La caméra du réalisateur finlandais Juho Kuosmanen accompagne Laura (formidable Seidi Haarla) dans sa quête des pétroglyphes* (figures d'art rupestre) sur un site archéologique en mer arctique...
Jeune archéologue hébergée à Moscou par Irina (Dinara Drukarova), Laura entreprend seule en plein hiver le voyage en transsibérien jusqu'à Mourmansk (1488 km en 36 heures)...
Elle se retrouve en tête à tête dans son compartiment n°6 avec Ljoha (tout aussi formidable Yuriy Borisov), un jeune ouvrier russe grossier et alcoolisé... avec lequel elle est forcée de cohabiter...
Inspiré du roman de Rosa Liksom sorti en 2010, le film nous parle de la Russie intemporelle, de la Russie de Moscou avec ses fêtes arrosées entre amis, de la Russie des grands espaces où la neige balaie et uniformise les paysages... et du caractère russe si complexe dans ses contradictions : feinte indifférence, cordialité superficielle et profonde entraide...
Tout au long de son voyage vers la mer blanche, Laura va petit à petit se défaire de son déguisement moscovite d'intellectuelle pour s'accepter telle qu'elle est : une femme un peu sauvage, solitaire et maladroite dans ses relations qui va s'ouvrir au mystère de l'autre...
Obligé de s'installer dans le train avec les deux héros, le spectateur occidental découvre avec stupeur la pauvreté du quotidien des russes et se réchauffe au contact des compagnons de voyages ou des personnages rencontrés qui se révèlent terriblement humains telles la contrôleuse du train et la grand-mère de Ljoha qui les héberge une nuit dans son isba...
Construit en ellipses, le film se termine sur une image bouleversante : le visage de Laura s'éclaire et nous sourions avec elle, c'est tout simplement magnifique !
A voir absolument en écoutant le tube de Desireless Voyage voyage qui sous-tend le film !
* Pétroglyphes du lac Onega et de la mer Blanche
Ce site comprend 4 500 pétroglyphes gravés dans la roche au cours de la période néolithique, il y a 6 000 à 7 000 ans, situés en république de Carélie, Fédération de Russie. C’est l’un des plus grands sites de ce type en Europe dont les pétroglyphes documentent la culture néolithique en Fennoscandie. Ce bien en série comprend 33 sites dans deux éléments constitutifs distants de 300 km : 22 sites de pétroglyphes situés sur le territoire du lac Onega, dans le district de Pudoj, présentant plus de 1 200 figures, et 11 sites près de la mer Blanche, dans le district de Belomorsk. Les figures d’art rupestre du lac Onega représentent principalement des oiseaux, des animaux, des figures mi-humaines et mi-animales ainsi que des formes géométriques qui pourraient symboliser la lune et le soleil. Les pétroglyphes de la mer Blanche sont principalement composés de gravures représentant des scènes de chasse et de navigation, y compris leurs équipements associés, ainsi que des empreintes animales et humaines. Ces pétroglyphes témoignent de grandes qualités artistiques et d’une créativité à l’âge de la pierre. Les pétroglyphes sont associés avec des sites qui comprennent des établissements et des champs funéraires.
Un tube écrit et réalisé par Jean-Michel Rivat et Dominique Dubois que la chanteuse à la coupe néo-punk et au look androgyne a emmené au sommet de tous les h...
Et pourtant Xavier Beauvois a filmé la Normandie où il habite, les gendarmes d'Etretat qu'il connait et qui lui ont donné l'autorisation de filmer dans leur gendarmerie, Jérémy Renier s'est immergé dans la dite gendarmerie pendant un mois et a tourné sous le prénom de Laurent avec de vrais gendarmes, la compagne du réalisateur, Marie-Julie Maille, interprète le rôle de Marie, la femme de Laurent, enfin sa fille Madeleine incarne la fille du couple Laurent Marie et chante pour de vrai dans la chorale de son école...
De mon point de vue, Jérémy Renier n'est pas crédible dans son interprétation d'un sous-officier de gendarmerie... seuls les vrais gendarmes ressemblent à des gendarmes... quant au couple vedette on n'y croit pas du tout, les échanges sont plaqués sur des personnages qui semblent ne pas penser ce qu'ils disent...
Le cinéaste s'est fait plaisir en filmant sa famille dans un documentaire sur la gendarmerie et a ajouté une seconde partie plus romancée pour renforcer le côté fictionnel de son oeuvre... mais ce long ajout, surligné par une musique religieuse incongrue qui n'est pas sans rappeler Des hommes et des dieux, ne fait que renforcer l'impression d'ennui et de décalage du scénario !
Le prochain film de Xavier Beauvois sera peut-être meilleur que celui-ci et que Les Gardiennes ???
Marivaux ou Rohmer seraient sans doute un peu déstabilisés face à ces trentenaires qui font l'amour et parlent (ou non) ensuite... mais Jacques Audiard s'est glissé à hauteur des tours du quartier des Olympiades (Paris XIIIe) pour écouter et témoigner des échanges amoureux entre quatre jeunes adultes du XXIe siècle...
Réalisé dans un somptueux noir et blanc, le film nous fait entrer dans l'intimité d'Emilie (Lucie Zhang dont c'est le premier rôle), une jeune chinoise qui cherche une colocataire... Quand Camille (Makita Samba) se présente, la jeune femme hésite à le laisser entrer car c'est un homme, un séduisant professeur de lettres... dans les bras duquel elle va tomber...
La caméra emboite ensuite le pas de Nora (Noémie Merlant) qui arrive de sa province où elle exerçait le métier d'agent immobilier, pour reprendre des études de droit... Mais quand la jeune femme, qui a été confondue avec Amber Sweet une actrice de pornosoft, subit un harcèlement sur les réseaux sociaux, elle décide de quitter la fac et recherche un nouveau poste dans l'immobilier...
Nora se retrouve face à Camille qui a accepté d'assurer la gestion d'une agence pour aider un ami et gagner quelques sous puisqu'il a abandonné le professorat pour préparer l'agrégation de lettres... Leur relation professionnelle va évoluer vers une relation amicale puis érotique...
Dernier côté du quadrilatère amoureux, Nora va se rapprocher d'Amber Sweet (Jehnny Beth) et petit à petit une relation amicale (voire plus) va se tisser entre les deux femmes...
Riche en personnages secondaires : la mère et la grand-mère d'Emilie, le père et la soeur de Camille... le film nous séduit en approfondissant l'étude du milieu de ces jeunes éduqués qui se cherchent à trente ans et hésitent à s'engager...
Magnifié par une superbe bande son originale, très bien servi par quatre excellents acteurs, le scénario nous émeut jusqu'aux toutes dernières images !
La réalisatrice américaine Kelly Reichardt s'est inspirée du roman Half Life de Jonathan Raymond pour revisiter le western...
Elle nous emmène en 1820 sur les terres encore vierges de l'Oregon, aux frontières des États-Unis naissants pour nous faire partager l'amitié improbable entre King Lu (Orion Lee), un marin chinois en cavale recueilli par Cookie Figowitz (John Magoro), un humble et doux cuisinier accompagnant une bande de rudes trappeurs...
Les deux hommes se retrouvent par la suite aux abords du Royal West Pacific Trading Post, un comptoir animé et pouilleux où se retrouvent de nombreux américains cherchant fortune dans le commerce du castor... et partagent leurs rêves d'ailleurs et d'épanouissement...
Une vache, la toute première de la région venue de France, leur donne l'idée de voler son lait pour confectionner des beignets qu'ils vendent avec succès aux nombreux immigrés du comptoir, ravis de retrouver les saveurs de leur pays d'origine...
Mais le chef du fort, à qui la vache appartient, découvre bientôt le pot aux roses...
Filmé au ras du sol où dorment les hommes, le scénario est baigné d'une lumière ocre qui nimbe personnages et forêts primaires... Les amérindiens discrètement présents renforcent l'idée du western mais à rebours des traditionnelles images du far west américain...
Un moment rare, des instants mélancoliques, des héros ordinaires mais qui sonnent plus vrais que les habituels cowboys...
A voir avant que le film ne disparaisse des écrans !
Xavier Giannoli s'empare du roman éponyme de Balzac pour nous raconter l'irrésistible ascension puis la désillusion d'un jeune poète du nom de Lucien de Rubempré (Benjamin Voisin), monté de sa province à Paris pour tenter sa chance au bras de sa protectrice Louise (Cécile de France)
Très vite livré à lui même, Lucien va découvrir les coulisses d'un monde voué à la loi du profit et aux faux semblants, une comédie humaine où tout s’achète et tout se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes...
L'histoire ne manque ni de souffle romanesque ni de vérité historique, le film est fidèle au roman, les acteurs sont tous excellents : je citerais tout particulièrement Vincent Lacoste dans le rôle d'un journaliste qui va prendre Lucien sous son aile, Xavier Dolan dans celui d'un écrivain à succès, Jeanne Balibar dans celui d'une aristocrate manipulatrice digne d'une marquise de Merteuil, Jean François Stévenin dans son dernier rôle, Salomé Dewaels la jeune actrice, maîtresse de Lucien... mais je ne suis pas entrée dans le film qui m'a laissée totalement indifférente...
Trop long (2h30), trop costumé, trop daté alors que le scénario établit de nombreux parallèles avec le monde de la presse actuel et les fake knews appelées canards au XIXe siècle ?
Je ne sais pas pour quelle raison le film ne m'a pas plu mais vous me direz !
Le ton du dernier opus de Wes Anderson est donné dès les premières images : nous sommes dans une ville française du XXe siècle, fantasmée par les américains, dont le nom "Ennui sur Blasé" résume bien le film !
A la mort du rédacteur en chef (incarné par Bill Murray) de The French Dispatch (très inspiré de The New Yorker), quatre journalistes lui rendent hommage en nous racontant quatre reportages qui les ont marqués...
Quatre histoires virevoltantes et déjantées, aux couleurs des années 60, font la part belle aux acteurs français et américains réunis par le réalisateur : Timothée Chalamet, Léa Seydoux, Saoirse Ronan, Adrien Brody, Benicio del Toro, Frances McDormand, Mathieu Amalric...
Durant 1h 48, le spectateur est bombardé par des images chics, des répliques, des accessoires, des clins d’œil, des citations, des bons mots, des numéros d'acteurs... et perd rapidement pied en criant grâce : quand est-ce que cela s'arrête ?
Wes Anderson et ses acteurs se sont visiblement fait plaisir mais ils sont bien les seuls !
Un réalisateur : Cary Joji Fukunaga, trois scénaristes : Neal Purvis, Robert Wade, Phoebe Waller Bridge pour concevoir ce film fourre tout de 2 heures 43 qui ne convainc guère malgré un budget pharaonique de 250 millions de dollars...
Le héros Daniel Craig alias James Bond, alias agent 007, heureux retraité en Jamaïque est rappelé par le MI6 pour éliminer un dangereux méchant (pas convaincant non plus), qui a conçu une arme biologique qui cible les victimes selon leur ADN...
Une héroïne Léa Seydoux qui traverse le film, figure de mère tragique, amoureuse pas convaincante non plus...
Les cascades se suivent et se ressemblent, le héros est fatigué, les méchants tombent comme des mouches et l'on s'en fiche un peu...
Heureusement que les paysages traversés sont sublimes : Matera dans le sud de l'Italie, Port Antonio dans le nord de la Jamaïque et les Iles Féroé, un archipel de l’Atlantique Nord administré par le Danemark où se trouve le repaire du méchant !
Le rideau n'est pas encore levé que le spectateur est déjà plongé dans la mémoire de la Shoah...
Le bruit des trains enfle sur les rails qui mènent à Thieresienstadt... et emplit le théâtre de l'Atelier...
Quand Sami Frey s'assied à la table et nous fait partager l'entretien que Claude Lanzmann a eu avec Maurice Rossel, ancien délégué de la Croix Rouge, trente cinq ans après son inspection des camps qu'il traversa sans rien voir, notre attention ne quitte plus le visage fatigué de l'acteur qui nous fait face !
Sur le plateau nu, Sami Frey se tient devant la porte immense du fond de scène (qui pourrait être celle de la forteresse de Thieresienstadt) et nous parle d'une voix quasiment blanche des corps de ceux que l'on préféra ignorer... à qui Maurice Rossel reprocha de ne pas lui avoir fait un signe pour l'avertir...
Dans son interprétation, Sami Frey ne condamne pas, ne s'indigne pas, Sami Frey lit et nous regarde en silence... c'est magnifique, profond et glaçant...
"On sait que Theresienstadt, ville forteresse située à soixante kilomètres au nord-est de Prague, avait été élue par les nazis pour être le site de ce que Adolf Eichmann lui-même appelait « un ghetto modèle », un ghetto pour la montre. […]
La vérité est que ce « ghetto modèle » était un lieu de transit, première ou dernière étape, comme on voudra, d’un voyage vers la mort qui a conduit la plupart de ceux qui y ont séjourné vers les chambres à gaz d’Auschwitz, de Sobidor, de Belzec ou de Treblinka. […]
Les conditions réelles d’existence à Thieresienstadt étaient effroyables : la majorité des Juifs, hommes et femmes concentrés là-bas, étaient très âgés et croupissaient de misère, de promiscuité et de malnutrition dans le surpeuplement des casernes de la forteresse. […]
A la tête d’une délégation du CICR (Comité International de la Croix-Rouge), Maurice Rossel inspecta le ghetto en juin 1944, avec l’assentiment des autorités allemandes.
Je remercie Maurice Rossel de m’avoir autorisé à utiliser aujourd’hui l’interview qu’il m’avait accordée en 1979. « Maintenant octogénaire, m’a-t-il écrit, je ne me souviens plus très bien de l’homme que j’étais alors. Je me crois plus sage ou plus fou, et c’est la même chose. Soyez charitable, ne me rendez pas trop ridicule. »
L’exposition événement de la fondation Louis Vuitton réunit plus de 200 chefs-d’œuvre d’art moderne français et russe des frères moscovites Mikhaïl Abramovitch Morozov (1870-1903) et Ivan Abramovitch Morozov (1871-1921).
Présentée pour la première fois hors de Russie, La Collection Morozov rassemble des œuvres majeures d'iconiques peintres français aux côtés d’artistes emblématiques de l’avant-garde russe.
Cet événement est le second volet, après la collection Chtchoukine, de la grande manifestation Icônes de l'art moderne, organisé en partenariat avec le Musée d’État de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), le Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine (Moscou) et la Galerie nationale Trétiakov (Moscou).
Philanthropes des arts, les frères Morozov ont dominé la vie culturelle moscovite à l’aube du 20ème siècle.
Avec le conseil des principaux marchands d’art parisiens Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard, Georges Bernheim... les Morozov réunirent plus de 250 peintures et sculptures emblématiques de l'art de Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Renoir, Monet, Matisse, Marquet, Derain ou Picasso, ainsi que des ensembles décoratifs monumentaux de Bonnard et Denis, ou des bronzes de Rodin, Claudel et Maillol.
Leurs collections, nationalisées en 1918, ont permis de créer le premier musée d’art moderne au monde : le Musée national d’Art Moderne Occidental - GMNZI dans l’hôtel particulier d’Ivan Morozov à Moscou en 1923. A partir des années 1930 et jusqu’en 1948, leurs collections ont été progressivement réparties entre les institutions publiques muséales russes. Il faudra attendre la politique du Dégel pour que les œuvres impressionnistes puis les avant-gardes fauves et cubistes soient à nouveau progressivement présentées au public.
Une somptueuse exposition répartie dans 11 salles thématiques - à voir jusqu'au 22 février !
Bonnard : Méditerranée, Paris, femme à sa toilette
Cézanne : natures mortes, l'homme à la pipe, scène d'intérieur, la montagne Sainte Victoire...
Derain : Cassis, voiles séchant au soleil
Gauguin : Café à Arles et journée en Polynésie
Marquet : bords de Seine
Matisse : natures mortes et Maroc
Monet : Bd de Courcelles, Montgeron et pont de Waterloo
Picasso : acrobate à la boule, Ambroise Vollard, les saltimbanques
Renoir : enfant au fouet, femme à l'éventail, Grenouillère, Jeanne Samary, Moulin de la Galette, tête de femme
Pissaro, Sisley, Toulouse Lautrec, Van Gogh : ronde des prisonniers, Vlaminck, Manet
L'exposition présente 100 œuvres des deux créateurs - Azzedine Alaïa (1935-2017) et Cristóbal Balenciaga (1895-1972 ) - appartenant aux collections du Fondation Azzedine Alaïa à Paris.
«Balenciaga avait une connaissance du métier, de la coupe, il savait coudre… c'était un véritable créateur de mode, capable d'inventer un nouveau volume, une nouvelle technique pour les manches ou le décolleté. Balenciaga m'a toujours influencé. Sans aucun doute, il est l'un des meilleurs couturiers de tous les temps ». Azzedine Alaïa
A partir du moment où la dernière collection de la Maison est présentée en 1968 et l'activité des salons et ateliers prend fin, les créations de Cristóbal Balenciaga commencent à transcender leur valeur matérielle de vêtement de mode, par définition, éphémère, pour devenir pièces de collection.
L'un de ces collectionneurs pionniers était Azzedine Alaïa, qui en près de quatre décennies a construit une collection impressionnante. Il raconte lui-même comment il a commencé par acquérir des vêtements qu'il voulait sauver de la perte et de l'oubli. Plus tard, il a continué à collectionner et à accumuler de plus en plus d'œuvres, non seulement de Balenciaga, mais aussi d'autres grands maîtres tels que Grès, Vionnet ou Schiaperelli.
Pour Azzedine Alaïa, Cristóbal Balenciaga était «le plus aimé, le plus apprécié». Les deux couturiers partageaient en commun cet équilibre parfait entre les dimensions et les volumes, un penchant pour les couleurs discrètes et les noirs somptueux, l'architecture exceptionnelle des manteaux et une recherche infatigable pour rendre les coutures invisibles.
Cette exposition met en relief les multiples points communs et les différences existant entre leurs œuvres et nous rappelle à quel point les deux couturiers étaient uniques en leur temps et leur héritage intemporel.
A voir jusqu'au 1er novembre au musée Balenciaga qui fête ses 10 ans- dans la ville de Getaria (pays basque espagnol) où est né le couturier !