Un sujet très actuel : l'immigration clandestine, deux acteurs talentueux mais à l'arrivée un film qui hésite entre le documentaire et le drame social, la fiction télévisuelle et le thriller...
Jeune mère célibataire de 25 ans, Natacha (Alice Isaaz) vit dans le nord de la France et "galère" pour offrir à son fils de 8 ans une vie meilleure...
Son chemin croise celui de Walid (Adam Bessa déjà remarqué dans Harka), un immigré irakien lettré qui tente de réunir les fonds nécessaires pour réussir son passage en Grande-Bretagne...
Natacha et Walid décident d'unir leurs détresses pour monter une filière d'immigration clandestine...
Difficile de croire à cette histoire qui parait peu crédible au regard de l'amateurisme de cette jeune femme spontanée et débrouillarde mais pas très structurée...
Le film de Thierry Binisti se regarde mais, malgré une réelle tension, ne trouve pas le bon tempo pour nous séduire !
Je n'avais pas vu la pièce de théâtre créée par Alexis Michalik à la Scala à Paris en 2020 mais cette adaptation cinématographique lui est, parait-il, très fidèle... et ce jusqu'au casting...
L'écrivain à qui tout sourit dans la vie, interprète ici William un romancier à succès qui veille sur sa sœur cadette Katia (Juliette Delacroix)...
Marqués l'un et l'autre par une enfance douloureuse, ils multiplient les aventures... jusqu'à ce qu'ils tombent tous les deux follement amoureux : Katia de Justine (Marica Soyer) et William de Claire (Pauline Bression)...
Quand Justine dit à Katia qu'elle désire un enfant, cette dernière fragilisée par le souvenir d'une mère trop tôt décédée et d'un père violent, hésite puis se lance, acceptant même de procéder à une double PMA...
Aux belles histoires d'amour succèdent, dans la seconde partie du film, les drames qui vont accabler la sœur et le frère : séparation brutale, accident de voiture mortel, panne d'écriture, alcoolisme et cancer !
Racontée comme cela, l'histoire pourrait s'apparenter à un mélo mais il n'en est rien grâce au personnage pivot de Katia, femme entière et résiliente, qui élève seul sa fille dans l'amour des livres et de la lecture...
Grâce également à l'humour qui arrive à point pour dénouer les séquences heureuses ou malheureuses...
Et malgré le personnage d'écrivain cynique et désabusé qu'incarne Alexis Michalik avec une certaine complaisance...
André Téchiné nous raconte l'histoire d'un frère et d'une sœur entre le Mali et l'Ariège...
David 23 ans (Benjamin Voisin), véritable tête brulée s'est engagé au Mali : son corps démoli est rapatrié en France après l'explosion du camion dans lequel il se trouvait...
Jeanne sa sœur aînée (Nomie Merlant) qui vit en Ariège dans la dépendance d'une demeure historique dont le propriétaire est Marcel (André Marcon), se précipite à son chevet aux Invalides...
David récupère peu à peu mais sa mémoire lui fait défaut, au grand dam de Jeanne qui prend le relai de l'équipe soignante...
La caméra nous fait voyager par toutes les saisons dans la maison, dans le village, dans la forêt, sur les routes : le frère et la sœur vivent ensemble mais se cherchent...
Chacun joue sa partition sans surprise, aucune émotion n'affleure même si le propos du réalisateur est évident : il y a eu quelque chose entre eux et ce quelque chose est en train de renaître...
Impossible de s'intéresser au film qui hésite entre le documentaire : comment soigne-t-on un grand brûlé amnésique et la romance sous-jacente...
Seul le personnage de Rachel (Audrey Dana), la maire du village qui assure tous les rôles dans le village est intéressant !
Un spectacle passionnant et émouvant à voir avant dimanche 16 avril à la Comédie Bastille !
le théâtre de Stéphane Guérin s’attache à la recherche d’identité et à la mémoire familiale, notamment par la transmission transgénérationnelle - appelée également psychogénéalogie...
Le rideau se lève sur 5 acteurs lors d'un bal de mariage : Esther en robe de mariée regarde sa mère et son père danser et son frère DJ de la soirée faire le clown...
C'est le troisième mariage d'Esther... mariage qui va se fracasser comme les autres... car Esther est habitée par les fantômes du passé de sa famille, passé dont elle ignore tout... et qu'elle va tenter de reconstruire avec l'aide de son frère "différent", d'un ami journaliste qu'elle a rencontré après sa fuite et malgré sa mère...
Esther porte le poids d'un secret de famille transmis et tu depuis quatre générations : sa recherche va la mener au camp de Mauthausen où l'histoire de sa filiation a débuté dans l'horreur de la folie nazie...
Formidablement mis en scène par Salomé Villiers, le texte nous fait voyager entre passé et présent, au cœur du voyage mémoriel qui relie ces quatre générations de femmes qui, le corps souffrant, répètent le trauma initial...
Raphaëlle Cambray est magnifique dans le rôle de la mère et de la grand-mère, Hélène Degy est parfaite dans le rôle d'Esther et de son arrière grand-mère quant à Adrien Melin il est irrésistible dans le rôle du frère...
Dommage que le titre de la pièce ne soit pas plus explicite mais il se dévoile très vite et rajoute un élément de contexte supplémentaire.
En résumé courez voir ce spectacle qui a triomphé au Festival off d'Avignon en 2021 et 2022 et s'arrête malheureusement dimanche !
Détruit à 80% lors des bombardements de 1944, le centre ville du Havre est le premier site reconstruit inscrit au patrimoine mondial par l'Unesco (2005).
Modèle d'urbanisme salué dans le monde entier, la ville imaginée par Auguste Perret fait la part belle aux larges avenues ouvertes sur le large...
Le damier d'immeubles bas qui s'étend sur 150 ha ne fait pourtant pas l'unanimité en France... qualifié par certains de "stalinien"...
Curieuse de me rendre compte par moi-même, j'ai découvert un paysage urbain séduisant par de multiples aspects même si le visiteur n'a pas tout à fait l'impression de fouler le sol français...
Une visite guidée au Musée de l'Armateur, superbe maison d'architecte construite vers 1790 par un riche négociant armateur - ayant miraculeusement échappé aux bombardements, permet d'appréhender l'histoire de cette ville, tout d'abord modeste avant-port de Rouen puis base militaire créée par François 1er en 1517, avant de devenir en 2014 le 2e port français (derrière Marseille)... : à réserver à l'avance !
Ne pas rater en sortant du musée, le quartier Saint-François enserré entre le Bassin du Roy et le bassin du Commerce qui a bénéficié d'une reconstruction atypique confiée à des architectes havrais et a donc conservé son caractère régional : parements en brique, toitures en ardoise à double pente, hautes cheminées et lucarnes renforcent l'impression d'insularité ; on peut y admirer la Halle aux poissons, l'église Saint François et l'Hôtel Dubocage de Bléville (qui devrait rapidement ré-ouvrir ses portes après quelques travaux)...
Le centre ville est dominé par l'église Saint-Joseph, élevée à la mémoire des bombardements de 1944 : surgissant comme un phare au dessus du Havre avec sa tour lanterne de 107m de haut, le chef d’œuvre d'Auguste Perret baigné d'une lumière quasi surnaturelle grâce aux 12 768 verres colorés de Marguerite Huré, sert de repère quand on se promène dans les rues de la ville...
Impossible de rater Le Volcan, autre monument emblématique de la ville dessiné par l'architecte brésilien Oscar Niemeyer : inaugurée en 1982, l'ex-maison de la Culture est devenue Scène nationale en 1991...
Ne pas hésiter à déambuler dans les espaces baignés de lumière de la Bibliothèque municipale située en face du Volcan : ouverte à tous, elle offre des salles de lecture, des salons cinéma, des bornes d'écoute, des tablettes numériques et un café !
Dans le même périmètre Auguste Perret, on "admirera" l'Hôtel de Ville : situé à l'extrémité de la rue de Paris (rue commerçante sous arcades), et dans la perspective d’une vaste place, le bâtiment est composé d'une tour (dont le toit-terrasse se visite durant les mois touristiques) abritant les bureaux administratifs et un bâtiment en longueur rythmé par une imposante colonnade dans lequel se placent des fonctions de « réception » comme les grands salons.
Ne pas hésiter à faire une pause gourmande dans la vaste et lumineuse librairie de la Galerne (148 rue Victor Hugo) !
Si l'on veut visiter l'appartement témoin reconstitué à l'identique selon les plans d'Auguste Perret en 1950, il faut réserver longtemps à l'avance, ce que nous n'avions pas fait !
Bordé d'un côté par de grands artères : boulevard de Strasbourg (voir quelques magnifiques immeubles) et avenue Foch, agrémenté d'un charmant jardin public (Square Saint Roch), et de l'autre côté par le bassin de la Manche et le Front de Mer, le quartier d'Auguste Perret est effectivement en tous points remarquable !
Pour les amoureux des impressionnistes, se rendre au Muma (Musée d'Art Moderne André Malraux), un lumineux cube de verre ancré au bord de la mer - et le long du Front de mer jusqu'à Sainte Adresse, où la promenade est ponctuée de reproductions de tableaux célèbres...
Pour les amoureux des ports, prévoir une croisière à la découverte des chantiers navals et des porte-conteneurs...
Pour les amoureux des jardins, se promener dans les Jardins suspendus à Sainte Adresse : ce site exceptionnel, d’une surface de 17 hectares, surplombe la baie de Seine et offre des points de vue admirables sur la mer, le port et la ville...
J'espère vous avoir convaincus d'y passer un weekend culturel et iodé !
Maison de l'Armateur, puits de lumière
Quartier Saint-François : Halle aux poissons, Eglise Saint-François, Bassin du Roy, Hôtel Dubocage de Bléville,
Quartier Auguste Perret : Volcan, Bibliothèque, Eglise Saint-Joseph, Hôtel de Ville, square Saint-Roch
Port et front de mer, Muma, plage, jardins suspendus de Sainte Adresse
Swann Arlaud est fascinant dans ce rôle d'intellectuel qui se fait embaucher à la chaîne chez Citroën en septembre 1968 pour mieux connaître le milieu ouvrier et le soutenir dans ses luttes sociales...
Adapté du roman L'établi de Robert Linhart, un philosophe normalien d'origine juive, co-fondateur du mouvement maoïste, qui a passé une année en usine, le film de Mathias Gokalp est un véritable manifeste en faveur de la classe ouvrière, célébrant son courage, sa solidarité et sa "beauté"...
Les images du premier jour de Robert, filmées comme un polar, nous tiennent en haleine jusqu'à son retour chez lui, le corps meurtri et les mains en sang...
On découvre ou on redécouvre la réalité de l'époque post-68 : les conditions de travail inhumaines, les méthodes perverses de surveillance et de répression des supérieurs, le racisme des contremaîtres à l'égard des immigrés italiens, maghrébins et noirs...
Quand Citroën décide de se rembourser des accords de Grenelle en exigeant des ouvriers qu'ils travaillent trois heures supplémentaires par semaine à titre gracieux pendant 6 mois, Robert et quelques autres entrevoient alors la possibilité d'un mouvement social...
Formidablement empathique, le réalisateur nous fait participer à la préparation de cette grève puis à son déroulement avec ses moments d'enthousiasme, ses difficultés et ses découragements...
Aux côtés de Robert et de ceux nombreux qui l'ont rejoint spontanément, je donnerai une mention spéciale au jeune ouvrier Christian (Robin Migné), dont la personnalité est digne de La Comédie humaine...
Servi par ce grand acteur qu'est Swann Arlaud mais également par Denis Podalydès qui excelle dans un rôle de Directeur du personnel machiavélique et par Olivier Gourmet qui interprète avec son talent habituel un aumônier, délégué de la CGT dans l'usine - le film nous rappelle que les luttes ne sont pas finies même si on peut espérer que les conditions de travail se soient largement améliorées depuis cette période, pas si lointaine...
Du théâtre, du vrai théâtre au La Bruyère pour notre plus grand plaisir...
Huit comédiens talentueux, un texte intelligent, une mise en scène inventive, une histoire pleine de rebondissements, un décor à multiples facettes, des moments émouvants, des trouvailles pleines de fantaisie.... en un mot une excellente création, nommée aux Molières 2023 dans la catégorie "Meilleure Comédie...
Difficile de raconter la trame de cette réunion de famille sans divulgâcher, comme on dit aujourd'hui, le suspens et les twists qui en font tout le sel...
Pierre-Henri décide de réunir sa famille durant une semaine dans sa maison de campagne : famille qu'il n'a pas vue depuis 10 ans, famille avec laquelle il souhaite se réconcilier, d'autant qu'un médecin lui a diagnostiqué une mort prochaine...
Entouré de sa femme, de sa fille, de son fils et de sa belle fille, de sa sœur et de son meilleur ami, le vieil homme qui parait très fringant, leur explique la teneur des retrouvailles...
Un premier coup d’œil aux protagonistes, une entrée en matière un peu forcée nous alertent très vite : la mère des enfants est très jeune, le fils n'arrive pas à trouver ses mots, la sœur a perdu sa fiche, la belle fille fait une sortie exagérée...
Quelque chose sonne faux, mais quoi... on le comprend après un coup de téléphone intempestif...
Ou on croit comprendre, car derrière les apparences, se cachent d'autres secrets... auxquels s'ajoutent des confidences faites par les comédiens à la salle, révélant chez chacun d'entre eux leur vraie personnalité...
Sous les habits de la comédie, le texte de Gilles Dyrek (qui joue le meilleur ami), nous fait sourire et nous émeut jusqu'aux toutes dernières répliques pleines d'espoir...
Pour son deuxième opus, la réalisatrice coréenne July Jung s'empare d'une histoire vraie, un fait divers survenu dans le petit village de Jeonju fin 2016, qui a eu des répercussions sur les lois du travail en Corée du Sud.
Kim Sohee (touchante Kim Si-eun) est une lycéenne au caractère affirmé qui se verrait bien devenir une star de K-pop : dansant seule devant la glace de sa salle de sport, elle répète à l'infini sa chorégraphie pour mieux la maîtriser...
Quand le professeur principal de son lycée technique lui annonce triomphalement qu'il lui a trouvé un stage dans un centre d'appels pour une grande entreprise de téléphonie, Sohee rejoint une cohorte de jeunes femmes, le casque sur les oreilles, qui sont (sous)payées pour dissuader les clients de résilier leur abonnement internet et surtout pour supporter leurs insultes...
Sohee peine à intégrer les éléments de langage du manuel qu'elle doit observer à la lettre et ne tarde pas à se faire remarquer par son manager qui lui reproche de "déshonorer" son groupe par ses mauvais résultats...
Humiliée, Sohee perd peu à peu son côté solaire pour devenir une "esclave" moderne qui se défonce en heures supplémentaires et en beuveries vespérales...
Le film se transforme en polar lorsque l'inspectrice Yoo-jin (formidable Doona Bae) est mandatée pour élucider le suicide de Sohee...
Tenace et ne tenant compte d'aucune des remarques de son irascible supérieur, la policière va mener une enquête à charge pour mettre à jour un système socio-énonomique malade qui, sous couvert de sauvegarder la rentabilité des entreprises et les classements des écoles, broie la jeunesse qui se fait exploiter dans les usines pour les garçons et dans les métiers de services pour les filles...
Servi par deux excellentes actrices, le film montre sans fards la violence de cette société coréenne où les adolescents, "abandonnés" par des parents dépassés, tentent de survivre...
Malgré quelques longueurs (la durée est de 2h17), le récit documentaire nous glace et nous interpelle : les pays occidentaux sont-ils si différents ?
Alléchée par l'épisode de l'émission Affaires sensibles de France Inter sur le sujet, je suis allée voir ce spectacle en imaginant que je serai séduite par cette pièce écrite par Jean Lassalle et mise en scène par Anne Bourgeois...
Le pitch était tentant : à la Libération, la liaison affichée de Gabrielle Chanel avec un officier allemand, menace de lui attirer de graves ennuis ; son ami Winston Churchill la fait exfiltrer en Suisse. Pour vaincre son impatience, Mademoiselle commence à dicter ses mémoires à son ami Paul Morand, lui aussi exilé sur les bords du Léman. C’est alors que reparaît Hans-Gunther von Dincklage. Traqué, l’ancien espion du Reich aurait pu disparaître en Amérique du Sud, comme beaucoup de ses congénères – mais il est sincèrement épris de Coco, et prêt à courir tous les risques pour la retrouver.
Le casting était alléchant : Caroline Silhol dans le personnage de Gabrielle et Christophe Barbier, que j'ai souvent apprécié dans ses précédents rôles au Poche Montparnasse, dans celui de Morand...
Hélas, comme les protagonistes de cette histoire, on s'ennuie certes férocement mais on s'ennuie...
Le texte est plat, les acteurs sont mous et l'on n'apprend quasiment rien de l'extraordinaire destin de cette fille d'un camelot et d'une couturière, devenue l'une des grandes prêtresses de la Haute Couture française...
Dommage... j'aurais préféré un duo Jeanne Balibar et Benoit Magimel sur un texte de Yasmina Reza !
Dès le départ, c’est ce gros titre dans un journal qui a inspiré les scénaristes : "Une mère de deux enfants, originaire d'Edimbourg, a retrouvé la dépouille d’un roi disparu dans un parking".
Cette femme c'estPhilippa Langley dont il a fallu obtenir l'autorisation pour s’emparer de son combat...
Stephen Frears et ses co-scénaristes ont décidé d'insuffler une dose d'humour dans cette histoire vraie comme pour sa précédente réalisation Philomena et le pari est réussi!
Sally Hawkins est délicieuse dans ce rôle de femme anonyme, tenace et sensible qui va réussir, grâce au soutien de son entourage familial (avec une mention spéciale pour John son mari malicieusement interprété par Steeve Coogan), à convaincre les services d'archéologie de l'Université de Leicester d'entreprendre des fouilles dans un parking pour exhumer la patrouille de Richard III, injustement jugé par l'Histoire et Shakespeare en particulier !
Tourné à Edimbourg dans de magnifiques décors médiévaux préservés, le film réhabilite la mémoire de ce roi, tout dernier monarque de la dynastie Plantagenêt et de la Maison d’York, qui a régné sur l'Angleterre de 1483 à sa mort survenue sur le champ de bataille de Bosworth Field en 1485 (avant-dernière bataille de la Guerre des Deux-Roses).