier la formation d'un État fantoche, appelé Mandchoukouo où ils exercèrent un régime de terreur et de contaminations microbiologiques des populations à l'instar des agissements du IIIe Reich...
Le film qui se déroule à Kobé au début des années 40, nous raconte le destin de Satoko et Yusaku, un couple aisé et moderne qui n'a pas hésité à adopter les us et coutumes de l'Occident...
Yusaku (Issey Takahashi), un brillant homme d'affaires versé dans l'import export, réalise des courts métrages pour son plaisir et celui de ses amis...
Satoko (Yû Aoi), éperdument amoureuse de son beau et talentueux mari, place le bonheur de leur couple au dessus de tout...
Quand Yusaku, qui a beaucoup de mal à adhérer à la fièvre nationaliste de son pays, revient bouleversé d'un voyage en Mandchourie, le scénario diabolique se met en place...
Oscillant entre amour, défiance et patriotisme japonais, n'hésitant pas à mentir, voler et trahir, la jeune femme va tout faire pour comprendre ce qui s'est passé dans la vie de son mari...
Enrichi de personnages secondaires qui révèlent les tempéraments des deux amants, magnifié par des images d'une grande qualité esthétique, le film nous entraîne durant deux heures dans un dangereux et fascinant chassé croisé !
Un film à voir pour le jeu de ses acteurs et sa dimension historique et universelle !
Pedro Almodovar excelle quand il filme les femmes, toutes les femmes, jeunes et plus âgées...
C'est un plaisir de le retrouver fidèle à ses obsessions : la maternité, la filiation, la transmission... thèmes auxquels il ajoute en filigrane l'histoire du post franquisme...
Deux femmes accouchent dans une maternité : Janis (merveilleuse Penelope Cruz) qui vit une maternité tardive mais assumée, et une adolescente Ana (Milena Smit), pour qui cette naissance constitue un obstacle pour son futur épanouissement d'adulte...
Janis et Ana vont se réconforter mutuellement puis se perdre de vue, toutes les deux investies auprès de leur bébé...
Janis, photographe de profession a une vie aisée mais malgré la femme de ménage et la nounou à domicile, elle semble en quête d'elle-même, empêchée dans son passé : il lui faut retrouver son arrière grand père qui a été enterré dans une fosse commune - et entravée dans son futur : Arturo (Israel Elejalde), le père de sa fille n'est pas libre...
Ana, de son côté, ne peut pas vraiment compter ni sur sa mère Teresa qui connait un succès tardif comme comédienne, ni sur son père qui l'a renvoyée chez sa mère dès qu'il a appris qu'elle était enceinte...
Quand Janis et Ana se retrouvent par hasard, les liens se tissent à nouveau entre les deux femmes sur fond de secrets bien cachés et de désirs tus...
Le scénario suprêmement habile ne nous dit pas tout mais nous laisse deviner la part d'ombre de Janis : la caméra filme amoureusement Penelope Cruz qui est toujours aussi belle !
Quant à Ana dont c'est le second rôle dans un long métrage, c'est une révélation...
Pedro Almodovar a confié à son autre actrice favorite Rossy de Palma, le rôle d'amie et d'associée de Janis et nous nous réjouissons de la retrouver, égale à elle même...
Un très beau film, sans doute moins "movida" mais très profond et très incarné !
La réalisatrice australienne, après le succès de sa mini série Top of the lake (2013), revient au long métrage 12 ans après Bright Star
Elle présente "The power of the dog", adapté du roman de Thomas Savage, à la Mostra de Venise en septembre 2021 et obtient le Lion d'argent du meilleur réalisateur
Après s'être longtemps intéressée aux personnages féminins en rébellion contre l'ordre établi et l'injustice des sociétés patriarcales, Jane Campion s'intéresse dans ce nouvel opus à la toxicité masculine
Diffusé sur Netflix, le film nous plonge dans l'Etat du Montana en 1925, aux côtés de deux frères héritiers du ranch familial que tout oppose : Benedict Cumberbatch interprète avec brio Phil Burbank, un cowboy macho et cruel alors que son frère George (Jesse Plemons) est doux et sensible
Quand ce dernier, martyrisé par son frère depuis l'enfance, lui annonce qu'il a épousé Rose (Kirsten Dunst), une jeune veuve du coin qui vient s'installer au ranch avec son fils Peter (Kodi Smit-McPhee), la cruauté de Phil s'exacerbe !
Assumant méchamment sa masculinité à travers son refus de l'hygiène et sa recherche de l'exploit sportif à tout prix, Phil va systématiquement humilier la mère et son fils, au point de les transformer en lapins pris dans les phares d'une voiture...
Une fois installé le scénario va gagner en subtilité, dessinant les ressorts psychologiques des différents personnages, révélant leurs faiblesses intimes et pour Peter, le gamin cultivé et androgyne une force de caractère peu commune...
Un très beau film qui gagne en puissance et reste en mémoire pour l'originalité de la vision offerte par Jane Campion !
Le musée de l’Orangerie présente une exposition faisant dialoguer les œuvres de Chaïm Soutine (1893–1943), peintre de l’École de Paris d’origine russe (actuelle Biélorussie) et de Willem de Kooning (1904-1997), expressionniste abstrait américain d’origine néerlandaise.
Soutine a marqué la génération des peintres d’après-guerre par la force expressive de sa peinture et sa figure d’« artiste maudit », aux prises avec les vicissitudes et les excès de la bohème parisienne. La peinture gestuelle et l’empâtement prononcé des toiles de Soutine conduisent critiques et commissaires d’exposition à le proclamer « prophète », héraut de l'expressionnisme abstrait américain.
Découvrant l’œuvre de Soutine dès les années 1930 puis au MoMa en 1950 et enfin lors de sa visite à la Fondation Barnes, en juin 1952, Willem de Kooning qui cherche à dégager sa peinture de l’antagonisme art figuratif / art abstrait, trouve dans l’art de Soutine une légitimation de sa propre pratique.
C'est précisément au tournant des années 1950 que Willem de Kooning élabore une troisième voie originale, un expressionnisme singulier, entre figuration et abstraction et entame le chantier pictural des Woman.
Les deux peintres partagent le même soin obsessionnel porté à leurs outils de peintres : leurs pinceaux, toujours nettoyés et rangés après usage, contrastent fortement avec le désordre de leurs ateliers.
Une autre caractéristique commune est leur difficulté à juger une toile terminée : de Kooning emplit sa toile de figures qu'il superpose, quant à Soutine, il refuse de montrer ses peintures nouvellement achevées et en détruit beaucoup !
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Pour compléter ce premier parcours, le musée de l'Orangerie présente également la nouvelle œuvre de David Hockney : "A year in Normandy"
Installé dans le Pays d’Auge depuis début 2019, le célèbre peintre britannique David Hockney y a initié un nouveau chapitre de sa création artistique. Sa maison, son jardin et la campagne environnante deviennent ses motifs de prédilection, peints sur iPad, technique qu’il utilise depuis plus de dix ans.
Quelques mois plus tôt, au musée de Bayeux, Hockney avait été fortement marqué par la Tapisserie de la reine Mathilde. Longue de près de 70 mètres, la broderie forme une frise relatant d’un seul tenant la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, au XIe siècle. Germe alors le projet de dépeindre sous la forme d’un cycle narratif l’arrivée du printemps. À peine le cycle est-il initié, qu’est décrété, en mars 2020, le confinement national.
Tandis que le monde s’immobilise, Hockney réalise sur iPad, en l’espace de quelques semaines, plus de cent images. La technique lui permet une saisie rapide et précise. À la manière des impressionnistes, il capture les effets de lumière et les changements climatiques avec dextérité selon toutefois une palette vive et lumineuse, des compositions en aplats juxtaposés aux accents pop. Les jours s’égrènent, le confinement s’achève et le printemps laisse place à l’été, à l’automne puis à l’hiver. Hockney n’a pas seulement peint le printemps, mais une année entière.
Les deux expositions sont à voir jusqu'au 10 janvier (réservation obligatoire et patience pour entrer)
Soutine : Autoportraits, Céret, Communiante, Enfant de coeur, Garçon d'étage, Groom, Homme en manteau vert, Vieil homme en prière, Femme en rouge, Maison blanche, Petit pâtissier, Portrait
Comme son compatriote Saeed Roustayi dans La loi de Téhéran, le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof dénonce la peine de mort à travers quatre courts métrages tournés en semi-clandestinité...
Le cinéaste célèbre le courage de ceux qui osent dire non en résistant au système ; en effet l'Iran est, derrière la Chine, le pays qui détient le record d'exécutions en application de la loi sur la peine de mort, châtiment qui peut être ordonné pour divers délits qui ne sont pas des meurtres...
Le premier récit, saisissant dans sa chute, nous raconte la vie bien réglée d'Heshmat mari, père et fils modèle, qui part travailler tous les matins très tôt...
Le second chapitre nous fait partager l'acte de résistance de Pouya, un jeune conscrit contraint de retirer le tabouret d'un condamné à mort...
Les deux dernières histoires, plus complexes, se déroulent dans une nature aride et somptueuse où les populations vivent soudées mais dans une grande précarité...
Dans Jour d'anniversaire, Javad, un soldat en permission venu demander en mariage sa bien aimée, se retrouve au cœur d'un dilemme cornélien qui scellera son destin...
Dans la quatrième histoire Embrasse moi, Bharam, médecin interdit d’exercer, a enfin décidé de révéler à sa nièce qui vit en Allemagne, le secret de toute une vie...
Quatre contes moraux pour nous parler des conséquences de la désobéissance civile sur la vie de ses proches...
La présence de la fille du cinéaste dans Embrasse moi illustre bien le propos du cinéaste !
Le propos du film est magnifique, les héroïnes féminines qui s'affirment en second plan sont admirables mais la projection un peu longue (2h32) dilue, de mon point de vue, la force du témoignage...
Un an après l’explosion du 4 août 2020 qui a ravagé le port de Beyrouth, l’Institut du monde arabe rend hommage à la vitalité et à la résilience de la scène artistique libanaise.
Lumières du Liban révèle les onze lauréats de l’appel à projet, lancé auprès de jeunes artistes du Liban (21-35 ans) en 2020. Invités à concevoir, dans le médium de leur choix, une œuvre évoquant Beyrouth telle qu’ils la sentent, la voient ou l’imaginent
Cet appel a été initié et financé par le Fonds Claude et France Lemand-IMA, au lendemain de l’explosion des silos portuaires beyrouthins, afin d’atténuer, autant que faire se peut, son impact sur le réseau artistique de la ville, déjà fortement touché par la crise économique et sanitaire.
L’exposition célèbre également la prodigieuse créativité des artistes modernes et contemporains du Liban et de ses diasporas, du lendemain de son indépendance en 1943 jusqu’à nos jours.
Lumières du Liban qui réunit de nombreuses œuvres : peintures, dessins, sculptures et objets, livres d’artiste, photographies et vidéos, estampes, textiles, céramiques et installations... retrace en filigrane sept décennies d’histoire de l’art que scandent l’effervescence de 1950 à nos jours, les déchirures de la guerre civile et de l’exil, le bouillonnement artistique de la mondialisation...
À travers cette sélection, l’exposition met en avant des personnalités et des prises de positions esthétiques d’artistes, tout autant du Liban que de ses diasporas, avec une attention particulière aux trajectoires qui révèlent le dialogue ininterrompu entre Beyrouth et Paris. Elle témoigne aussi de la liberté de penser et de créer que des artistes d’autres contrées du monde arabe ont trouvé à Beyrouth. En effet, cette ville-lumière de l’Orient a été le berceau de la Nahda laïque libanaise, qui a promu une renaissance des lettres et de la pensée politique et sociale visant à inscrire le monde arabe dans la modernité.
La lecture des étiquettes de chacune des œuvres permet de mieux comprendre les émotions et les intentions des artistes : essentielles pour entrer dans les peintures "coups de poing" réalisées un an après l'explosion du port de Beyrouth, mais également pour s'imprégner des influences artistiques qui sous tendent les créations antérieures !
A voir jusqu'au 2 janvier sans oublier de monter sur la terrasse où la vue sur Paris est magnifique ni de flâner dans la librairie de l'IMA, très riche en ouvrages et en objets !
Oeuvre sur toile libre et néon, réalisée par Ayman Baalbaki (Liban, né en 1975) : immeuble Dome City Center