Dans son dernier opus, Pedro Almodovar explore pour la première fois de manière aussi franche la question de l’artiste en panne d'inspiration, qui se nourrit de sa propre vie et surtout de celle de ses proches pour créer.
Le réalisateur a imaginé une histoire construite comme un récit à tiroirs où le scénario alterne entre deux temporalités : 2004 et 2026, et deux lieux : Madrid et l'île volcanique de Lanzarote...
Le personnage du cinéaste Raúl Rossetti (Leonardo Sbaraglia) est le reflet d'Almodovar qui lui permet d’interroger les frontières entre fiction, mémoire et confession intime : un peu jeune pour le rôle, il frise malheureusement trop souvent l'auto-complaisance, ce qui nuit, de mon point de vue, à la profondeur du portrait...
Les figures féminines sont, comme dans chacun de ses films, toutes formidables et plus particulièrement Barbara Lennie qui incarne Elsa son double au féminin...
Brillant au risque de nous perdre, le film est séduisant mais aurait pu être plus émouvant pour mieux traduire la crise existentielle qu'Almodovar visiblement traverse !
Le dernier opus d'Agnès Jaoui a été présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026
J'ai mis un peu de temps à rédiger ce texte car je suis une inconditionnelle d'Agnès Jaoui : j'admire son audace et sa personnalité et je salue la longévité créative de sa carrière...
Dans ce film, la comédienne, réalisatrice, chanteuse lyrique Agnès Jaoui décide d'apporter sa pierre à la dénonciation des agressions sexuelles en situant la problématique dans le milieu de l'opéra...
Dans les coulisses d'une ambitieuse production des "Noces de Figaro", les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle mettant en cause le comte Almaviva, une figure masculine maîtresse du livret : chacune et chacun se voit contraint(e) de prendre position quant à la décision à prendre à son encontre, sachant qu'a priori il sera difficile de lui trouver un remplaçant...
Le choix des "Noces de Figaro" n’est pas anodin, car il s'agit d'un opéra qui parle précisément de la domination masculine, des relations hommes-femmes, et aussi des rapports de classe au XVIIIème.
Agnès Jaoui a décidé d'intégrer dans son casting des personnages "prototypes" et c'est là où le bât commence à blesser...
Elle interprète une chanteuse : la Comtesse qui représente la génération des "boomers" face à de plus jeunes femmes comme Eye Haïdara qui joue Cora/Chérubin (tout en cochant la case "diversité")
Mirabelle (Claire Chust), la jeune metteuse en scène qui n'a jamais travaillé dans le monde de l'opéra, est visiblement complètement dépassée et passe son temps à s'excuser pour son inexpérience...
Quant au chef d'orchestre incarné par Daniel Auteuil, il ne pense qu'à une chose, ne pas faire partie de la liste des prédateurs sexuels dénoncés par une chanteuse qui a entamé une démarche Meetoo...
Le comble de la caricature est atteint avec le personnage du chauffeur Samir (Oussama Kheddam), lorsqu'il découvre avec ravissement la beauté de l'opéra : comme si sa nationalité algérienne le prédisposait à rester éloigné de toute sensibilité artistique ?!
Quand les conflits d’opinion et de génération éclatent, Agnès Jaoui décide de prendre la défense du baryton... pour ne pas mettre en péril le spectacle...
J'avoue avoir été très gênée par cette prise de position pas très subtile et datée, d'autant que pour moi, Agnès Jaoui incarne un féminisme éclairé ?!
Ce parti pris m'a totalement empêchée d'adhérer au scénario et je ne me suis plus vraiment intéressée aux débats, admirant quand même la prestation formidable d'Eye Haïdara !
Sorti en avril 2025 et présenté à Saint Jean de Luz par sa réalisatrice Valérie Seguin, le documentaire a fait salle comble...
Pour son quatrième opus, la scénariste est allée à la rencontre de médecins, psychiatres, écrivains, médiums, journalistes... qui, à travers leurs expériences témoignent de leur vécu de ce que pourrait être l’au-delà et l’invisible.
Durant une heure, nous écoutons des êtres "rationnels" nous parler en mots sobres mais le regard pétillant d'ouverture à l'autre, des "rencontres" qu'ils ont fait avec un être défunt, d'échanges avec des enfants "réincarnés" qui leur ont parlé de leur vie d'avant avec des détails stupéfiants qu'ils sont allés vérifiés, des phénomènes de sorties de corps, de la continuité de la conscience avant et après la vie terrestre, des récits d'EMI (expériences de mort imminente), de guérisons par prières collectives, du monde de l'au-delà qui nous enveloppe...
Après la projection, le public a pu échanger avec Valérie Seguin et Audrey Watt, medium et conférencière luzienne... et c'était passionnant !
Les deux femmes écrivent des livres et communiquent avec brio sur leurs perceptions ultrasensibles !
Le(la) spectateur(trice) réceptif (ve) ressort passionné(e) et surtout plus serein(e) face à ce grand questionnement !
Regardez la bande annonce du film L'Ame : l'Au-delà et l'Invisible (L'Ame : l'Au-delà et l'Invisible Bande-annonce VF). L'Ame : l'Au-delà et l'Invisible, un film de Valérie Seguin
Je n'avais pas vu le film d'Olivier Laxe et Santiago Fillol qui a remporté le prix du jury au festival de Cannes en 2025, car il me semblait complètement "perché" comme on dit aujourd'hui - qui plus est je n'apprécie pas particulièrement l'acteur principal Sergi Lopez...
Diffusé sur Canal en replay, j'ai donc décidé de rattraper mon retard et j'ai très vite regretté de ne pas l'avoir vu sur grand écran...
En effet, son principal atout, de mon point de vue est son décor : la magnificence du cœur des montagnes du sud du Maroc et celle du Sahara dans toute son immensité presque lunaire...
L'histoire est celle d'un homme, Luis (Sergi Lopez), accompagné de son jeune fils Estéban (excellent Bruno Nunez Arjona), qui recherche sa fille aînée qui a disparu.
Croyant que cette dernière s'est associée à une rave party dans le désert, il prend la route avec un van absolument pas adapté aux conditions climatiques extrêmes et décide, après un premier échec, de rallier un groupe de ravers en route vers une énième fête dans les profondeurs de l'environnement hostile du Saghro, à l’est d’Ouarzazate....
Si le début du film est très prenant : une musique puissante et planante qui semble sortir de nulle part, la suite est longue et mouvementée...
Difficile d'adhérer aux motivations de cet homme qui va peu à peu se rapprocher du groupe étrange qui l'a adopté ainsi que son fils et son chien, oubliant sa quête initiale pour entamer un parcours vers la mort...
A part le décor, l'originalité du thème et quelques jolies scènes entre Luis et son fils et Luis et ses compagnons d'infortune, le film communique un vide existentiel et une fuite vers le néant ?!, correspondant d'après ce que j'ai pu lire, à l'état psychique du réalisateur lors du tournage...
Le dernier opus de Rodrigo Sorogoyen (réalisateur entre autres de Madre et As bestas) est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026...
Il nous raconte l'histoire d'un cinéaste mondialement célèbre, Esteban Martínez (Javier Bardem dont le charisme impressionne la pellicule), qui revient en Espagne pour tourner un nouveau film.
Il en offre le rôle principal à une jeune actrice qui peine à se faire connaître, sa fille Emilia (délicieuse Victoria Luengo), qu’il n’a pas vue depuis treize ans.
Intriguée et sur la réserve, la jeune femme après un déjeuner qui laisse augurer de la suite, accepte cette formidable opportunité, tout en sachant qu'elle va devoir se confronter à cet homme puissant qui n'a jamais assumé son rôle de père...
Qui plus est, le tournage promet d'être particulièrement difficile car il se déroule en plein désert et reconstitue un épisode historique de la prise d'un fort isolé...
Si tout semble bien se passer au début, l'opposition entre le père et la fille qui se sont construits une image forcément erronée et caricaturale de l'autre, se fait rapidement sentir, rejaillissant sur l'atmosphère de toute l'équipe...
Le film atteint son acmé lors d'une scène d'anthologie, d'une violence psychologique difficilement supportable mais qui permet au duo d'extérioriser ses regrets et remords respectifs...
Jouant sur l'irruption de scènes en noir et blanc qui font avancer le scénario, le film (malgré quelques longueurs), nous fascine et nous passionne jusqu'à la dernière image !
Le dernier film d'Asghar Farhadi est présenté en Compétition au Festival de Cannes où le cinéaste iranien avait obtenu le Grand Prix ex æquo en 2021 pour Un héros...
Pour son deuxième long métrage tourné en France, à Paris, dans le quartier du canal Saint Martin, le réalisateur s'est inspiré de Brève histoire d'amour, la version longue du sixième épisode du Décalogue (1988), mais le scénario nous fait également irrésistiblement penser dans son intention à Fenêtres sur cour et à Monsieur Hire...
Il nous offre pourtant une histoire totalement originale en nous faisant entrer dans le monde parallèle d'une écrivaine Sylvie, en mal d'inspiration, qui espionne ses voisins d'en face pour réinventer leur vie et en tirer un roman qui plaise à son exigeante éditrice Catherine Deneuve...
Terrée dans un appartement surchargé, Isabelle Huppert, atteinte du syndrome de Diogène, incarne avec un talent renouvelé, une artiste vieillissante et misanthrope qui vole littéralement et à leur insu le destin de trois personnes qui travaillent ensemble dans un studio de doublage...
Pierre (Vincent Cassel fiévreux), l'ingénieur du son en chef, sa compagne Nita (toujours aussi formidable Virginie Efira) et Christophe (Pierre Niney vaguement inquiétant) le frère de Pierre mènent la vie trépidante d'un studio en constante "charrette"...
Sylvie qui pense reconnaître sa propre mère dans le visage de Nita qu'elle baptise Anna, lui invente une double vie et prête aux deux hommes des attitudes dont le spectateur ne sait plus si elles sont véritables ou inventées...
A ce quatuor, se rajoute Adam (Adam Bessa impressionnant de sobriété), un SDF "sauvé" par la nièce de Sylvie, Céline (India Hair) qui lui propose de devenir l'assistant de sa tante et surtout de l'aider à vider l'appartement qu'elle compte pouvoir vendre...
Quand Adam se pique à son tour d'écriture et s'invite dans le trio du studio, les histoires parallèles se chevauchent et s'interpénètrent au risque de nous perdre... et la fiction devient plus forte que la réalité !
Un tout petit peu trop long (2h20), le dernier opus d'Asghar Farhadi nous séduit par son casting cinq étoiles et son inventivité !
La réalisatrice coréenne Ga Eun Yoon aborde le sujet délicat du traumatisme causé par le viol, avec une approche très originale et empathique de la figure de la victime...
Le film est raconté du point de vue de Jooin, l'héroïne qui ne veut pas que l'on dise d'elle qu'elle ne se relèvera jamais de ce crime perpétré par un proche...
La lycéenne de 16 ans, est une jeune fille libre, joyeuse, malicieuse, très appréciée de ses camarades et du corps professoral...
Personne n'est au courant de ce qu'elle a vécu mais quand un de ses camarades lui demande de signer une pétition pour empêcher la remise en liberté d'un prédateur sexuel, elle refuse de signer prétextant que le texte décrivant la victime ne correspond pas à la réalité qu'elle-même vit...
Dès cet aveu, les regards des autres changent à son égard et Jooin perd l'équilibre qu'elle s'était construit : tantôt égale à elle-même, tantôt brutale, tantôt perdue, elle nous émeut par sa jeunesse et son désir de vivre tout très vite, très fort, au risque de faire du mal aux autres...
Autour d'elle, tous les personnages sont merveilleusement campés : sa mère, professeur de maternelle, qui s'est réfugiée dans la boisson, son petit frère qui cache les lettres que le violeur envoie à Jooin pour lui demander qu'elle le pardonne, son père qui s'est réfugié loin des siens car il n'a pas la force de gérer ce drame familial, le coach d'arts martiaux qui offre à tous les jeunes un lieu où ils peuvent être eux-mêmes...
Parcouru de l'énergie de l'adolescence, le scénario avance avec Jooin qui ose affronter les autres pour ne pas se perdre et reprendre la place qu'elle s'était construite...
Un film à voir pour Su-bin Seo, sa délicieuse héroïne dont c'est le premier rôle, pour le questionnement universel qu'il pose avec élégance mais également pour comprendre comment la problématique est gérée dans un environnement asiatique marqué par le confucianisme et le patriarcat !
Ce film est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026 et en fait l'ouverture.
Le réalisateur Pierre Salvadori en a eu l'idée en 2016, lorsqu'il tenait le rôle dans Planétarium de Rebecca Zlotowski, d'un cinéaste qui, à la fin des années trente, se lançait dans le tournage d’un drame sentimental teinté d’occultisme.
Il s'est entouré d'un casting de haut vol pour nous raconter l'histoire d'Antoine Balestro (Pio Marmaï génial), jeune peintre en vogue, qui n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse Irène (radieuse et fascinante Vimala Pons) dont il se sent responsable. Un soir d'ivresse, Antoine se rend en 1928 à la fête foraine de Saint-Ouen pour consulter une voyante.
Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne (mutine et formidable Anaïs Demoustier), une jeune foraine condamnée à répéter soir après soir l'attraction Venus electrificata, venue se glisser dans la roulotte de la voyante en titre pour y voler de la nourriture. Repérée par Armand (Gilles Lellouche dans un jeu très subtil), à la fois ami et galeriste d'Antoine - et attirée par l'appât du gain, Suzanne accepte de continuer son imposture en se rendant à Paris, au domicile d'Antoine.
Se révélant très douée et surtout très rouée, Suzanne réussit à sortir Antoine de sa dépression et surtout à lui faire retrouver son inspiration...
Le scénario fluide et complexe multiplie les épisodes où le vrai et le faux se superposent, où Pio Marmaï dans des scènes d'anthologie nous fait éclater de rire, où le passé resurgit plus fort que le présent car Suzanne qui est tombée amoureuse d'Antoine, ne rêve que d'une chose : un vrai baiser, pas un baiser électrique, pas un baiser destiné à Irène mais un baiser pour elle !
Le spectateur est fasciné pendant 2 heures par cette comédie aux relents dramatiques qui fait réfléchir sur la place de la femme, l'amour, l'amitié et sur les liens que l'on entretient avec les morts !
A voir absolument pour ses excellents interprètes mais pas que !
Le troisième long-métrage réalisé par Fabien Gorgeart est plus subtil que sa bande annonce !
Le pitch parait un peu faible et pourtant l'histoire qu'il développe durant 1 heure 50 parle de toutes les formes d'amour : entre femmes et femmes, entre parents et enfants, entre membres d'une famille recomposée...
Lorsque Fred (Vincent Macaigne) demande à son ex-femme, Marguerite (Laure Calamy), de faire annuler leur mariage à l'Eglise pour pouvoir s’y remarier, elle se réjouit de le voir refaire sa vie. Mais ce qui devait être une simple formalité s’avère plus compliqué que prévu et va les mener jusqu’à Rome avec leurs enfants et leurs nouveaux conjoints (Sofiane interprété par Lyes Salem et Chloé incarnée par Mélanie Thierry)...
Cette comédie nous émeut grâce à ses excellent(e)s actrices et acteurs, à l'exception de Mélanie Thierry, l'hyper catho, qui reste un peu extérieure au film et surtout grâce à Laure Calamy partagée entre son compagnon actuel et son premier amour qu'elle semble redécouvrir lors des différents épisodes qu'ils vont partager avec leur fille Léa (délicieuse Céleste Brunnquell) !
Le dernier film d'Olivier Nakache et d'Eric Toledano fait un carton avec 1,3 millions d'entrées à ce jour...
Les critiques parlent d'un film phénomène qui traduit la nostalgie de la génération Z pour les années 80...
Etant personnellement un(e) boomer, je n'ai pas particulièrement été touchée par ce côté madeleine de Proust et je ne suis allée voir "Juste une illusion" que parce que tout le monde en parle...
Après un début assez laborieux qui accumule les références à la période des cassettes, de l'émancipation des femmes et de la montée du chômage, le film soutenu par la présence de Camille Cotttin (la mère), Simon Boublil (le cadet sur le point de fêter sa bar mitzvah) et Pierre Lottin (gardien de l'immeuble), prend son envol mais ne s'inscrit pas dans la magie de leurs films précédents tels Intouchables et LeSens de la fête...
Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère révolté et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est plus un enfant et pas encore un adulte, nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, la famille, la religion et les premiers élans amoureux.
Dommage que Louis Garrel (le père) soit caricatural et que le scénario soit laborieux, démonstratif, mièvre et longuet (2 heures)