Fils de est le premier long-métrage réalisé par Carlos Abascal Peiro. Avant de devenir cinéaste, ce dernier était journaliste pour plusieurs médias espagnols à Madrid puis à Paris.
Sur le papier le film avait tout pour plaire : un sujet ô combien d'actualité (une semaine après la présidentielle, la France cherche toujours son Premier Ministre !), un casting de choc avec François Cluzet, Karin Viard et Alex Lutz...
A l'arrivée un boulgi boulga de scènes aussi absurdes qu'incompréhensibles qui illustrent un seul message : les femmes et les hommes politiques sont tous pourris (et vulgaires !)
Un seul conseil : voir ou revoir la série Baron noir (2016-2020), les films L'exercice de l'Etat (2011), Quai d'Orsay (2013), Alice et le maire (2019), Les Promesses (2022) avec Isabelle Huppert..
Comme pour son premier film Beyond the infinite Two Minutes (2020), le réalisateur japonais Junta Yamaguchi nous propose une boucle temporelle de deux minutes dans laquelle les héros de son histoire se retrouvent enfermés...
Capté dès les premières images dans un décor magnifique au cœur des montagnes japonaises enneigées, le spectateur est invité à l’auberge Fujiya près de Kyoto, où les employés et les clients se rendent vite compte que les mêmes 2 minutes sont en train de se répéter à l'infini...
Incrédules, agacés, énervés, désorientés, amusés... mais jamais indifférents, ils vont peu à peu prendre conscience que revivre les 2 mêmes minutes à l'infini offre un grand nombre de possibilités : emprunter un autre escalier, prononcer d'autres paroles, modifier un geste... en un mot remonter le temps pour corriger le passé...
Le film, au premier abord absurde, recèle une analyse très fine des émotions et des sentiments des différents protagonistes dont la délicieuse Mikoto (Riko Fujitani) qui se retrouve sur la même berge de la rivière avec l'obligation de remonter dans l'auberge pour nettoyer la chambre d'un client...
A voir pour le décor de carte postale mais pas que !
Présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025, le film de Christian Petzold signe sa quatrième collaboration avec Paula Beer...
J'avais adoré Le ciel rouge et ce notamment pour son engagement écologique (voir ma critique en 2023), mais ce dernier opus m'a laissée perplexe...
Dans Miroirs n°3 qui fait référence à la pièce pour piano éponyme du compositeur français Maurice Ravel, le réalisateur nous raconte l'histoire de Laura (Paula Beer) qui semble flotter entre le désir de mort et son envie de vivre pour la musique...
Quasiment mutique, elle est recueillie par Betty (Barbara Auer à fleur de peau), une femme d'une cinquantaine d'années qui vit seule dans une maison de la campagne berlinoise et l'a extraite miraculeusement intacte d'une voiture accidentée après un tonneau qui a couté la vie à son petit ami...
Une étrange complicité se noue entre les deux femmes, chacune ayant visiblement besoin de l'autre : d'ellipses en ellipses, le spectateur comprend le drame qui a détruit Betty mais peine à analyser le mal être de Laura...
Deux actrices merveilleuses, de très belles scènes mais on ressort du film un peu frustré(e) en se demandant quel est le véritable sujet du scénario...
En conclusion, un court moment de cinéma plaisant, touchant mais un peu vain ?
Le réalisateur Nader Saeivar a tourné le film de manière clandestine en Iran, avant de quitter le pays dès la fin du tournage (il vit aujourd’hui à Berlin)
Il s’est servi de certains éléments de sa propre vie pour les besoins du film. Ainsi, la scène qui montre la manière dont une femme est arrêtée par les autorités iraniennes pour ensuite être conduite dans le désert est une expérience vécue également par le cinéaste, à la suite de la sortie de son deuxième film, No End (2022).
Dans ce scénario écrit à quatre mains avec Jafar Panahi, le cinéaste mêle habilement la fiction et l'histoire politique de son pays en rendant hommage au mouvement "Femme, Vie, Liberté" qui s'oppose à la dictature des mollahs...
Il nous fait partager le dilemme de Tarlan, ancienne professeur de danse, qui a été témoin du féminicide d'une jeune femme qu'elle considère comme sa fille et se heurte aux institutions qui protègent les puissants...
Interprétée par Maryam Boubani qui est devenue un vrai symbole en Iran car elle a été l’une des premières femmes à retirer son hijab et à déclarer qu’elle ne voulait plus le porter, l'héroïne transcende le film de son regard clairvoyant, empathique et intransigeant...
Relativement court (1h40), le film se termine sur une scène magnifique qui apporte une note d'espoir à ce combat massivement réprimé (551 morts et des milliers de personnes arrêtées d'après les ONG) !
Tourné au pays basque (à Saint Jean de Luz et à Biarritz), le long métrage d'Olivier Schneider, réalisateur et chef cascadeur (notamment dans des James Bond), nous offre plusieurs lectures d'un scénario a priori classique : le film de vengeance...
Lorsque Sofia (Naidra Ayadi) meurt dans un accident de voiture provoqué par un chauffard, sa fille Leïla (Sonia Faidi dont le charisme crève l'écran), n'a qu'une idée en tête : retrouver le jeune homme brièvement aperçu alors qu'elle s'extrayait elle-même difficilement de la voiture, pour lui faire payer son crime...
Car Leïla 17 ans, championne d'art martial, est une battante qui a hérité des gènes de sa mère : une orpheline recueillie dans un foyer d'enfants cassés auxquels la vie n'a jamais fait de cadeau...
A son réveil à l'hôpital, elle découvre deux hommes de l'âge de sa mère, que la directrice du foyer (toujours aussi formidable Anouk Grinberg) lui désigne comme faisant partie de la famille...
Gabriel dit Gab (Alban Lenoir également scénariste du film) et Idriss (Dali Benssalah), brouillés depuis leur départ de l’orphelinat, mènent des vies opposées : l’un est flic à l’IGPN, l’autre fixeur pour des voyous...
Habités l'un et l'autre par la violence, ils se regardent en chiens de faïence mais sont obligés de se rapprocher pour tenter de protéger Leïla, dès qu'ils se rendent compte qu'elle s'est emparée de l'arme de service de Gab...
Au-delà de la multiplication des cascades auxquelles participent les trois héros (dont une traversée spectaculaire des Halles de Saint Jean de Luz au volant d'un énorme 4x4), c'est les liens qui se tissent ou se retissent entre les deux hommes et la fille de la femme qu'ils aimaient qui est passionnant...
A voir même si vous n'aimez pas les films d'action, pour le jeu pluriel de ses acteurs et pour les décors sublimes de la côte basque où le cinéaste a passé ses vacances d'enfant !
Récompensé par le Grand Prix à Cannes, le dernier film du réalisateur danois et norvégien Joachim Trier nous invite à entrer dans l'histoire d'une famille marquée par le drame de la trahison d'un père qui a abandonné sa femme et ses filles pour poursuivre librement sa carrière de scénariste...
Joachim Trier a eu l’idée de ce film lorsque sa propre maison familiale a été mise en vente...
Lui et son équipe ont consacré beaucoup de temps à trouver la maison idéale à Oslo, demeure qui devait non seulement servir de décor, mais incarner physiquement la mémoire affective des personnages et refléter le poids des relations humaines, des non-dits et des secrets enfouis de génération en génération...
Lorsque la mère meurt, le père Gustav Borg (Stellan Skarsgard, 1m91, 74 ans, impressionnant de froideur et d'émotions contenues) revient et se heurte à l'hostilité de Nora (extraordinaire Renate Reinsve révélée dans Julie en 12 chapitres du même Joachim Trier), sa fille aînée devenue comédienne de renom, paralysée par le trac mais incapable d'envisager un autre métier...
Lorsque son père lui parle d'incarner le rôle principal d'une jeune femme suicidaire dans son nouveau film alors qu'il n'en a pas réalisé depuis 15 ans, Nora refuse catégoriquement et se mure dans sa douleur, ne trouvant de réconfort qu'auprès de sa jeune sœur Agnes (délicieuse Inga Ibsdotter Lilleaas) qui semble avoir trouvé son propre équilibre en fondant sa propre famille...
Impossible de raconter en détail la richesse de ce film qui dure 2 heures 14 et nous immerge dans ce drame dont les personnages progressent peu à peu vers la lumière d'un improbable pardon...
La présence d'Elle Fanning qui accepte de jouer le rôle refusé par Nora, rajoute une dimension à la confrontation entre le père revenu de Suède, auréolé de gloire, égotiste et vieillissant et la fille blessée qui a endossé la douleur de sa mère et s'est "oubliée" pour que sa sœur cadette puisse vivre une enfance épanouie...
Le film nous offre une rare réflexion sur les liens familiaux, des scènes magiques entre les deux sœurs et des échanges de regards et/ou des dialogues passionnants entre le père et la fille... sans oublier la maison qui est un personnage à part entière !
Alex Lutz, touché par la finesse sociologique et émotionnelle du roman Connemara de Nicolas Matthieu, a fait appel à deux magnifiques acteurs pour interpréter ce mélodrame social...
Sur une belle trame : issue d'un milieu modeste, Hélène (Mélanie Thierry) a quitté depuis longtemps les Vosges. Aujourd'hui, elle a la quarantaine. Un burn-out brutal l’oblige a quitter Paris, revenir là où elle a grandi, entre Nancy et Epinal. Elle s'installe avec sa famille, retrouve du travail… Un soir, sur le parking d’un restaurant, elle aperçoit un visage connu, Christophe Marchal (Bastien Bouillon), le bel hockeyeur de ses années lycées...
Multipliant les flash backs, Alex Lutz a opté pour une approche très subjective où les souvenirs arrivent par bribes : un regard, un détail , un bruit, une image floue... et nous perd dans une première partie un peu brouillonne où l'on a du mal à reconstituer la chronologie de l'histoire...
Lorsque Hélène et Christophe deviennent amants, il choisit deux registres : le rapport amoureux et la difficulté d'être un transfuge de classe, deux sujets qu'il entremêle et complexifie en ajoutant des scènes du passé des deux héros et de leurs familles respectives...
J'avais adoré les deux derniers films d'Alex Lutz Une nuit en 2023 et Le tableau volé en 2024 où l'acteur/cinéaste rivalisait de tendresse, de poésie et d'humour...
Malgré le talent de Bastien Bouillon et la sensibilité à fleur de peau de Mélanie Thierry, je trouve qu'Alex Lutz n'a pas retrouvé dans Connemara l'alchimie qui faisait de lui, un artiste original et délicat : sans doute s'est-il perdu dans la complexité de son scénario et dans sa volonté de démontrer le clivage entre les deux France : celle du haut et celle du bas...
Présenté en avant-première, le premier long métrage d'Isabelle Carré, adapté de son premier roman éponyme, a ému les très nombreux spectateurs du cinéma Sélect de Saint de Luz !
Isabelle Carré qui a une maison à Saint Jean de Luz a construit depuis 19 ans une véritable histoire d'amour avec ce cinéma et Xabi Garat son formidable directeur...
Devant une salle comble, elle s'est livrée aux questions émues de ses admirateurs, venus l'écouter raconter sa première expérience de réalisatrice et surtout commenter la genèse de son film, inspiré par les difficultés qu'elle a traversées durant son adolescence et surtout qu'elle a su sublimer en se lançant dans sa carrière théâtrale...
Le scénario se déroule dans les années 80 à l'hôpital Necker où sont "enfermés dans une camisole chimique", les jeunes gens qui ont cherché à attenter à leur vie...
Elle décrit leur triste quotidien surveillé par des soignants qui, à l'époque, ne savaient ni les écouter, ni les soigner : beaucoup de ces adolescents finissaient d'ailleurs en maison de correction...
Isabelle Carré nous informe et alerte le ministère de la Santé sur la déliquescence de la pédopsychiatrie en France qui n'arrive pas à faire face à la multiplication des mal-êtres de l'adolescence et plus particulièrement des jeunes filles d'aujourd'hui : le constat est alarmant car si les méthodes ont très favorablement évolué, aujourd'hui un jeune sur deux ne peut pas être pris en charge (délai de 6 mois à 2 ans) faute de médecins et de lits !
Les jeunes acteurs, tous formidables, ont été repérés grâce au savoir- faire des directrices de casting de la série En thérapie...
Isabelle Carré jeune est interprétée par la ravissante et expressive Tessa Dumont Janod dont c'est le premier rôle au cinéma , Judith Chamla interprète la mère, Bernard Campan le psychiatre surnommé par les patients "La gestapo", et Alex Lutz, toujours aussi formidable, le frère musicien d'Isabelle Carré aujourd'hui...
Le film, malgré son sujet, est à la fois léger et profond, la bande son imaginée par le frère d'Isabelle Carré formidable de justesse et Isabelle Carré elle-même nous touche, comme dans chacune de ses interprétations par sa sensibilité à fleur de peau, son authenticité et son courage ! Et son interprétation du tube La symphonie des éclairs de Zaho de Sagazan !
Comme elle le dit, Emmanuel Macron a décrété 2025 : l'année de la santé mentale mais rien de concret n'a été ni réalisé ni même planifié sur ce sujet ô combien essentiel pour notre société !
Un film à voir absolument à sa sortie le 12 novembre !
Enfin un peu de tendresse dans ce monde de brutes !
Le film du réalisateur islandais Baltasar Kormákur Samper, adapté du roman Snerting d'Olafur Johann, nous embarque durant deux heures dans l'histoire d'un émouvant amour perdu...
Le film commence en Islande devant le paysage somptueux d'un immense iceberg que contemple Kristofer (Egill Olafson d'autant plus touchant dans son interprétation qu'il a découvert au début du tournage qu'il était atteint des premiers signes de la maladie de Parkinson), un septuagénaire au regard doux et mélancolique...
Délaissant les conseils de sa fille et les recommandations de son médecin, Kristofer entreprend un voyage vers le passé en se jouant des frontières qui se ferment peu à peu face à l'arrivée du Covid... et se retrouve dans un premier temps à Londres à la recherche de ce petit restaurant japonais où son histoire d'amour avec la délicieuse Miko a commencé il y a cinquante ans...
Le scénario nous fait voyager très habilement dans les souvenirs de cet homme qui ne s'est pas vraiment remis de la disparition soudaine de Miko...
Interprété par un acteur talentueux, Palmi Kormakur, qui n’est autre que le fils du réalisateur, le jeune Kristofer qui suit de brillantes études, va les délaisser pour embrasser la délicatesse de la culture japonaise en devenant cuisinier sous la férule du père de Miko...
Je ne vous raconterai pas le film car il faut vraiment aller le voir pour partager les émotions de cet homme qui va peu à peu comprendre les ressorts de son histoire entrecroisés avec la grande Histoire du Japon...
Les personnages japonais sont fascinants dans leur opacité et même le gérant de l'hôtel londonien nous fait sourire tant il est british...
Sans trahir la fin de l'histoire, Kristofer croise un autre "géant" cousin de l'iceberg qu'il voit de sa maison en Islande lors d'un voyage en train et cette image furtive nous fait entrevoir que sa quête va peut-être connaître une issue heureuse !
Confidente est le quatrième long-métrage du couple franco-turc, Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, après Noor (2012), Ningen (2013) et Sibel (2018).
Ankara, 1999. Arzu (extraordinaire Saadet Isil Aksoy) enchaine les appels tarifés dans le call center érotique où elle travaille. Quand un séisme soudain frappe Istanbul, un jeune homme avec lequel elle était en ligne est pris au piège sous des décombres et la supplie de le sauver. Après une première partie linéaire qui nous fait participer à la journée de travail de ces femmes contraintes d'exercer ce métier le plus souvent par nécessité, le scénario prend un tournant dramatique et emberlificoté, multipliant des scènes pas toujours explicites pour le spectateur qui tente de suivre les différentes péripéties auxquelles sont confrontés les différents personnages...
Oeuvre féministe, Confidente est également un film à charge contre la lâcheté et la veulerie du patriarcat au pouvoir en Turquie...
Malgré une courte durée (1h16) et une interprète dont le visage est magnifiquement filmé, le spectateur ressort de la projection avec plus de questions que de réponses, mais pourquoi pas !
A chacun(e) de reconstituer la trame de l'histoire, derrière les voix entendues au téléphone ou derrière les portes !
Personnellement j'avais adoré Sibel (voir ma critique) et j'ai trouvé Confidente beaucoup moins subtil dans la description de la société turque...