
Prenez vos bécanes pour aller au cinéma, voir des pièces de théâtre, admirer des expositions...

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Aux premiers jours du printemps, Catherine et Vincent font connaissance en déjeunant sur le même banc public. Tous les deux sont mariés mais ils prennent l’habitude de s’y retrouver, de parler, de rire, de se confier l’un à l’autre.
Écrite et mise en scène par Anne Giafferi, la pièce qui réunit Isabelle Carré et Bernard Campan est un délice : plaisir des mots, finesse des dialogues, originalité des échanges, poésie des sentiments...
Comme à son habitude, Isabelle Carré est délicieuse de naturel et d'authenticité...
Quant à Bernard Campan qui n'incarne pas toujours des rôles subtils, il campe ici un homme complexe, attentif, curieux et attachant...
Hélène Babu interprète avec talent le rôle d'une épouse amoureuse, courageuse et perspicace face à Vincent qu'elle décrypte comme un livre ouvert...
Le compagnon de Catherine interprété par Stansus Stanic est un peu moins convaincant mais sa partition est difficile...
La pièce a démarré le 18 septembre et fait déjà salle comble devant un public conquis par tant de délicatesse !
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Écrit par Mohammad Rasoulof, l’auteur des Graines du figuier sauvage, exilé en Europe depuis le printemps 2024, le film réalisé par Ali Samadi Ahadi est en partie inspiré par la militante iranienne des droits de l’Homme Narges Mohammadi, Prix Nobel de la paix en 2023. Incarcérée, elle avait refusé de quitter sa cellule pour être hospitalisée car on voulait la contraindre à porter le voile afin d’être soignée.
Myriam (magnifique Vishka Asayesh qui a été bannie à l'issue du tournage de l'industrie cinématographique en Iran car elle a interprété son rôle sans voile), activiste et militante pour les droits de l’Homme, est emprisonnée depuis six ans en Iran loin de son mari et de ses enfants réfugiés en Allemagne. Lorsqu’elle obtient enfin une permission pour raisons médicales, elle a 7 jours pour décider de fuir le pays et retrouver sa famille ou rester en Iran pour continuer sa lutte.
La caméra ne quitte pas le visage de cette femme courage qui entreprend un voyage qu'elle découvre au fur et à mesure des étapes décidées par le réseau de résistance qui l'a prise en charge et lui fait traverser des zones montagneuses et glaciales pour rejoindre sa famille qui l'attend à la frontière turque...
Torturée du début à fin du film par son combat intérieur : doit-elle abandonner son engagement pour redevenir une épouse et une mère, la figure de Myriam s'inscrit dans le mouvement iranien Femme, Vie, Liberté et devient universelle dans le dilemme auxquels de plus en plus de peuples sont confrontés : se taire ou prendre la parole contre la montée des populismes, des extrêmes et des régimes autoritaires !

La réalisatrice japonaise Chie Hayakawa se raconte à travers l'été 1987 de son héroïne Fuki (délicieuse Yui Suzuki), une petite fille de 11 ans, solitaire et perdue entre un père mourant et une mère rarement présente puisque qu'accaparée par son travail...
A travers ce second long métrage, la cinéaste, mère de deux enfants, avoue avoir essayé de se guérir de sa culpabilité de n'avoir pas su accompagner son père malade...
Elle a choisi l’année 1987 parce qu’elle avait l’âge de la petite fille du film cette année-là. Mais aussi et surtout parce que le Japon était à son apogée économique et que la population avait un très fort pouvoir d’achat, avant le déclin de ce modèle économique.
L'idée est jolie et je regrette de n'avoir pas réussi à entrer dans le film tant il m'a paru décousu, irrationnel et incompréhensible (en tout cas pour un européen) !
Le titre du film, étrange pour un film japonais, vient de l'enchantement de Chie Hayakawa pour le tableau de Renoir "La petite Irène" dont son père lui avait offert une reproduction... tableau qui fascine également Fuki qui va l'accrocher dans la chambre d'hôpital de son père...

Auréolée par 5 Molières, la nouvelle pièce de Jean-Philippe Daguerre nous plonge dans la vie d'une famille de mineurs à la fin des années 50 à Noeux Les Mines...
Nous ne sommes pas chez Zola, ni chez les Bisounours mais chez Daguerre dont le talent pour faire revivre des époques, comme l'Occupation avec "Adieu Monsieur Haffmann" n'est plus à démontrer...
Sans pathos mais avec humour, il nous fait partager la fierté de ces hommes qui sont mineurs de père en fils, le courage de ces femmes qui sont le ciment de ce mode de vie...
Il nous parle aussi d'amitié, d'amour, d'accueil de l'autre, de l'immigré : d'abord des polonais vite intégrés car catholiques puis des marocains dont ils partagent beaucoup de valeurs... et de solidarité : Philippe Daguerre est excellent dans le rôle du médecin qui a quitté Paris et sa clientèle bourgeoise pour soigner des vrais gens !
A ses côtés, cinq acteurs de grand talent interprètent :
- le père Sosthène (Jean-Jacques Vanier), philosophe à ses heures, très fier du poste de télévision qu'il vient d'acquérir en compensation de sa silicose, poste sur lequel il va pouvoir suivre la coupe du monde de football en Suède et les exploits de l'enfant du pays, Raymond Kopaszewski dit Kopa,
- la mère Simone (Raphaëlle Cambray récompensée comme meilleure actrice dans un second rôle) qui tient le troquet local comme sa mère et sa grand-mère où Sosthène et son ami Bartek (Aladin Reibel), syndicaliste polonais au cœur brisé par le décès de son épouse se retrouvent pour boire et parler de leurs fils,
- Pierre (Théo Dusoulié) et Vlad (Julien Ratel), les deux amis inséparables qui ont choisi le métier de leurs pères et partagent leur goût pour la musique...
Quand Leila (Juliette Béhar, prix de la révélation féminine), une jeune marocaine intègre le groupe des accordéonistes, la rivalité s'installe entre les deux amis qui tombent tous les deux follement amoureux de la jolie rebelle...
Le travail sur le décor est très astucieux puisqu'il fait ressortir sur le fond gris de la mine, la chaleur du bistrot où chacun se retrouve pour se confier et oublier les dures conditions de travail - et l'accordéon dont les trois héros jouent à la perfection compose à lui seul un personnage à part entière...
La pièce reprend au théâtre du Palais Royal et fait salle comble !
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Depuis son suicide il y a deux mille ans, la notoriété de Cléopâtre n’a cessé que croître. Une renommée aux multiples facettes – d’autant plus surprenante que nulle biographie antique ne la fonde – qui habitent nos imaginaires dans tous les domaines de la création, et même de la consommation.
Pourquoi une telle renommée? Peintures, sculptures, estampes, manuscrits, objets archéologiques, bijoux et monnaies, costumes, projections, photographies… sont autant de réponses, à découvrir au fil d’une riche sélection d’œuvres issues du Louvre, de la Bibliothèque nationale, du château de Versailles, d’autres musées de France et d’Espagne, des États-Unis, d’Italie et de Suisse.
L’exposition débute par une plongée dans les découvertes historiques et archéologiques les plus récentes. Grâce aux rares sources directes – pièces de monnaie et papyrus peut-être signé de sa main –, nous mettons un visage sur le nom de Cléopâtre VII Philopator.
Cette section éclaire le contexte économique, politique et religieux d’une époque charnière, alors que le prospère royaume d’Égypte, sous protectorat romain, et sa capitale Alexandrie, centre du monde hellénistique, constituent un florissant lieu d’études, d’échanges et de commerce. Dernière souveraine de la lignée ptolémaïque, Cléopâtre mène une active politique de réformes qui enrichissent son pays. Fine stratège, elle fait régner la paix pendant les vingt années de son règne.
En 31 avant notre ère, la défaite d’Actium qui oppose la Rome d’Octave, futur empereur Auguste, et l’Égypte de Cléopâtre et Marc Antoine marque un tournant majeur dans l’histoire méditerranéenne : avec le suicide de sa reine, s’en est fini de l’indépendance de l’Égypte.
Si les auteurs arabes soulignent les qualités intellectuelles et le rôle de cheff d’État de Cléopâtre, on doit aux écrivains romains d’avoir fondé sa légende noire, en accord avec la propagande augustéenne, en la dépeignant sous les traits d’un fatale monstrum (Horace). Dans les écrits de l’époque impériale, elle est diffamée et reléguée au second plan, n’apparaissant que dans des récits consacrés à César ou à Marc Antoine. « L’Égyptienne » incarne la luxure et la menace qu’une étrangère, femme de tête et reine tout à la fois, représentait pour un pouvoir romain misogyne. Ces sources biaisées influenceront durablement l’historiographie.
Son suicide, grâce auquel elle échappe à la capture par les Romains, fait naître la Cléopâtre immortelle : la mort héroïque d’une reine séductrice selon les auteurs de l’Antiquité, se révèle une inépuisable source d’inspiration. Enluminures, dessins, peintures, sculptures, littérature, théâtre, opéra… généralisent la légende d’une Cléopâtre tantôt inspirée de l’Ève pécheresse tantôt Orientale perverse.
Après Sarah Bernhardt qui l’incarne dans Cléopâtre de Victorien Sardou, la reine prend sa revanche sur les écrans, éclipsant César et Antoine. Des actrices charismatiques imposent la Cléomania au cinéma dans des productions à grand spectacle, avec leurs garde-robes somptueuses et leurs maquillages anachroniques, Sophia Loren et surtout Liz Taylor dans la superproduction mythique de Joseph L. Mankiewicz de 1963.
Avec la prolifération des images, la glamourisation du star-system, elle s’invite dans tous les foyers. Objet de consommation, elle devient reine de beauté, égérie de mode ou marque de publicité. En devenant l’une des femmes les plus connues au monde, le mythe l’emporte sur les faits, entrainant une durable confusion, voire des récupérations hasardeuses, au dépend de la connaissance de la chef d’État historique.
Dès la fin du XIXe siècle naît Cléopâtre, icône des luttes identitaires et émancipatrices. Cette femme forte et indépendante qui préféra mourir plutôt que se rendre est relue sous le prisme de nouveaux combats politiques. En Égypte, la reine est un emblème nationaliste de résistance face au colonialisme, affirmant l’héritage antique du pays. Aux États-Unis, elle est récupérée par la communauté africaine-américaine comme cheffe d’État africaine. Plus largement, les mouvements féministes réhabilitent son image en tant que femme de pouvoir ayant su imposer sa voix. Par-delà les siècles et les fruits de la recherche historique et académique, la figure de Cléopâtre demeure ainsi le miroir des aspirations et des fantasmes…
Ce qui est très intéressant dans cette exposition c'est qu'elle souligne le contraste entre la pauvreté des sources historiques et la profusion des évocations légendaires (celles des publicités sont très amusantes) jusqu'aux revendications actuelles !
A voir jusqu'au 11 janvier 2026

Simon Curtis reprend du service pour réaliser ce dernier volet, après avoir déjà signé le second (que j'avais trouvé excellent), qui se clôturait par la mort de la comtesse douairière, Violet (incarnée par Maggie Smith, décédée elle aussi deux ans plus tard).
Ultime adaptation ciné de la série culte qui en six saisons de 2010 à 2015 nous a rendus accros à la famille Crawley et à leur personnel de maison, le film boucle dans les années 30 une saga qui avait démarré en avril 1912, le jour du naufrage du Titanic...
A la mélancolie de cet adieu, s'ajoutent le passage de flambeau de Robert et Cora à leur fille Lady Mary, le divorce de Lady Mary et les départs en retraite du majordome Carson et de la cuisinière Madame Patmore...
Au plaisir de retrouver nos personnages favoris, se mêle donc la tristesse des au revoir et également le sentiment de perte de l'insouciance d'une époque bouleversée dès les premières scènes par les conséquences du krach de 1929... tournant de l'Histoire qui n'est pas sans annoncer la fin des années 30 et la perspective de la seconde guerre mondiale...
Difficile de clore cette longue page d'histoire sans collectionner les "vignettes" en invitant tour à tour les différents personnages que nous avons vu changer et s'épanouir au fil des épisodes - procédé qui prive le scénario de son habituel souffle captivant...
Mais il faut quand même aller voir le film et notamment pour se réjouir de la transformation de deux personnages : Edith Crawley devenue un appui pour sa si brillante soeur aînée, et Daisy Parker, la jeune aide cuisinière godiche qui s'est transformée en une charmante jeune femme respectée pour son talent professionnel en cuisine !

Il s’agit du premier long-métrage de fiction de Guillermo Galoe - qui avait déjà réalisé en 2023 un court métrage sur La Canada Real, l'un des plus grands bidonvilles d'Europe aux portes de Madrid (il s'étend sur plus de 14 kms de long)...
Pour raconter ce monde en voie de disparition qui réunit gitans, roms, immigrés marocains et latinos, le réalisateur a du convaincre les habitants de participer au film dont ils sont les héros (le projet suivi du tournage a duré 6 ans)...
Les premières images nous montrent une scène de chasse impliquant un pick up rempli d'enfants accompagnant un lévrier blanc qui court après un lapin... une première scène de "western" où le spectateur ressent viscéralement la liberté du groupe qui se déplace dans un paysage quasi désertique...
Le film nous montre la fierté et la solidarité de ces communautés qui résistent malgré des conditions de vie de plus en plus inhumaines du fait du réchauffement climatique à la volonté du gouvernement espagnol de démanteler ce ghetto (l'électricité a été coupée en 2020, des maisons en dur sont régulièrement démolies...), pour récupérer des terrains qui ont pris de la valeur aux portes de la capitale espagnole...
Nous découvrons cet endroit improbable à travers le regard de deux adolescents : Antonio Fernandez, un jeune gitan qui aide son grand-père ferrailleur et Bilal Sedraoui d'origine marocaine, dont les visages crèvent l'écran...
Le film reparti du Festival de Cannes auréolé du Prix SACD de la Semaine de la Critique, nous fait toucher du doigt l'opposition entre deux mondes qui ne peuvent pas cohabiter sur le territoire européen : celui ancestral du voyage où la poésie côtoie la drogue et celui du capitalisme florissant qui n'en finit plus de grignoter les terres libres de béton...
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Fils de est le premier long-métrage réalisé par Carlos Abascal Peiro. Avant de devenir cinéaste, ce dernier était journaliste pour plusieurs médias espagnols à Madrid puis à Paris.
Sur le papier le film avait tout pour plaire : un sujet ô combien d'actualité (une semaine après la présidentielle, la France cherche toujours son Premier Ministre !), un casting de choc avec François Cluzet, Karin Viard et Alex Lutz...
A l'arrivée un boulgi boulga de scènes aussi absurdes qu'incompréhensibles qui illustrent un seul message : les femmes et les hommes politiques sont tous pourris (et vulgaires !)
Un seul conseil : voir ou revoir la série Baron noir (2016-2020), les films L'exercice de l'Etat (2011), Quai d'Orsay (2013), Alice et le maire (2019), Les Promesses (2022) avec Isabelle Huppert..
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Comme pour son premier film Beyond the infinite Two Minutes (2020), le réalisateur japonais Junta Yamaguchi nous propose une boucle temporelle de deux minutes dans laquelle les héros de son histoire se retrouvent enfermés...
Capté dès les premières images dans un décor magnifique au cœur des montagnes japonaises enneigées, le spectateur est invité à l’auberge Fujiya près de Kyoto, où les employés et les clients se rendent vite compte que les mêmes 2 minutes sont en train de se répéter à l'infini...
Incrédules, agacés, énervés, désorientés, amusés... mais jamais indifférents, ils vont peu à peu prendre conscience que revivre les 2 mêmes minutes à l'infini offre un grand nombre de possibilités : emprunter un autre escalier, prononcer d'autres paroles, modifier un geste... en un mot remonter le temps pour corriger le passé...
Le film, au premier abord absurde, recèle une analyse très fine des émotions et des sentiments des différents protagonistes dont la délicieuse Mikoto (Riko Fujitani) qui se retrouve sur la même berge de la rivière avec l'obligation de remonter dans l'auberge pour nettoyer la chambre d'un client...
A voir pour le décor de carte postale mais pas que !