Comme tout a été dit sur Molière ou presque, Olivier Py nous propose un Molière bisexuel !
Le film nous raconte la dernière représentation du Malade imaginaire, le 17 février 1673, sur la scène du théâtre du Palais-Royal, par un Molière agonisant...
Dans un magnifique décor rouge et or, la caméra nous invite à assister au spectacle en nous conviant sur la scène, dans les balcons, dans la loge et les coulisses... de l'ultime performance de Jean-Baptiste Poquelin !
Le réalisateur nous immerge et nous noie dans un scénario qui n'est pas sans évoquer la Rome décadente : sexe, luxure, orgie... rien ne nous est épargné !
Laurent Lafitte (Molière), les acteurs de la troupe et les spectateurs sont ridicules dans leurs rôles poudrés ; seule Jeanne Balibar, qui n'apparait que quelques instants, est émouvante dans le rôle de Madeleine !
Séduite par Lerepas des fauves dans ce même théâtre, je m'attendais à un spectacle "jeu de massacre" jubilatoire...
En réalité, le texte bavard de Jean Anouilh a pris un coup de vieux, les personnages manquent de profondeur et les femmes sont réduites à leur image de potiche ou de faire valoir !
Dans une petite ville de province, un groupe d’amis de la bonne société se donne rendez-vous pour un «dîner de têtes». Chacun doit se faire la tête d’un grand personnage de la Révolution française. André Bitos, fils du peuple devenu magistrat incorruptible et vertueux, est l’invité d’honneur: il jouera Robespierre !
La pièce, créée en 1956 au théâtre Montparnasse et écrite pour Michel Bouquet fut un triomphe et un scandale car Anouilh osait s’attaquer, dans un parallèle avec la Terreur de 1793, à un totem: l’épuration, considérée alors comme la suite de la Libération de 1944...
Renvoyant le Vice et la Vertu à des comportements petits bourgeois, la pièce peine à séduire d'autant que les acteurs dont Maxime d'Aboville (Robespierre) semblent sortir d'un livre d'Histoire poussiéreux et manichéen...
Après « Paris Romantique (1815-1858) » et « Paris 1900, la Ville spectacle », le Petit Palais consacre le dernier volet de sa trilogie au « (Le) Paris de la modernité (1905-1925) ».
L’exposition, dont le parcours est à la fois chronologique et thématique, tire son originalité du périmètre géographique sur lequel elle se concentre à savoir celui des Champs-Élysées.
Au travers de la mode, du cinéma, de la photographie, de la peinture, de la sculpture, du dessin, de la danse, du design, de l’architecture et de l’industrie, le quartier est au cœur de la créativité débordante de Paris.
Le Grand Palais accueille alors chaque année la toute dernière création aux Salons d’Automne et des Indépendants.
Durant la Première Guerre mondiale, le Petit Palais joue un rôle patriotique important, en exposant des œuvres d’art de mutilés et des concours de cocardes de Mimi-Pinson. En 1925, il est au centre de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes où se côtoient pavillons traditionnels, Art Déco et de l’avant-garde internationale.
À quelques pas, dans l’actuelle avenue Franklin Roosevelt alors appelée avenue d’Antin, le grand couturier Paul Poiret s’installe dans un superbe hôtel particulier en 1909. Il marque les esprits en y organisant en 1911 la mémorable fête de « La Mille et Deuxième Nuit ». Le lieu abrite aussi la galerie Barbazanges, où Les Demoiselles d’Avignon de Picasso est révélé pour la première fois en 1916.
Après la guerre, la galerie Au Sans Pareil, avenue Kléber, s’ouvre à Dada et au Surréalisme.
Avenue Montaigne, le Théâtre des Champs-Élysées accueille les Ballets russes puis les Ballets suédois jusqu’en 1924 avec des créations comme Relâche et La Création du Monde. En 1925, Joséphine Bakery fait alors sensation avec la Revue Nègre. Elle fréquente Le Bœuf sur le Toit qui s’installe en 1922 rue Boissy d’Anglas où Jean Cocteau attire le Tout-Paris.
La modernité absorbe les scandales qui rythment la vie artistique et finissent même par devenir des étapes incontournables de la consécration des artistes : la « cage aux fauves », le « Cubisme » de Braque et Picasso, le très érotique Nijinski en faune pour la création du Sacre du Printemps par les Ballets russes en 1913.
La modernité passe également par les progrès de la technique et de l’industrie. Tout s’accélère avec le développement des cycles, de l’automobile et de l’aviation auxquels des salons sont consacrés au Grand Palais. Le parcours, qui présente un aéroplane et une voiture Peugeot, montre comment la fréquentation de ces salons par des artistes comme Marcel Duchamp ou Robert Delaunay influence durablement leurs œuvres.
L’exposition entend également mettre en valeur le rôle des femmes durant cette période. Des artistes comme Marie Laurencin, Sonia Delaunay, Jacqueline Marval, Marie Vassilieff ou encore Tamara de Lempicka participent pleinement aux avant-gardes. Symbole d’émancipation féminine, la silhouette de la garçonne est immortalisée par Victor Margueritte en 1922. Avec sa coupe courte et ses fines hanches, Joséphine Baker en est aussi l’incarnation. L’Antillaise Aïcha Goblet, célèbre modèle d’artiste, est immortalisée par Vallotton.
Un parcours riche de 400 œuvres à admirer jusqu'au 14 avril 2024 !
Peintures et dessins 1905 - 1925
Sculptures, design et exposition des arts décoratifs de 1925
Bertrand Bonello adapte le court roman d'Henry James, La Bête dans la jungle, paru en 1903, mais a inversé les rôles par rapport à la nouvelle en faisant du personnage féminin celui qui est dans l'attente et le pressentiment...
Le récit se déroule à trois périodes distinctes : 1910 (pour la crue historique de la Seine), 2014 et 2044 - et met en scène deux acteurs prodigieux : Léa Seydoux, femme à la fois moderne et intemporelle et George MacKay, un comédien anglais dont le physique magnétique tente de remplacer le génial Gaspard Ulliel, prévu à l'origine pour le rôle...
Le film démarre en 2044 : l'intelligence artificielle a pris le pouvoir et les êtres de chair et de sang, devenus inutiles sont sommés de subir un traitement de "purification" psychique, qui les amène à revivre des moments de leur passé pour tenter d'effacer les affects et les émotions qui les empêchent d'être compétitifs...
Gabrielle va donc replonger en 1910 où lors d'un bal, elle rencontre Louis : le coup de foudre est immédiat mais elle est mariée... puis en 2014 où jeune et jolie starlette qui tente de percer à Hollywood, elle retrouve Louis sous les traits d'un psychopathe (inspiré d'un tueur en série qui a réellement existé)...
Le pitch est long mais passionnant sur le papier...
Le film séduit les critiques qui crient au génie...
Pour ma part, même si j'ai été séduite par le scénario et le jeu des acteurs, je suis malheureusement restée à l'extérieur du film et j'avoue m'être parfois ennuyée tant la durée est longue (2h26)...
Mélodrame, thriller, dystopie, romance, documentaire historique...le film embrasse tous les genres et maintient le suspense jusqu'aux dernières images... mais comme dit Télérama, pour apprécier "La bête", "il faut se faire attraper et accepter la morsure", ce qui n'a pas été mon cas !
Quentin Dupieux, nouvelle coqueluche des media, a de bonnes idées de scénario (voir ma critique de Yannick en août 2023), mais a du mal à les mettre en images sur la durée d'un long métrage (même si le film ne dure qu'1 heure 18)...
"Quand j’ai rêvé de ce film, j’ai très vite senti qu’il ne fallait pas faire un film sur Dalí mais avec Dalí."
Le réalisateur explique qu'en confiant le rôle à plusieurs acteurs (6 acteurs d'où les 6 a du titre), il souhaitait briser l'idée du biopic ?
Une jeune journaliste débutante (ex pharmacienne !?), interprétée par Anaïs Demoustier, souhaite interviewer le maître et trouve un producteur en la personne de Romain Duris pour la soutenir dans son projet, car Dali exige une vraie caméra de cinéma pour être filmé... mais le peintre de génie se dérobe à l'exercice pour des raisons toutes plus loufoques les unes que les autres...
Le procédé amusant au départ, finit par vite lasser d'autant que l'actrice ne convainc pas autant qu'à son habitude, tant son jeu est prévisible et répétitif...
Quant aux 6 Dali, seul Edouard Baer tire son épingle du jeu, les 5 autres étant au mieux pathétiques...
Si l'on oublie la première image qui reproduit le tableau intitulé Fontaine nécrophilique, la peinture de Dali est curieusement et malheureusement absente à part quelques allusions...
Dommage de réduire le génial peintre catalan à sa caricature qu'il a incarné notamment dans sa publicité pour le chocolat Lanvin...
Dommage que le riche imaginaire du peintre ne soit pas plus présent et que toute la seconde partie explore les rêves surréalistes d'un évêque avec lequel il est invité à dîner chez un ami commun ???
Je sauverais le décor reconstitué de Port LLigat et de la magnifique maison où Salvador habitait avec Gala !
Et je résumerais ma critique par un mot : boffffff !
Le long métrage de Jonathan Glazer a obtenu le Grand Prix du Jury à Cannes mais a divisé les critiques et continue à diviser les cinéphiles...
L’expression "zone d’intérêt", a été utilisée par les nazis pour décrire le périmètre de 40 kilomètres carrés entourant le camp de concentration d’Auschwitz...
S'interdisant d'entrer dans le camp, le réalisateur filme la vie "ordinaire" du commandant du camp Rudolf Höss qui vit dans une maison entourée d'un jardin "paradisiaque" qui jouxte le camp, avec sa femme Hedwig (Sandra Hüller) et leur cinq enfants blonds...
La caméra filme les murs, les baraquements et les miradors du camp, la bande son nous immerge dans les soit-disant bruits émanant du camp... mais tout sonne faux !
Les écrans noirs, le scénario appuyé, distillant les allusions à l'holocauste, l'antisémitisme des protagonistes... donnent la nausée !
Qu'a voulu réellement nous dire le réalisateur dont "l’idée était d’observer des gens dans leur vie quotidienne. Je voulais capturer le contraste entre quelqu’un qui se verse une tasse de café dans sa cuisine et quelqu’un en train d’être assassiné de l’autre côté du mur, la coexistence de ces deux extrêmes" ?
Je voulais me rendre compte par moi-même et témoigner : j'ai détesté le film car il n'apporte rien qu'on ne sache déjà...
En choisissant le parti pris de la "banalité du mal", le réalisateur invisibilise les victimes et la réalité de leur extermination qui n'apparait que dans les dernières images lorsqu'il filme les femmes de ménage du musée d'Auschwitz !
Le film raconte l’histoire d’un ami du réalisateur yéménite Amr Gamal, et de sa femme, confrontés à une grossesse non désirée...
Isra’a (Abeer Mohammed) vit avec son mari Ahmed (Khaled Hamdan) et ses trois enfants dans le vieux port de la ville d’Aden, au sud du Yémen. Leur vie quotidienne est rythmée par les effets de la guerre civile : contrôles militaires dans les rues, pannes de courant fréquentes, et rationnement de l’eau. Ahmed, qui travaillait pour la télévision, a dû quitter son poste à la suite de nombreux salaires impayés, pour devenir chauffeur de taxi collectif.
Quand Isra’a apprend qu’elle est à nouveau enceinte, le couple sait qu’il ne peut pas se permettre un quatrième enfant, d’autant qu’ils doivent déménager dans un logement moins cher et qu’il faut payer les frais d’inscription d’école du petit dernier. Ensemble, ils décident d’avorter.
C'est un vrai parcours du combattant qui les attend dans ce pays profondément musulman... où les religieux et le corps médical sont étonnamment partagés sur le sujet de l'avortement...
Nous suivons le couple dans la ville d'Aden qui est le véritable 3ème personnage de l'histoire et nous "souffrons" aux côtés d'Isra'a qui doit affronter les colères de son mari, l'intransigeance de sa sœur et la corruption qui s'invite à tous les guichets...
Heureusement elle va trouver sur sa route des personnes "éclairées" comme Mona (Samah Alamrani), une amie médecin et sa belle mère qui comprend la situation à mi-mots et la soutient autant que cela lui est possible dans une société patriarcale.
Un film à voir pour son sujet (en France, les femmes se battent pour inscrire le droit à l'avortement dans la constitution) - et ses excellents acteurs tous non professionnels mais touchants dans leur authenticité !
Le réalisateur japonais Kei Ishikawa a choisi d'adapter le roman éponyme de Keiichiro Hirano (qui a remporté en 2018 le prix Yomiuri - le Goncourt japonais), pour nous parler du phénomène des "évaporés" au Japon, communément dénommés "jōhatsu".
Chaque année, on estime qu'environ cent mille personnes disparaissent volontairement au pays du Soleil-Levant, abandonnant leur famille et leurs proches derrière elles. Les raisons derrière ce désir de disparition sont nombreuses et diverses, il s'agit souvent d'un besoin de fuir un quotidien anxiogène, une situation familiale compliquée ou des dettes impossibles à éponger.
La première image du film donne le ton : dans un tableau de Magritte, un homme aux cheveux bruns découvre le reflet de sa nuque dans la glace...
A la mort de son mari, Rie (Sakura Ando excellente) découvre que l'homme qu'elle aimait, qui lui a donné une fille et a adopté son fils né de sa première union, n'était pas celui qu'il prétendait être...
Elle fait appel à Maître Kido (Satoshi Tsumabuki formidable), l'avocat qui l'avait accompagnée dans son divorce, pour découvrir la véritable identité de son défunt mari...
Comme un rubik's cube dont on doit recomposer les 6 faces, le scénario nous amène à nous interroger sur la psyché de tous les hommes qui s'inscrivent dans cette quête vertigineuse, où chacun tente d'effacer de sa mémoire un passé qui menace leur équilibre... mais également sur la difficulté à se construire quand on rejette ou quand on recherche sa filiation, et encore sur la lourdeur des traditions et le racisme de la société japonaise...
Malgré quelques longueurs, le film nous envoûte à la manière d'un polar existentiel !
Coup de cœur du Festival d'Avignon 2022, pour la première fois sur une scène parisienne, le Théâtre des Béliers nous propose l'adaptation de la pièce à succès d'Aaron Posner tirée du roman éponyme de Chaïm Potok (peintre connu pour ses tableaux de crucifixion et écrivain), paru en 1972
Dans le Brooklyn d'après-guerre, Asher Lev persuadé de son talent artistique, veut devenir peintre à tout prix, contre la volonté de sa famille et surtout de son père Arveh et contre les valeurs de sa communauté hassidique. qui considère l'art profane au mieux comme une perte de temps, au pire comme un sacrilège...
Refusant de suivre son père en Europe, le jeune garçon fréquente les musées d'art et étudie la peinture avec Jacob Khan, peintre juif non pratiquant que le rabbin, convaincu du génie précoce d'Asher Lev, lui a présenté...
Ecartelé entre traditions et individualisme, entre sa religion qu'il ne renie à aucun moment et son don artistique qu'il ne peut refuser, Asher Lev va tenter de se construire avec l'aide de sa mère Rivkeh, dont il célébrera l'abnégation dans son œuvre...
Martin Karmann habite littéralement le rôle d'Asher Lev avec la sensibilité de l'artiste qu'il incarne...
Guillaume Bouchède et Stéphanie Caillol interprètent les parents d'Asher Lev et endossent tous les habits des différents protagonistes de cette histoire : le rabbin, le professeur, les oncles.. pour Guillaume Bouchède, la propriétaire de la galerie d'art et le premier modèle de nu pour Stéphanie Caillol !
Applaudis par une salle comble un mercredi de semaine, les acteurs nous font réfléchir et nous émeuvent durant toute la représentation...
Le titre original du premier long métrage d'Ilya Povolotsky est Blazh, qui, selon le réalisateur russe, est un mot complexe qui n'a pas d'équivalent en français.
Difficile en tout cas de qualifier de gracieux ce road movie de 5000 km désenchanté, entre les steppes arides du Caucase et la froideur métallique de la mer de Barents...
Un père et sa fille à bord d'un van déglingué qui contient toute leur vie... et l'urne enfermant les cendres de la mère... sillonnent des routes défoncées et des pistes poussiéreuses dans des paysages désertiques et des friches industrielles, n'échangeant que quelques rares mots...
Après de longs plans panoramiques, nous découvrons la raison de leur itinérance : père et fille tiennent un cinéma ambulant et projettent des films en plein air aux habitants des villages traversés...
Le père est taciturne, la fille boude (elle a quinze ans) et les rares personnes qu'ils rencontrent sont au mieux bourrus quand ils ne sont pas agressifs...
La grâce est dans le visage de la jeune fille, magnifiquement interprétée par Maria Lukyanova : orpheline de figure féminine, l'adolescente dessine peu à peula femme qu'elle veut être et sa lente métamorphose est passionnante !