Le docteur Felix Kersten est convoqué par Heinrich Himmler qui souffre de terribles maux que même la morphine ne parvient pas à soulager : dès les premières séances, ce spécialiste en thérapie manuelle diagnostiquera un désordre neuro-végétatif chez le Reichsführer et le soignera en apposant les mains sur son ventre...
Le docteur Kersten, devenu indispensable à Himmler, profitera de sa position privilégiée pour négocier en guise d'honoraires, la libération de 100 000 personnes de nationalités diverses dont environ 60 000 juifs ; il empêchera la déportation massive du peuple hollandais et à la fin de la guerre évitera la destruction des camps d'extermination qu'Himmler avait prévu de faire dynamiter lors de la retraite de l'armée allemande...
Antoine Nouel s'est inspiré de la vie du médecin de nationalité hollandaise, né en Estonie, dont Joseph Kessel avait rédigé une biographie romancée en 1960 Les mains du Miracle, pour écrire son spectacle...
Les spectateurs nombreux dans cette petite salle de théâtre applaudissent à tout rompre mais on est en droit de se demander ce qu'ils applaudissent : est-ce la mémoire de cet homme courageux, un juste parmi les justes ou le jeu des acteurs qui incarnent le dit docteur (Antoine Nouel), Himmler (Philippe Bozo) et son aide de camp (Franck Lorrain) ?
Pour ma part, j'ai trouvé le spectacle puissant dans son récit mais linéaire dans sa mise en scène et surtout pas très bien interprété par les deux acteurs incarnant la Gestapo : en effet, même si Philippe Gozo s'est bien grimé, à aucun moment on ne sent sa puissance ni sa dangerosité... Il accède à tous les désirs du docteur sans rechigner et quand il sent le vent tourner, multiplie les gestes en sa faveur sans beaucoup exiger en retour ?
Dommage qu'Antoine Nouel qui, lui joue très bien, ne se soit pas entouré de comédiens plus expérimentés : les trois acteurs sont en fait surtout connus pour leurs talents comme doublures ou voix off...
Un spectacle à voir jusqu'au 6 novembre pour dénoncer l'arbitraire nazi !
Sébastien Marnier s'est inspiré de son vécu familial pour réaliser son troisième long métrage...
Les critiques qui encensent le film parlent volontiers d'un univers à la Chabrol, ou font référence à "8 femmes" de Ozon ?
Personnellement je ne suis pas du tout entrée dans l'intrigue et ce, dès les premières images où le réalisateur nous plonge dans un vestiaire d'ouvrières au sein d'une usine de salaison de poissons...
On y découvre Laure Calamy qui se rend ensuite dans une prison pour femmes où sa jalouse compagne purge une peine de 5 ans d'emprisonnement...
Le film démarre enfin quand Laure Calamy téléphone à son père enfin retrouvé, qui l'invite à venir le voir dans sa somptueuse villa à Porquerolles...
Changement de décor complet : nous sommes chez les utltra-riches, pris au piège, comme l'odieux patriarche Jacques Weber affaibli par un AVC, dans un gynécée peuplé de créatures toutes plus caricaturales les unes que les autres : Dominique Blanc incarne avec délectation l'épouse aux tenues extravagantes qui dilapide la fortune de son mari en achats inutiles, Doria Tillier incarne avec férocité la fille ainée qui ne pense qu'à hériter de l'empire familial, Agnès (Véronique Ruggia Saura), la bonne revêche est kleptomane et écoute aux portes, quant à Jeanne (Céleste Brunnquell), la petite fille, elle ne quitte pas son appareil photos...
Quand Stéphane (Laure Calamy dans un rôle inhabituel mais qu'elle interprète à la perfection), la transfuge de classe, se retrouve dans ce nœud de vipères, les cartes sont rebattues et les façades de respectabilité s'effondrent...
De rebondissement en rebondissement, nous assistons au dynamitage de cette famille dysfonctionnelle où les plus pourris ne sont pas ceux que l'on croit...
Sur une idée intéressante au départ, le scénario aurait pu être une réussite s'il n'était pas alourdi par des scènes inutiles et desservi par des moments de violence gratuits, et surtout si les personnages avaient quelque fond de vérité...
Mais trop c'est trop, d'autant que le film dure 2 heures qui m'ont semblé interminables...
Comment George Clooney et Julia Roberts ont pu accepter de tourner dans un tel navet ?
J'imaginais naïvement que j'aurais plaisir à les revoir tous les deux, mais même pas !
C'est la productrice Sarah Harvey qui a proposé au réalisateur Ol Parker, avec lequel elle avait déjà travaillé, le scénario inspiré de l’histoire d’une de ses amies divorcée.
Georgia et David, un couple séparé depuis 25 ans, se retrouvent à Bali pour empêcher leur fille Lily (Kaitlyn Dever) de commettre la même erreur que la leur, à savoir se marier sur un coup de foudre avec Gede (Maxime Bouttier), un séduisant cultivateur d'algues...
Heureusement que la nature balinaise est belle (même si le film a été tourné en Australie, en grande partie épargnée par le Covid) 😉, car c'est vraiment le seul intérêt du film !
Le jeune couple est sympathique, la famille balinaise est attachante mais les parents de Lily sont de vraies caricatures d'américains : matérialistes, bourreaux de travail, soucieux de leur petit confort...
Si George Clooney cabotine avec une certaine légèreté qui est sa marque de fabrique, Julia Roberts ne trouve visiblement pas le bon ton ni la bonne distance par rapport à l'histoire...
A éviter même pour les inconditionnels des deux stars !
Le musée Picasso présente une double exposition consacrée à Maya Ruiz-Picasso, articulée en deux volets : « Nouveaux chefs-d’œuvre. La Dation Maya Ruiz-Picasso » et « Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo ».
Organisé chronologiquement, le premier volet s’articule autour des neuf chefs-d’œuvre (six peintures, deux sculptures et un carnet de dessins) conservés par la fille de l’artiste depuis la succession, ayant rejoint les collections nationales par dation en 2021. Il propose un dialogue fécond entre art extra-occidental, art ancien et art moderne à travers un ensemble d’œuvres de Picasso, de pièces issues de sa collection et une sélection de prêts remarquables.
Le second volet de l'exposition explore les témoignages précieux d’une relation entre un père et sa fille, propose de relire une partie de la production de l’artiste sous le prisme de ce rapport filial et souligne la manière dont la présence de Maya a nourri et amplifié l’intérêt de l’artiste pour le thème de l’enfance.
María de la Concepción, surnommée Maya, naît le 5 septembre 1935. Elle est la première fille de Pablo Picasso et de Marie-Thérèse Walter. L’arrivée de cette enfant est un bouleversement dans la vie de Picasso. Le visiteur découvre un ensemble exceptionnel de portraits peints consacrés à la fillette, mais aussi une importante sélection de sculptures, d’œuvres graphiques, de photographies et de documents d’archives.
Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié la seconde partie de l'exposition qui est enrichi de nombreux petits films de souvenirs familiaux... même si le portrait de l'artiste m'a paru légèrement hagiographique ?!
A voir jusqu'au 31 décembre dans ce très beau musée au cœur du Marais
Maya et sa mère
Paulo, Claude et Paloma
Père de l'artiste peint à 14 ans, Tête de femme, Le déjeuner sur l'herbe
Cette exposition met en lumière le miracle qu'est l'invention de Venise. Miracle d’ingénierie et d’architecture, mais également miracle artistique. Une ville, construite sur la boue instable d’une lagune, qui lutte depuis plusieurs siècles contre la mer ; une menace impitoyable qui fut aussi la source de son immense richesse.
Immergé dans la ville et longeant ses canaux, transporté sur les toits et traversant les murs, le visiteur réalise une promenade virtuelle à couper le souffle !
L'exposition s'appuie sur une banque de données de 300 000 images de synthèse de Venise, souvent prises par des drones en 2021, qui permettent de voir ce que l’œil ne peut pas voir comme le détail de certaines peintures du Palais des Doges installées à 12 mètres du sol..
Plus scientifique et pédagogique que les expositions du type Atelier des Lumières, le projet vise à raconter l’histoire de la cité des Doges, du petit — des écrans tactiles pour la pénétrer — au très grand, comme ces salles de cathédrales d’images de la place Saint-Marc.
L’exposition s’articule en quatre chapitres, conjuguant chronologie historique et déambulation au travers des sites majeurs de la ville :
La lagune : naissance de Venise dans les méandres d’une lagune ;
Le grand canal : l'âge d’or, Venise puissance commerciale et navale ;
La place Saint-Marc et le Palais des Doges, lieux d'incarnation du pouvoir ;
Une ville qui se transforme, toujours en devenir.
Enfin des promenades interactives dans la Venise du XVe siècle, réalisées par Ubisoft à partir des modèles du jeu vidéo Assassin’s Creed II, amplifient l’immersion du visiteur en le projetant virtuellement dans les quartiers les plus emblématiques de la cité.
A voir jusqu'au 19 février dans un lieu éphémère abrité dans une aile de l'Opéra Bastille !
Camille de Leobardy a écrit et interprète ce seule en scène musical au Petit Hébertot...
Formidable pianiste et comédienne, elle nous attache par son talent, à cette fiction mozartienne qui nous parle d'un artiste en pleine crise, avide de liberté et de nouveauté !
Un dialogue tantôt léger, tantôt terriblement sérieux s'installe entre un Mozart qui se cherche et son musicologue Ludwig von Köchel qui a consacré une grande partie de sa vie à répertorier les œuvres dudit génie...
Alternant les interprétations au piano autour de la Sonate pour piano n°11, les dialogues, le mime et les improvisations tant au piano qu'au jumbee et à l'harmonica, Camille de Leobardy qui décidément sait tout faire (diplômée d'une école de commerce, elle s'est formée au conservatoire de musique de Compiègne, au cours Florent, à la Commedia School de Copenhague, elle maîtrise 5 langues dont l'allemand qu'elle utilise à bon escient dans son spectacle)... nous plonge dans le secret de l'acte créatif d'un compositeur universellement célébré...
Le spectacle est court (1h10) et prend réellement toute sa dimension dans la seconde partie de la soirée lorsque l'interprète de Mozart ose sortir des conventions de l'époque en improvisant une mélodie jazzy qui donne à entendre toute la modernité de Mozart !
Adapté du roman d'Alain Jaspard Pleurer des rivières, "Le sixième enfant" nous parle avec justesse du désir puissant de maternité...
Anna (formidable Sara Giraudeau), jeune avocate de 39 ans se désespère de ne pas pouvoir avoir d'enfant...
Son mari Julien (Benjamin Lavernhe), avocat au pénal assure brillamment la défense de Franck (Damien Bonnard), un ferrailleur coupable de coups et blessures et lui propose de le raccompagner chez lui à la sortie du tribunal...
Julien et Anna (qui conduit la voiture,) se retrouvent donc dans un camp de gitans à Aubervilliers où Meriem (Judith Chemla), la femme de Franck leur propose de venir prendre une bière dans leur caravane...
Le courant passe entre les deux femmes pourtant si différentes : l'une bobo parisienne en mal d'enfant, l'autre appartenant à la communauté des gens des gens du voyage et mère de cinq enfants...
Quand Franck quelques jours plus tard demande à Julien de le recevoir dans son cabinet, l'avocat est stupéfait de l'entendre lui proposer de leur "donner" le sixième enfant qu'ils attendent car ils sont trop pauvres pour assurer sa subsistance...
Anna réagit comme son mari, ils sont tous les deux juristes : la proposition de Franck et de Meriem s'apparente à un délit, cela s'appelle du trafic d'êtres humains..., ils ne peuvent accepter...
Sans porter aucun jugement sur ses personnages, le réalisateur Léopold Legrand nous fait partager le cheminement de la pensée des différents protagonistes qui se rencontrent à plusieurs reprises pour parler de "l'impossible" et notamment les deux femmes qui se lient d'une vraie et profonde amitié...
Avec un sentiment d'urgence qui n'est pas sans rappeler l'horloge biologique des femmes qui approchent de la quarantaine, le film nous émeut et nous attache aux questionnements les plus intimes de ces deux couples, jusqu'à nous faire totalement épouser le désir d'enfant d'Anna...
A voir absolument, pour Sara Giraudeau qui ne cesse de nous surprendre par l'éventail de son jeu d'actrice mais également pour les trois autres acteurs qui sont tous sensationnels !
Guy Maruani, l'auteur de la pièce, a pratiqué et enseigné la psychiatrie durant cinquante ans, à Paris puis Bruxelles...
Fort de son expérience, il est convaincu que la psychanalyse reste la meilleure clé pour saisir les conflits, les contradictions et les angoisses que chacun affronte dans son existence...
Dans la pièce mise en scène et jouée par Marc Fayet dans le rôle du psychanalyste, il nous propose une séance analytique "flash" de six célébrités : Kafka, Jeanne d'Arc, Zorro, Kennedy, Marylin Monroe et Lady Diana...
Tout en écoutant le récit subjectif qu'ils font de leur histoire, récit tiré de documents authentiques, on suit le travail de l'analyste et la logique de ses interventions...
Dans un décor où le divan prend toute la place, les six saynètes de 10 minutes sont interprétées par Adrien Melin et Roxanne Bennett qui se glissent avec talent dans la peau des différents personnages...
Difficile de nous livrer la psyché de ces personnalités complexes en 10 minutes - nous sommes loin de l'analyse fouillée de la série"En thérapie", mais pourtant certains portraits sont très réussis : quand Kafka n'est que mal être, Kennedy nous séduit dans son désir de réaliser le rêve politique de son père, quant à Zorro il comprend vite qu'il peut être lui-même sans son masque...
Les personnages féminins sont moins réussis et c'est dommage car la pièce devient un peu bancale en alternant fulgurances amusantes et caricatures un peu forcées...
Rebecca Zlotowski a voulu dans ce film aborder un personnage dont le cinéma parle peu, si ce n'est en le caricaturant : la belle mère !
Virginie Efira incarne Rachel, une jeune femme de 40 ans, de confession juive, professeur de français dans un collège...
Rachel est bien dans son métier, bien dans sa peau, entourée d'amis mais tétanisée par le tournant de la quarantaine : Rachel qui a perdu sa mère jeune, veut désespérément un enfant...
Quand elle rencontre Ali (Roschdy Zem), elle se dit qu'il pourrait être le père de cet enfant... mais Ali a déjà une petite fille, Leïla 5 ans, dont il a la garde partagée avec son ex femme Alice, interprétée par Chiara Mastroianni...
Le scénario habile nous montre la profondeur des relations que noue Rachel avec Ali mais aussi avec Leïla, avec Alice, avec sa soeur qui attend un enfant, avec un élève particulièrement difficile dont elle va se faire le défenseur, avec son père,, ses collègues... et le personnage ne cesse de s'étoffer magnifiquement incarné par Virginie Efira...
Dommage que le personnage d'Ali soit moins fouillé, dommage également que le film perde de son intensité par l'accumulation de scènes inutiles ou un peu faciles : on a compris, merci !
Mais un beau sujet et une vraie question : quel nom et surtout quelle place donner à la relation entre un adulte et un enfant qui n'est pas le sien ?
Isabelle Huppert n'a pas fini de nous étonner : elle incarne dans ce film une femme libre dans sa tête et dans son corps, une éditrice qui mène sa vie avec succès malgré les épreuves qu'elle a traversées... et surtout l'actrice laisse parler ses émotions...
Le film démarre sur un gros plan d'Isabelle Huppert qui, au volant de sa voiture, s'adresse face caméra au spectateur pour nous parler de sa jeunesse en Irlande et de son premier amour Doug (séduisant Eanna Hardwicke)...
Mêlant adroitement les différentes temporalités de la vie de Joan qui est interprétée par Freya Mavor dans ses jeunes années, le réalisateur Laurent Larivière nous donne suffisamment de clés pour que l'on se retrouve dans le fil de la mémoire de l'héroïne... quitte à nous perdre entre sa vie passée et sa vie rêvée...
Nathan, le fils de Joan, est joué par trois acteurs successifs mais Swann Arlaud qui l'interprète adulte est de loin le meilleur...
Malgré quelques longueurs alors qu'il ne dure qu'1 heure 40, et malgré le personnage excessif de l'écrivain Tim Ardenne (Lars Eidinger) révélé par Joan, le film est assez fascinant !