De retour en Inde après The lunch Box, le réalisateur Ritesh Batra nous conte une jolie histoire d'amour impossible entre Rafi (formidable Nawazuddin Siddiqui), un photographe des rues de Mumbai et Miloni (ravissante Sanya Malhotra), une étudiante de bonne famille qu'il rencontre par hasard...
Parce qu'il a pris une photo d'elle, il a l'idée de la faire passer pour sa petite amie auprès de sa grand mère Dadi (formidable Farrukh Jaffar) qui se désespère de ne pas le voir marié...
Lorsque cette dernière débarque de son village, Rafi prend son courage à deux mains et retrouve Miloni - dont la photo s'affiche dans un immense placard publicitaire qui vante les cours de son professeur de comptabilité, pour lui proposer de jouer le rôle de sa fiancée auprès de Dadi...
D'abord réticente, la jeune fille finit par accepter et nous assistons à une savoureuse première rencontre entre la dite fiancée et l'intraitable grand-mère... qui sera suivie d'autres rencontres...
Ce qui fascine dans ce film c'est que les personnages sont amenés à changer au contact de l'autre...
Miloni voit désormais différemment sa vie, ses parents et même la femme à leur service qui vient également d'un village...
Rafi va se laisser envoûter par cette jeune fille délicate qui ne supporte pas les glaces à l'eau et s'enfuit devant les rats...
Tous deux savent que l'amour est impossible mais les sentiments s'expriment non par les mots mais par les gestes, les regards, les sourires et le temps s'écoule délicieusement, servi par la bande originale du compositeur Peter Raeburn !
Le film est tout simplement magnifique et l'on en ressort le sourire aux lèvres devant tant de délicatesse !
Inspiré par les récits de son grand-père, Sam Mendes nous entraîne dans les tranchées de la grande guerre aux côtés des caporaux Schofield et Blake, deux tommies chargés par leur général d'une mission à la fois vitale et absurde : remettre, au péril de leurs vies, un message confidentiel au colonel Mackenzie basé à une quinzaine de kilomètres derrière la ligne de front pour annuler une attaque prévue et tenter d'empêcher le massacre de 1600 soldats, dont le frère de Blake...
Tourné en longs plans séquences mis bout à bout, le film nous plonge dans l'enfer des tranchées à hauteur d'hommes comme dans une réalité augmentée ou un jeu vidéo...
Le spectateur est à la fois fasciné par les épreuves traversées par les deux héros ordinaires, qui vont se révéler hors du commun - et en même temps distancié tant les épisodes sont "énormes" : menace d’ensevelissement dans une tranchée piégée abandonnée par les allemands, attaque en piqué d'un avion ennemi dans une ferme abandonnée où seule une vache a survécu, traversée d'une ville fantôme où Schofield est soigné par une jeune femme rescapée, chute vertigineuse dans les courants d'une rivière dont les rives sont tapissées de cadavres...
Blessé dès ses premiers pas, Schofield traverse miraculeusement toutes les embûches rencontrées sur son chemin, échappe aux balles des snipers qui ricochent sur les colonnes de la ville fantôme...
Paradoxalement le film est captivant mais rarement émouvant à l'exception d'une scène où Schofield atteint finalement son but et s'arrête pour écouter chanter un soldat qui encourage ses compagnons au combat qui les attend...
Sans doute parce que le film est tourné dans un décor de tranchées reconstituées en Grande Bretagne (et cela se voit tant elles sont parfaites !) alors que les faits sont censés se dérouler en France (les deux héros ne rencontrent d'ailleurs que des anglais) ou parce que leur exploit semble humainement impossible ?
Un film à voir assurément pour son originalité et surtout pour l'éloge à ces soldats inconnus qui ont donné leur vie pour sauver leurs frères d'armes et les pays alliés !
Le film de Gu Xiaogang, jeune réalisateur chinois présente tous les atouts d'une première oeuvre réussie : retour à Fuyang (petite ville en pleine mutation proche de Hangzou), sur le lieu de son enfance où ses parents tenaient un restaurant, chronique tournée avec des personnes de sa famille et des amis, beauté immémoriale du fleuve et des paysages opposés à la nouvelle frénésie contemporaine...
Et pourtant je suis restée curieusement en dehors de l'intrigue que j'ai trouvée trop longue (2h30) et alourdie par des anecdotes qui n'apportent rien au film, dans lequel nous suivons l'histoire d'une femme qui fête ses 70 ans, de ses 4 fils et de leurs familles dans un quotidien conditionné par l'argent...
L'affiche est belle, la promenade sur le fleuve l'est tout autant, le fil des saisons est très beau (le film a été tourné sur 2 ans,) mais les vues sur la ville ressemblent à n'importe quel paysage portuaire, les personnages ne sont pas spécialement sympathiques à part la grand mère (qui meurt très vite) et sa petite fille, les préoccupations des uns et des autres sont souvent sordides...
Je ne suis pas certaine d'aller voir les 2nd et 3ème épisodes car ce film est le premier d'une trilogie...
Difficile comme chaque année d'effectuer un classement car 2019 fut une année aux multiples talents, reconnus ou nouveaux !
Beaucoup de très bons films étrangers (américains, asiatiques, espagnols mais aussi russe, allemand, brésilien, israélien...) et surtout d'excellents films français (des fictions, des premiers films, des documentaires et des films d'animation) !
2019 s'est caractérisée par une grande variété thématique : si le social, le sociétal et l'actualité ne sont pas oubliés, les salles obscures nous ont permis de nous replonger dans le passé de la France avec notamment J'accuse ou de celle du continent américain dans les années 50 avec Brooklyn Affairs et La vie invisible d'Euridice Gusmao...
J'ai choisi 26 films parmi ceux que j'ai vus, sachant que je suis malheureusement passée à côté de Sorry we missed you deKen Loachet de Once upon a time in Hollywood deQuentin Tarantino (entre autres)
Mon classement des 10 premiers sera donc comme chaque année terriblement subjectif mais néanmoins j'espère, proche de la sensibilité des cinéphiles qui me font le grand plaisir de me lire !
1. Un jour de pluie à New York : j'ai choisi le dernier film de Woody Allen qui, de mon point de vue, est au sommet de son art avec cette jolie histoire tout à la fois jazzy et profonde !
2. Gloria Mundi : Robert Guédiguian nous parle avec la sensibilité qui lui est propre de l'individualisme forcené d'aujourd'hui en donnant à sa "bande" d'acteurs une nouvelle occasion de nous faire réfléchir sur la valeur de la solidarité !
3. So long my son : Whang Xiaoshuai nous fait voyager dans l'inconscient collectif de la Chine en nous racontant les ravages provoqués par la politique de l'enfant unique dans les années 80
4. Le vie invisible d'Euridice Gusmao : dans ce film le réalisateur brésilien Karim Aïnouz dénonce le machisme "ordinaire" de son pays en rendant hommage au courage solidaire des femmes des années 50 !
5. Portrait de la jeune fille en feu : Céline Sciamma nous parle du pouvoir onirique de l'éternel féminin en nous replongeant dans la France de la fin du XVIIIe siècle
6. J'accuse : Roman Polanski ose avec son talent coutumier s'emparer de l'histoire Dreyfus et nous séduit par le point de vue original qu'il nous livre de cette "affaire" rarement portée à l'écran...
7. Les misérables : un premier film coup de poing réalisé par Ladj Ly, un enfant de Montfermeil !
8. Martin Eden : une magnifique fresque de Jack London transposée en Sicile par le réalisateur Pietro Marcello avec un formidable Luca Marinelli dans le rôle principal !
9. Grâce à Dieu : François Ozon réussit à nous parler avec une objectivité teintée d'émotion des prêtres pédophiles !
10. Les hirondelles de Kaboul : Yasmina Khadra mise en images par Zabou Breitman et Elia Gobbé-Mivellec pour dénoncer la charia des talibans à Kaboul en 1998 = un magnifique film d'animation !
Et aussi du côté français : Hors normes (un éloge de la différence), Ceux qui travaillent (Olivier Gourmet magnifique dans ce film qui nous parle de la brutalité du monde professionnel d'aujourd'hui), Alice et le Maire (une jolie réflexion politique avec un toujours aussi formidable Fabrice Luchini en maire de Lyon ), Belle époque (le meilleur film à ce jour de Nicolas Bedos), 68, mon père et les clous (un formidable documentaire sur la disparition du petit commerce)...
Et aussi du côté international : Adults in the room (le récit du combat homérique entre la Grèce et l'Eurogroupe en 2015), It must be heaven (une évocation malicieuse du destin des palestiniens), Une grande fille (un film bouleversant sur la vie des femmes russes après Stalingrad), L'oeuvre sans auteur (une réflexion historique et romancée sur l'"art"), Parasite (la palme d'or 2019), Douleur et Gloire (le dernier film très personnel de Pedro Almodovar), Brooklyn Affairs (un beau film noir sur écran new-yorkais), Vice (un biopic glaçant de Dick Cheney), El Reino (un thriller politique espagnol sous haute tension), 90's (un film original sur l'univers des skaters dans les nineties), Green Book (un subtil road movie dans le sud ségrégationniste des années 60)
Gret Gerwig, auréolée du succès de Lady Bird, a été approchée pour réaliser cette 4ème adaptation des "Filles du docteur March"...
Très fidèle au livre, le film parle des femmes et de leur difficulté à trouver leur place lorsqu'elles s'aventuraient en dehors des chemins classiques du "beau" mariage...
L'action se situe dans le contexte de la guerre de Sécession et nous raconte la vie de quatre jeunes filles peu fortunées et de leur mère qui attendent le retour de leur père parti à la guerre...
Si les trois filles cadettes rêvent de mariage, l'aînée Jo se distingue de sa fratrie en rêvant d'une vie consacrée à l'écriture... Indépendante, moderne avant l'heure, elle tient tête aux hommes (éditeurs compris) et trace son propre destin...
La réalisatrice a réussi pour son second long métrage un casting parfait en reprenant deux de ses acteurs fétiches : Saoirse Ronan (Jo) et Timothée Chalamet (le prince charmant riche), auxquels elle a adjoint Emma Watson, Florence Pugh qui interprètent deux des soeurs, Laura Dern la mère, Meryl Streep la vieille tante riche et Louis Garrel le prince charmant pauvre !
La caméra virevolte d'un flash back à l'autre et nous détourne du propos féministe du film... j'aurais pour ma part aimé une réalisation plus moderne, plus resserrée sur les personnages plutôt qu'une reconstitution fidèle d'une époque heureusement révolue...
Un film good movie à voir pour les acteurs et plus particulièrement pour les deux principaux qui crèvent l'écran, chacun dans son propre registre !
Kore-eda qui a remporté la Palme d'or en 2018 pour Une affaire de famille, réalise ici son premier film en dehors du Japon mais sur le sujet qui lui est cher : la famille !
Il nous parle de la relation mère-fille entre Fabienne une actrice star incarnée par Catherine Deneuve et sa fille Lumir (Juliette Binoche) qui est partie aux USA pour trouver sa place comme réalisatrice...
Mère et fille se retrouvent dans la grande maison parisienne de Fabienne pour fêter la sortie de son livre où elle livre ses mémoires...
Le film démarre sur de magnifiques images d'arbres aux couleurs d'automne et se poursuit sur des moments d'intimité et de partage propres au cinéma intimiste de Kore-eda...
Mais le fil de l'histoire est cassé par le tournage d'un film dans le film (Fabienne joue la fille âgée d'une mère éternellement jeune) et par des anecdotes qui le détournent de son propos : évoquer les relations mère-fille, démêler la fiction de la vérité, parler de transmission, laisser transparaître ses failles...
Les femmes occupent tout l'écran y compris Charlotte la fille de Lumir qui est délicieuse et ce, au détriment des hommes qui sont réduits à des faire-valoir...
Le film est malheureusement phagocyté par la personnalité écrasante de Catherine Deneuve qui visiblement se régale de ce rôle d'actrice hautaine et cassante qui lui va comme un gant...
Il faut attendre la fin pour que l'émotion perce sous le vernis des apparences !
Louis-Do de Lencquesaing, dont c'est le deuxième long métrage, nous parle de famille, de naissances, de sentiments avouables ou moins avouables... et d'enterrements...
Dans cette famille aristocratique un peu déjantée, il interprète Jean, le père anthropologue de son état, réputé grâce à sa théorie sur les anguilles !?
Nommé ministre de la Famille, il doit gérer la sienne qui part dans tous les sens entre sa mère : Marthe Keller formidable qui doit recueillir sa propre mère de 91 ans - son épouse Marie (Léa Drucker) qui partage son temps entre Paris et Tanger et finit par lui avouer qu'elle est enceinte - ses deux filles dont l'aînée adoptée "se cherche", son frère Hervé (Thierry Godard) dont la femme attend également un enfant mais qui vient d'être largué par son amant, sans oublier Marie-Laure, sa troublante cousine (tout aussi formidable Laura Smet)...
La famille oscille au gré des épisodes entre les appartements parisiens et la maison de campagne qui doit être vendue, le ministère où Jean prend ses fonctions et la voiture de fonction, véritable sas entre la ville et les champs...
Un film attachant dont les petites touches impressionnistes nous parlent assurément : toutes les familles ont leurs secrets et leurs névroses qui les rendent à la fois étouffantes mais si nécessaires pour continuer à se sentir exister !
Passionné par le livre éponyme de Martha Batalha, le réalisateur Karim Aïnouz a voulu rendre hommage à l'invisibilité des femmes "courage", telle sa mère qui l'a élevé seule...
Dans un climat tropical où il fait toujours trop chaud, deux sœurs Euridice (fascinante Carol Duarte) et Guida (formidable Julia Stockler) sont inséparables et rêvent pour la première d'une vie de pianiste et pour la seconde du grand amour...
Nous sommes dans les années 50 à Rio, dans une famille de la classe moyenne où le père boulanger de son état, règne en tyran sur sa femme et ses filles...
Quand Guida disparaît pour suivre un beau marin jusqu'à sa Grèce natale, Euridice est inconsolable et passera toute sa vie à rechercher sa sœur...
Nous suivons avec fascination et tendresse le destin de ces deux sœurs, qui tenteront chacune de survivre dans la société dramatiquement machiste de l'époque, l'une dans le système qui va peu à peu la briser, l'autre dans la clandestinité protégée par des complicités féminines...
Le film n'hésite pas à montrer la brutalité du désir des hommes qui ne reculent devant rien pour mieux asservir leurs partenaires... qui de leur côté tentent de se battre pour obtenir un début d'émancipation...
Dommage que la fin de l'histoire (belle par ailleurs) arrive de façon un peu abrupte et vienne rompre un moment l'envoûtement !
Le film a été primé au festival de Cannes 2019 (Un certain regard) et le prix est bien mérité !
Les critiques se déchirent sur le dernier opus de Terrence Malick : ou il est porté aux nues ou il est descendu en flammes..
Je m'inscris clairement dans la deuxième catégorie !
Terrence Malick s'est emparé de l'histoire de Franz Jägerstätter, un paysan autrichien qui refusa de faire allégeance à Hitler, fut guillotiné en 1943 à Berlin et béatifié le 26 octobre 2007 !
Le sujet est passionnant mais le film beaucoup trop long (près de 3 heures), manichéen à l'extrême et noyé dans une bondieuserie qui n'échappe à aucun cliché !
Une belle figure de "résistance" gâchée par un scénario trop démonstratif !
Fasciné par la nouvelle The way it came d'Henry James, Pascal Bonitzer a décidé de l'adapter et de s'essayer au genre fantastique...
Il nous raconte l'histoire improbable de Coline (Sara Giraudeau),une jeune pigiste qui se voit confier un article sur un peintre du pays basque qui aurait vu le fantôme de sa mère au moment de la disparition de celle-ci ?
Ce peintre un peu sauvage et très abrupt prénommé Simon, est interprété par Nicolas Duvauchelle qui en rajoute dans le genre "je suis différent donc je ne souris pas"
Evidemment Coline va tomber amoureuse de Simon mais comme elle n'est pas sûre d'elle, elle ne pense qu'à une chose : lui présenter Azar (Anabel Lopez), sa meilleure amie... tout en se révélant terriblement jalouse...
Aller retour entre Paris et les Pyrénées (paysages de brumes sublimes !), valse hésitation des personnages : j'y crois, j'y crois pas... il m'aime, il m'aime pas...
Nicolas Maury campe un homosexuel meilleur ami de Coline assez touchant...
Tout le reste, mises à part les images superbes de montagnes et de torrent, nous laisse sur le côté, pas du tout envoûtés mais perplexes : que nous dit ce film ?