Le réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi dénonce dans ce film la violence du capitalisme qui engendre l'abandon de populations entières en marge des métropoles...
Le film raconte la dérive de deux agents d'une agence de recouvrement de Casablanca qui arpentent des villages perdus pour soutirer de l'argent à des familles surendettées...
Les deux pieds nickelés, au volant de leur guimbarde rouge, traversent des zones arides et déshéritées où survivent des autochtones qui s'accrochent aux rochers qui soutiennent leurs abris de fortune : ils n'ont pas d'argent pour rembourser leurs dettes et proposent qui une chèvre, qui un tapis...
Au fil des deux heures, le spectateur dérouté par tant de précarité, découvre peu à peu l'histoire de ces deux hommes en costumes bleus et cravates rouges : Hamid (Fehd Benchemsi) et Mehdi (Abdelhadi Taleb) sont des perdants tant sur le plan personnel que professionnel... et c'est ce qui les rend attachants...
Dans la seconde partie du film, la réalité cède la place au conte à travers l'histoire parallèle d'une jeune femme aimée par deux hommes, deuxième trame qui rejoint la première à la toute fin du récit...
Dommage que le film soit si long et si lent... au point de perdre tout intérêt malgré la pertinence du propos, tant le temps se dilue dans l'immensité des paysages et la complexité du scénario...
Le film de Pham Thien An a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2023 où il a obtenu la Caméra d'or, qui récompense le meilleur premier film, toutes catégories confondues
Le réalisateur est né et a grandi dans une ville de la campagne vietnamienne où la spiritualité tient une grande place : les habitants se lèvent tôt pour assister à la messe avant de travailler puis se retrouvent au crépuscule pour lire les Écritures et prier. Quand il est parti à Saïgon pour étudier et travailler, le réalisateur s'est perdu "dans une course insensée, fastidieuse et répétitive pour gagner de l’argent et réussir. Pourtant je n’ai rencontré que déception, confusion et insécurité." Pour s'en sortir, il a cherché à se reconnecter à ses émotions et sa spiritualité. C'est ainsi qu'il s'est lancé dans la réalisation.
Ce premier long métrage, largement inspiré de son propre parcours, nous raconte l'histoire de Thien dont la vie est bouleversée par le décès brutal de sa belle-sœur dans un accident de moto...
Le jeune citadin, dont le frère Tam a disparu, se voit dans l'obligation de ramener son neveu de 5 ans et la dépouille de sa belle-sœur dans leur village natal...
Le film quitte la ville et ses plaisirs superficiels pour plonger dans la verte campagne nappée de brouillard...
La réalité cède la place à la réflexion spirituelle dans de superbes plans longs qui n'en finissent plus de nous faire perdre tous nos repères temporels...
Au fil de ses rencontres avec un ex-soldat, son ancien amour, une vieille dame... Thien va peu à peu se laisser happer par sa quête religieuse jusqu'à quitter la réalité pour habiter des rêves nostalgiques ou prémonitoires...
Un beau film, lent, long (3h00) mais trop long notamment vers la fin où le temps s'étire jusqu'à se diluer dans un crépuscule sans fin heureusement sublimé par l'apparition d'un arbre aux papillons, puis dans un paysage écrasé de soleil miraculeusement rafraîchi par l'eau d'un torrent...
Les acteurs non professionnels, dont le héros interprété par Le Phong Vu, et les prises de vues réalistes renforcent l'originalité et l'authenticité du scénario !
Le Musée d’Art Moderne de Paris consacre une grande rétrospective à Nicolas de Staël (1914-1955), figure incontournable de la scène artistique française d’après-guerre. Vingt ans après celle organisée par le Centre Pompidou en 2003, l’exposition propose un nouveau regard sur le travail de l’artiste, en tirant parti d’expositions thématiques plus récentes ayant mis en lumière certains aspects méconnus de sa carrière.
La rétrospective rassemble une sélection d’environ 200 tableaux, dessins, gravures et carnets venus de nombreuses collections publiques et privées, en Europe et aux Etats-Unis. À côté de chefs-d’oeuvres emblématiques tels que le Parc des Princes, elle présente un ensemble important d’œuvres rarement, sinon jamais, exposées, dont une cinquantaine montrées pour la première fois dans un musée français.
Organisée de manière chronologique, l’exposition retrace les évolutions successives de l’artiste, depuis ses premiers pas figuratifs et ses toiles sombres et matiérées des années 1940, jusqu’à ses tableaux peints à la veille de sa mort prématurée en 1955. Si l’essentiel de son travail tient en une douzaine d’années, Staël ne cesse de se renouveler et d’explorer de nouvelles voies : son « inévitable besoin de tout casser quand la machine semble tourner trop rond » le conduit à produire une œuvre remarquablement riche et complexe, « sans esthétique a priori ». Insensible aux modes comme aux querelles de son temps, son travail bouleverse délibérément la distinction entre abstraction et figuration, et apparaît comme la poursuite, menée dans l’urgence, d’un art toujours plus dense et concis : « c’est si triste sans tableaux la vie que je fonce tant que je peux », écrivait-il. La rétrospective permet de suivre pas à pas cette quête picturale d’une rare intensité, en commençant par ses voyages de jeunesse et ses premières années parisiennes, puis en évoquant son installation dans le Vaucluse, son fameux voyage en Sicile en 1953, et enfin ses derniers mois à Antibes, dans un atelier face à la mer.
La biographie de Staël a d’emblée créé un mythe autour de son art : de son exil après la Révolution russe jusqu’à son suicide tragique à l’âge de 41 ans, la vie du peintre n’a cessé d’influer sur la compréhension de son œuvre. Sans négliger cette dimension mythique, la rétrospective entend rester au plus près des recherches graphiques et picturales de Staël, afin de montrer avant tout un peintre au travail, que ce soit face au paysage ou dans le silence de l’atelier. Enfant exilé devenu voyageur infatigable, l’artiste est fasciné par les spectacles du monde et leurs différentes lumières, qu’il se confronte à la mer, à un match de football, ou à un fruit posé sur une table. Variant inlassablement les outils, les techniques et les formats (du tableautin à la composition monumentale), Staël aime « mettre en chantier » plusieurs toiles en parallèle, les travaillant par superpositions et altérations successives. Le dessin joue, dans cette exploration, un rôle prépondérant dont une riche sélection d’œuvres sur papier souligne le caractère expérimental.
Un extrait du documentaire Nicolas de Staël, la peinture à vif de François Lévy-Kuentz, co-écrit avec Stéphane Lambert et Stephan Lévy-Kuentz et produit par Martin Laurent, Temps Noir, en coproduction avec ARTE France, est présenté dans les salles de l’exposition et diffusé dans son intégralité sur ARTE le 24 septembre 2023.
A voir jusqu'au 21 janvier 2024 !
Premières oeuvres (1934 - 1947) : Visage de femme, Pont de Bercy, Portrait de Jeannine, De la danse
Fragmentation et Un an dans le paysage (1951 - 1952) : Grande composition bleue, Trois pommes en gris, Fleurs, Les toits, La ville blanche, Mantes, Paysage, Gentilly, Paysage, Parc des Princes, Ciel à Honfleur, Marine, Paysage, Bouteilles dans l'atelier, Parc de Sceaux, Mer et nuages, L'orchestre, Les Indes galantes
L'atelier du Sud et Lumières (1953) : Portrait d'Anne, Fleurs blanches et jaunes, Deux vases de fleurs, Table rose, Femme assise, Le soleil, Arbre rouge
Voyage en Sicile (1953 - 1954) : Paysages et temple
Antibes (1954 - 1955) : Bateaux sur le plage, Marseille, Les Martigues, La route, Pont des Arts, Calais, Etude de profils, Nu couché bleu, Bouteille noire, Coin d'atelier, Saladier, Bocal, Nature morte en gris, Bateau, Marine la nuit, Fort d'Antibes, Bateau de guerre, Mouettes, Le concert
Un homme respectable, tranquillement assis sur un banc à Central Park, est soudain apostrophé par un individu légèrement dépenaillé qui insiste pour lui raconter sa visite au zoo...
Tout d'abord réticent à interrompre sa lecture, il accepte peu à peu de répondre aux questions intrusives et déstabilisantes de son interlocuteur qui se présente : je m'appelle Jerry, et vous ?
Où habitez-vous Peter ? Vous avez des enfants ? Vous n'avez pas de fils ? Que faites-vous dans la vie ? Combien gagnez-vous ?...
Quittant le registre des questions, Jerry poursuit le dialogue en racontant son quotidien dans une chambre minable sous les toits puis détaille ses relations avec sa propriétaire nymphomane et son horrible chien noir...
Passant par tous les registres, de l'agacement à la compassion, du détachement au mépris affiché, de l'effroi à la crise de fou rire... Peter ne maitrise plus rien...
Jusqu'aux scènes finales d'une brutalité inouïe, cet homme directeur d'une maison d'édition et père de deux filles, va, face à cet "étranger" sorti de nulle part, perdre toutes ses certitudes...
Mais que fait Peter tous les dimanches après-midi sur ce banc ?
Traduite et mise en scène par Pierre Val, la pièce d'Edward Albee qui date de 1958, garde toute son actualité dans sa dimension psychologique !
Les deux acteurs : Pierre Val (Jerry) et Sylvain Katan (Peter), complices dans le travail depuis de nombreuses années sont terriblement vivants dans les rôles qu'ils incarnent...
Après avoir vu ce spectacle, vous réfléchirez avant d'accepter qu'un inconnu s'assoit à côté de vous !
Dans "Les feuilles mortes", Ari Kaurismaki, qui s'est inspiré de la chanson éponyme signée Prévert et Kosma, nous raconte l'histoire de deux vies minuscules que l'amour pourrait sublimer...
Ana (Alma Pöysti) et Holappa (Jussi Vatanen) échangent un regard dans un karaoké qui va lier leurs deux destins mais le hasard faisant mal les choses, les obstacles s'accumulent entre les deux soupirants : perte d'un numéro de téléphone, ignorance de leurs noms et adresses respectifs, alcoolisme de l'homme...
Les deux héros dont la vie professionnelle est un parcours du combattant, flirtent avec la plus grande pauvreté dans un Helsinki qui se devine au loin des tristes banlieues qui les abritent...
De rencontres mutiques en rendez-vous ratés, ces deux-là vont toutefois réussir à bâtir leur "belle" histoire minimaliste...
Renforcé par une bande son désespérante : échos de la guerre en Ukraine, chansons populaires tragiques... le film témoigne toutefois de la force de l'espoir en un avenir commun possible...
Le film du réalisateur finlandais a été récompensé à Cannes par le Prix du Jury en 2023 et c'est tout à fait justifié !
Reprise au théâtre Hébertot de la pièce aux 3 Molières 2011 : meilleur spectacle du théâtre privé, meilleure mise en scène, meilleure adaptation.
Paris 1942. Sept convives, s’étant plus ou moins bien accommodés de l’Occupation allemande, se retrouvent chez l’un d’eux pour fêter l’anniversaire de leur hôtesse. La soirée se déroule sous les meilleurs auspices, lorsqu'au pied de leur immeuble sont abattus deux officiers allemands. En représailles, la Gestapo investit l'immeuble et décide de prendre deux otages par appartement. Mais le Commandant Kaubach, qui dirige l’opération, reconnaît en la personne du propriétaire de l'appartement, M. Pélissier, un libraire à qui il achète régulièrement des ouvrages. Soucieux d'entretenir les rapports courtois qu'il a toujours eus avec lui, il décide de les laisser finir leur dîner et de ne passer prendre ses otages qu’au dessert. Mieux… il leur laisse la liberté de choisir eux-mêmes les deux otages qui l’accompagneront...
Le jeu de massacre commence dans un silence de mort : chacun va tour à tour dénoncer l'autre, révéler ses turpitudes, ses lâchetés, ses manquements... ou pire inventer des stratégies toutes plus ignobles les unes que les autres pour échapper à la mort certaine...
Huit excellents comédiens (avec une mention spéciale pour Thierry Frémont très crédible en profiteur de guerre) nous font partager ce "repas de fauves" durant deux heures jusqu'à la chute finale, terrible !
L'histoire se situe durant l'Occupation allemande mais présente d'étranges et sombres résonances avec l'attitude de certains de nos contemporains lors de la récente épidémie de Covid...
Une pièce aux accents universels pour nous faire réfléchir sur l'amitié, la fidélité, la respectabilité de façade... face à l'urgence de la survie personnelle !
Guillaume Nicloux a adapté le roman Le Berceau de Fanny Chesnel pour nous raconter une histoire improbable de GPA...
Le réalisateur a confié le rôle principal de Joseph à Fabrice Luchini : veuf inconsolable et père deux jeunes adultes, il se réfugie dans la restauration de vieux meubles...
Quand le téléphone sonne, il ne répond pas croyant que c'est de la publicité...
Décrochant tout de même après plusieurs sonneries insistantes, il apprend avec horreur le décès de son fils, disparu avec son compagnon...
Très vite la seule chose qui l'intéresse c'est l'avenir de l'enfant de son fils qu'une jeune femme belge a accepté de porter moyennant finances...
La caméra suit cet homme obsédé qui, contre l'avis de ses proches (sa fille et les beaux-parents de son fils), va tout faire pour retrouver la mère et la convaincre de ne pas confier son enfant à l'adoption...
Fabrice Luchini, qui a laissé tomber sa diction précieuse, est touchant dans ce rôle de futur "grand-père" qui va sortir de son deuil pour accueillir la vie...
Découpé en petites saynètes inégales, le film un peu bancal et très sentimental nous laisse un grand point d'interrogation : quel est le message que Guillaume Nicloux voulait faire passer ?
Avec "Le Livre des solutions", Michel Gondry fait du personnage de Marc (Pierre Niney) son alter-ego et s'inspire de sa propre vie pour nous raconter les difficultés d'un réalisateur bipolaire en prise avec ses producteurs !
Marc, qui peine à monter son film, s'enfuit avec les rushs et son équipe chez sa tante Denise (Françoise Lebrun) qui les héberge dans une ferme cévenole...
Le film a été tourné dans la maison de sa vraie tante Suzette avec laquelle il a toujours eu une relation privilégiée...
A peine arrivé dans ce refuge familial, Marc décide d'arrêter les médicaments et entre dans une phase de créativité intense qui épuise son entourage...
Décidé à ne pas regarder le montage réalisé par Charlotte (Blanche Gardin), il se lance dans la rédaction d'un livre de solutions, filme une fourmi pendant des heures, achète une maison en ruine pour loger son équipe, imagine transformer un vieux camion en salle de montage...
Pierre Niney s'amuse beaucoup de toutes ces loufoqueries, nous aussi mais un peu moins que son personnage foncièrement autocentré voire auto-satisfait malgré les nombreuses fêlures révélées...
Une autobiographie assumée, un étrange objet de cinéma...
Le dernier opus de Catherine Breillat est le remake du film danois "Queen of hearts" : contactée par le producteur Saïd Ben Saïd qui venait d'en racheter les droits, elle a été mise au défi de faire mieux que l'original... ce qui a l'a motivée et lui a permis de sortir de sa dépression post AVC...
C'est également sur le conseil du producteur qu'elle a fait appel à Léa Drucker pour interpréter le rôle phare de son film : Anne, une avocate au regard froid et aux nerfs d'acier, mariée à Pierre (Olivier Rabourdin) et mère de deux petites filles adoptées...
Quand Théo 17 ans (impressionnant Samuel Kircher), décide de quitter sa mère pour se rapprocher de son père Pierre, la famille "parfaite" vacille : Théo sème son bordel dans la maison, devient le prince charmant des petites filles, snobe son père qu'il accuse de l'avoir abandonné et entreprend une entreprise de séduction envers Anne... qui, après quelques réticences se laisse faire...
Quand Théo avoue à son père qu'il a une liaison avec Anne, la famille "parfaite" explose !
La caméra voyeuse filme le désir et la jouissance au plus près des visages et nous fait partager le trouble qui s'empare d'Anne et kidnappe Théo...
Un film psychologique tendu comme un polar mais dont le fil est malheureusement rompu à trois reprises par des scènes de sexe certes émouvantes mais, de mon point de vue, beaucoup trop longues...
La réalisatrice aurait pu éviter également quelques apartés (anniversaires des filles, échanges entre Anne et sa sœur jouée par Clotilde Courau), qui n'apportent rien à l'intrigue et nous distraient de l'essentiel...
Mais Léa Drucker, personnage au jeu complexe et manipulatrice de génie, vaut à elle seule le déplacement !
La scénariste Caroline Glorion venue du documentaire, s'essaie à la fiction pour nous conter l'histoire de Lili, une jeune mère précaire de 3 enfants...
Lili (fascinante Mathilde La Musse) est maman mais Lili est avant tout une toute jeune femme sauvageonne à la langue bien pendue...
Abritée dans un foyer parental à Sète, elle se débat pour offrir une vie "normale" à ses trois enfants, qu'elle a eus de deux pères différents, disparus de son quotidien, l'un par lâcheté, l'autre pour désordres alcooliques...
Elle travaille dans un bar dont le propriétaire oublie régulièrement de lui établir des bulletins de salaire... et se fait accuser à tort de maltraitances à l'égard de ses enfants par les services sociaux - en la personne de Sandrine Bonnaire (pas très gâtée dans un rôle ingrat)...
Privée de ses enfants placés en famille d'accueil, Lili va multiplier les "erreurs" de comportement... avant d'accepter l'aide spontanée des femmes de son entourage qui vont la "coacher"...
Peu d'hommes en effet dans ce film à part la figure du juge (François Morel) et de Pierre (excellent Arthur Igual), un homme qui prend spontanément sa défense face à son patron voyou...
Sarah Suco excelle dans le rôle d'une avocate qui accepte de la défendre et Laurence Côte dans celui d'une copine du foyer, ex détenue, qui accepte de l'héberger...
Un film à voir pour ses acteurs mais surtout pour ce portrait de "maman louve" qui enveloppe ses enfants de tendresse plus qu'elle ne les élève...