Fabienne Berthaud s'est inspiré du livre de Corine Sombrun : Mon initiation chez les Chamanes pourécrire son film...
Conseillée par Corine Sombrun et accompagnée d'une traductrice présente dans le film, la réalisatrice a emmené toute l'équipe de tournage dans la steppe mongole où vivent les Tsaatans, peuple nomade éleveur de rennes, région totalement inaccessible par la route, sans eau courante ni électricité ou connexion internet... mais magnifique !
C'est Cécile de France qui joue le rôle de Corine : complètement dévastée par le décès de son mari Paul, elle accepte de faire un reportage sur les "spiritualités" en Mongolie...
Transportée par le rituel, Corine entre en transe... mais a du mal à accepter la révélation : elle serait elle-même une chamane ?
A peine rentrée en France, elle repart toutefois en Mongolie pour être initiée et surtout revoir son mari...
Cécile de France est crédible lorsqu'elle pleure son mari mais on a du mal à la suivre dans ses aventures chamaniques qui semblent complètement caricaturales...
Quant à Ludivine Sagnier qui joue sa sœur, elle n'est pas gâtée par le rôle d'opposante systématique qui lui est dévolu...
A éviter donc sauf si vous aimez la Mongolie et sa faune sauvage !
Le réalisateur James Mangold nous raconte deux histoires qui se nourrissent l'une l'autre : celle de la rivalité entre Ferrari et Ford et celle de l'amitié entre deux hommes : Carroll Shelby (Matt Damon parfait) et Ken Miles (Christian Bale formidable)...
A l'aube des années 60, Ford vend des voitures mais ne fait pas rêver...
Son orgueilleux patron Henri Ford II envisage de racheter Ferrari mais échoue... Piqué au vif, il lance ses équipes dans un pari fou : concevoir de A à Z et en un temps record une voiture susceptible de leur faire gagner la mythique course des 24H du Mans...
Pour chapeauter le projet, Henri Ford et son directeur marketing Ian Iacocca (Jon Bernthal excellent) font appel à Carroll Shelby, ancien vainqueur de l'épreuve reconverti dans la construction de bolides pour des clients fortunés... Shelby va, avec grande difficulté, réussir à imposer à l'équipe Ford de travailler avec Ken Miles, as du volant et mécano de génie...
Plongé dans des décors réels avec des voitures d'époque ou des répliques authentiques, le spectateur suit avec passion le suspens industriel, le récit haut en couleurs du nécessaire rapprochement entre les cols blancs et de ceux qui ont les mains dans le cambouis et se retrouve régulièrement aux commandes, scotché par l'effet de vitesse ressenti dans les bolides conduits par ces fous du volant à 300 km/h...
Des portraits d'hommes fascinants, un rôle de femme magnifique en la personne de Mollie (fabuleuse Caitriona Balfe) épouse de Ken Miles et une compétition reconstituée dans ses moindres détails : les 24H du Mans en 1966 !
Ford va gagner, c'est un film américain mais c'est également la réalité historique !
Le Petit Montparnasse nous gâte une fois de plus en donnant la parole aux femmes : Annick Le Goff adapte la belle biographie d'Evelyne Bloch-Dano dans une mise en scène élégante d'Anouche Setbon et confie le rôle titre à la grande Catherine Arditi...
En 1908, le transfert des cendres d'Emile Zola au Panthéon bouleverse Alexandrine qui enterre son mari pour la seconde fois !
Fatiguée par l'asthme qui lui coupe le souffle, elle fait venir Monsieur Fleury (Pierre Forest) apothicaire et herboriste de son état à qui elle confie les souvenirs de sa vie romanesque...
Issue des bas fonds du ventre de Paris, orpheline dès l'âge de 7 ans, livrée à elle-même, devenue blanchisseuse à 14 ans, modèle des peintres Cézanne et Manet, sachant tout juste lire et écrire, Alexandrine va se hisser par amour à la hauteur d'un des écrivains les plus célèbres de son temps, au point de lui devenir indispensable au quotidien comme en politique, voire même sur le plan littéraire...
Encouragée par Monsieur Fleury qui s'improvise psychanalyste , Madame Zola va au fil des visites de l'apothicaire aux étranges potions retrouver sa voix et l'apprivoiser à son tour...
Un beau portrait de femme complexe et touchante dans sa sincérité !
Une très jolie surprise en ce mois de novembre gris et hivernal : une comédie française intelligente portée par des acteurs tous plus épatants les uns que les autres !
Nicolas Bedos nous raconte l'histoire de Victor (Daniel Auteuil parfait dans le rôle), dessinateur au chômage et vieux mari délaissé par Marianne sa femme (Fanny Ardant pétillante)...
Nostalgique des années 70, Victor n'aime pas son époque et refuse tous les outils modernes de communication au grand dam de Marianne qui lui préfère François son ex associé (Denis Podalydès désopilant) et finit par le mettre à la porte de leur appartement...
Désemparé son fils François (Michaël Cohen sobre et touchant à la fois), lui offre un voyage dans l'époque de son choix, organisé par un de ses amis d'enfance Maxime (Guillaume Canet parfaitement à l'aise dans ce rôle de metteur en scène cynique et d'amoureux tyrannique)...
Victor choisit sans hésiter le jour où il a rencontré sa femme Marianne en 1974 !
C'est là que le film se met en place avec l'arrivée de Margot (délicieuse Dora Tillier), jeune comédienne qui interprétera le rôle de Marianne jeune... et par ailleurs amante de Maxime...
Alternant nostalgie et ironie, scènes d'aujourd'hui et scènes des années 70 dans une reconstitution aussi fidèle que délicieusement "clichés" , le film gagne en profondeur au fur et à mesure que les personnages prennent conscience de leurs vrais désirs...
Quelques scènes hilarantes dont la "partouze" et les ronflements de l'amant tombé de son piédestal, des personnages secondaires extrêmement bien campés (et plus particulièrement le photographe et la scripte de l'équipe de tournage), un invité surprise en la personne de Pierre Arditi qui nous émeut, un magnifique couple Ardant/Auteuil...
Une seule petite déception : le couple Tillier/Canet trop caricatural dans leurs relations volcaniques pour vraiment nous convaincre !
Roman Polanski (86 ans) nous replonge dans la plus grande erreur judiciaire de la fin du XIXe siècle, la fameuse affaire Dreyfus qui déchira les familles françaises durant 12 ans...
Le scénario du film est signé Robert Harris, journaliste britannique de télévision et de presse écrite qui s'est fait un nom en écrivant des romans historiques... tout comme l'était celui de Ghost Writer (très grand succès du réalisateur en 2010)...
Pour nous faire vivre "l'Affaire" à Paris et non depuis l'île du Diable, Roman Polanski et Robert Harris ont décidé de la présenter du point de vue de Georges Picquart, un lieutenant-colonel antisémite qui a paradoxalement et largement contribué à innocenter Alfred Dreyfus...
Le film tourné en français démarre dans la sinistre cour de l'Ecole Militaire le 5 janvier 1895 lorsque Dreyfus, condamné pour haute trahison et intelligence avec l'ennemi, est dégradé sous les cris de la foule haineuse qui se presse aux grilles...
Et le ton est donné... Tout est sombre dans le film : les bureaux, les prétoires, les appartements... tout est confiné et sent la poussière... seuls rutilent les uniformes aux pantalons garance...
Durant 2h13, nous suivons avec passion l'enquête menée par Picquart depuis son arrivée à la tête du "Bureau des Statistiques", autrement dit le service du renseignement français jusqu'au fameux "J'accuse" d'Emile Zola qui précipitera le deuxième procès puis la réhabilitation du capitaine juif...
Interprété par une brochette d'acteurs tous plus excellents les uns que les autres : Jean Dujardin incarne avec sobriété le personnage complexe de Picquart, Louis Garrel est marmoréen dans les habits de Dreyfus, Grégory Gadebois est formidable comme à son habitude dans la peau de Hubert Henry, officier subalterne qui fabriqua des fausses preuves contre Dreyfus à la demande de sa hiérarchie, Mathieu Amalric campe un Bertillon plus vrai que nature, Vincent Perez est parfait en Me Leblois, l'avocat ami de Picquart, Didier Sandre excelle dans l'uniforme du général de Boisdeffre, Melvil Poupaud est magnifique dans la robe de Me Labori qui défendit Dreyfus... le film dénonce la chasse aux sorcières à l'encontre d'une minorité, la paranoïa sécuritaire, les tribunaux militaires secrets, les agences de renseignement qui échappent à tout contrôle, les dissimulations gouvernementales et la presse tabloïd...
Le 64ème film de Polanski est tout à la fois le récit d'un passé peu glorieux pour la France et son armée et une mise en garde contre un possible bégaiement de l'Histoire !
Le théâtre des Mathurins nous offre un très beau spectacle en mettant en scène Une vie, le premier roman de Guy de Maupassant...
Clémentine Célarié interprète avec infiniment de sensibilité et de talent Jeanne, l'héroïne du roman mais également tous les autres personnages : Petite mère, Petit père, son mari le vicomte Julien de Lamare, son fils Paul et Rosalie sa sœur de lait...
On suit avec passion l'histoire de la vie de cette femme, aristocrate de la fin du XIXe siècle, dont les joies et les tourments nous semblent si proches des nôtres...
Clémentine Célarié illumine le texte écrit dans une langue d'un classicisme souple et élégant et nous captive durant 1 heure et demi en nous faisant vivre les différents épisodes de cette vie aux accents normands où la mer puissante et enchanteresse n'est jamais très loin !
Le réalisateur letton Juris Kursietis nous raconte l'histoire d'Oleg (formidable Valentin Novopolskij), garçon boucher qui quitte son pays pour travailler sans contrat dans une "usine de viande" à Bruxelles...
Bien intégré dans l'équipe, Oleg vit chichement mais semble satisfait de son quotidien qui lui permet d'avoir un salaire décent et des compagnons d'infortune...
Trahi par un de ses collègues, il est viré sur le champ et se retrouve la proie d'Andrzej, un polonais mafieux qui l'exploite en contrepartie du vivre et du couvert...
Oleg est rattrapé par le destin de l'Agneau de Dieu, parabole que lui racontait sa grand mère en lui promettant un avenir salvateur...
Tentant d'échapper à son bourreau, il s'enfuit à Gant pour admirer le fameux Agneau mystique peint par les frères Van Eyck puis, n'arrivant pas à trouver sa place au sein d'une quelconque communauté (Andrzej lui a déchiré son passeport letton et il ne parle pas polonais alors que c'est la nationalité portée sur son nouveau passeport), il retourne à Bruxelles où l'attendent d'autres épreuves...
Inspiré d'une histoire vraie, le film "coup de poing" fait froid dans le dos et nous interroge sur la capacité d'accueil de nos belles démocraties !
J'attendais un regard neuf sur la Cosa nostra de la part du grand réalisateur Marco Bellocchio (79 ans)...
Certes il nous raconte l'incroyable destin de Tomaso Bruscetta, l'un des premiers "repentis" de la mafia - mais parallèlement il ne nous épargne aucun incontournable du thème cinématographique autour de la mafia : les scènes de famille, les mariages, les trahisons, les meurtres...
Le personnage est fascinant, l'acteur qui l'incarne est fabuleux (Pierfrancesco Favino), les échanges entre Bruscetta et le juge Falcone fascinants d'intelligence mais le film est plombé par sa longueur, les nombreux flash backs et scènes rêvées... et surtout les grandiloquentes scènes du procès fleuve qui ressemble à un cirque ou à un zoo plus qu'à un véritable jugement de la "Pieuvre"...
Dommage, dommage...
Le film aurait mérité d'être resserré autour de son héros dont l'étude de caractère aurait amplement suffi à nourrir le scénario !
Xavier Dolan a choisi le Québec pour tourner son 8ème long métrage...
Il nous parle d'amitié, d'une bande de copains qui se réunit pour boire, fumer et jouer à des jeux de mimes...
Les six trentenaires sont obligés de supporter la jeune sœur déjantée de l'un d'entre eux qui décide de tourner un court métrage amateur et leur demande de pallier l'absence de ses amis acteurs...
Matthias (Gabriel D'Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan) se voient contraints de tourner une scène de baiser qui va les plonger dans un trouble équivoque...
Hélas tout est tellement téléphoné que l'on n'arrive pas à s'intéresser à l'histoire de ces deux-là...
Matthias perd tout intérêt à son boulot et s'éloigne de sa femme...
Maxime se débat avec sa mère (incarnée par la fidèle Anne Dorval) qui est borderline et martyrise son fils... Il prépare son départ pour la Nouvelle Zélande où il a décidé de trouver un job de barman...
Rien ne nous est épargné, ni les disputes entre le fils et la mère, ni la coutumière scène de vomissement dans les toilettes, ni le pelotage dans une pièce fermée à clé où Matthias et Maxime succombent à leur attirance...
On ressort du film mal à l'aise, consternés une fois de plus par les éternels atermoiements de cette classe d'âge qui n'en finit plus de reculer devant l'âge adulte !
Les acteurs jouent bien mais ils ne sont ni sympathiques ni attendrissants...
Enfin heureusement qu'il y a des sous titres car le québécois mêlé d'anglais baragouiné est le plus souvent incompréhensible !
Christophe Honoré s'interroge et nous interroge sur la vie conjugale et la fidélité après de nombreuses années de mariage...
Avec ce rôle, Chiara Mastroianni qui a remporté le prix d'interprétation féminine dans la sélection Un certain regard au festival de Cannes 2019...
De tous les plans du film, elle interprète Maria, une femme mariée à Paul (Benjamin Biolay) depuis 20 ans...
Si Paul lui a été fidèle, Maria elle, a eu des dizaines d'amants parmi ses proches et ses élèves de la fac de Droit...
Quand Paul découvre sa dernière infidélité, elle fait ses valises et se réfugie dans la chambre 212 de l'hôtel en face de chez elle...
Tandis qu'elle observe son mari déprimer, Maria convoque ses ex dont Paul à 25 ans interprété par Vincent Lacoste et fait la connaissance d'Irène (Camille Cottin), la professeur de piano et amour de jeunesse de Paul...
Sur une excellente bande son, le réalisateur filme avec amusement et mélancolie les heurs et malheurs de Don Juanne qui se raconte et tente de comprendre ce qui arrive à leur couple...
Malheureusement et contrairement à la plupart des critiques, et malgré l'excellent jeu des acteurs, je ne suis pas entrée dans la fable, ce que je regrette mais un excès de futilité m'a empêchée d' y voir autre chose qu'un pur exercice de style sans réelle analyse en profondeur...