Dans son dernier film ô combien bavard, Olivier Assayas nous parle des changements technologiques qui impactent ou non le monde de l'édition et ses acteurs... et multiplie les lieux communs
Léonard (Vincent Macaigne à l'aise dans un rôle de paumé à son image), est un écrivain empêtré dans l'autofiction qui se voit refuser son dernier manuscrit par son ami et éditeur Alain (Guillaume Canet)
Alain vit avec Séléna (Juliette Binoche qui ne prend même plus la peine de se coiffer !), héroïne d'une série à succès dont elle aimerait bien sortir...
Léonard vit avec Valérie (Nora Hamzawi), une attachée parlementaire qui aime son mari envers et contre tout !
Léonard et Séléna sont amants !
Tout ce petit monde se reçoit, papote, se trahit, s'utilise...
Les acteurs visiblement s'amusent et ne craignent pas d'interpréter des rôles antipathiques avec un humour qui personnellement ne m'a pas fait rire ?!
Bref, comme vous l'avez compris, je ne rejoins pas le concert d'éloges unanime des critiques !
Avec ce film, Hu Bo a réalisé son premier et unique long métrage adapté d'une de ses nouvelles...
Unique puisque le jeune réalisateur de 29 ans s'est donné la mort alors que la post-production était à peine achevée !
Oeuvre testamentaire de près de 4 heures, le film décrit un quatuor que le destin réunit à la suite d'une altercation entre deux jeunes lycéens...
Plongés dans le brouillard persistant de cette ville industrielle de la Chine du Nord, les 4 anti-héros sont comme englués dans un destin poisseux, aggravé par la déshérence sociale et la violence des rapports familiaux...
La journée de Yu Cheng, jeune caïd mélancolique, commence avec le suicide de son meilleur ami qui l'a découvert dans les bras de sa femme...
Wei Bu, jeune lycéen en rupture de ban familial, tient tête à un de ses condisciples qui le harcelait puis s'enfuit après l'avoir envoyé valdinguer mortellement dans les escaliers...
Son amie Huang Ling accuse le choc de la révélation dans les réseaux sociaux de sa liaison avec le proviseur adjoint et décide de quitter une mère maltraitante...
Quant à Wang Jin, grand père retraité, que Wei Bu rencontre fortuitement lors de ses errances, il refuse de laisser son appartement à son fils et à sa belle fille qui le verraient bien s'installer en maison de retraite...
La gaieté n'est pas de mise dans ce film qui parle d'humiliation, de mort, de chantage et de corruption dans un décor tout aussi déglingué que les personnages...
Que cette Chine est laide et glauque et violente tant dans les mots échangés que dans les coups qui partent à la moindre occasion...
Il reste le rêve de s'enfuir vers Manzhouli où l'éléphant du cirque reste assis sur ses fesses toute la journée, comme la promesse d'un Bouddha ?
Un film à voir pour entendre les témoins de la Chine contemporaine... mais à condition d'avoir le moral !
Beaucoup de bons films cette année... mais surtout des films étrangers : japonais, coréen, polonais, américain, britannique, singapourien... mais de mon point de vue peu de films français ?
Je vous propose mon classement subjectif mais sincère, qui fait la part belle aux témoignages plus ou moins autobiographiques mais pas que...
Des univers qui nous font voyager (Cold war), qui nous interpellent (Three billboards/En guerre), nous émeuvent (Une affaire de famille), nous émerveillent (Phantom Thread) et nous font saliver (La saveur des ramen)...
1. Une affaire de famille : Kore-Eda remporte la palme d'or 2018 et nous séduit encore après Tel père tel fils et The third murder
2. Three billboards, les panneaux de la vengeance : un portrait au vitriol de l'Amérique profonde
3. Phantom thread : un magnifique film cousu main pour Daniel Day Lewis
4. Cold war : le réalisateur d'Ida nous offre une somptueuse adaptation en noir et blanc de la vie de ses parents
5. En guerre : Vincent Lindon crève l'écran dans un rôle de syndicaliste engagé
6. My lady : Emma Thomson nous fascine dans la robe d'une juge proche de la retraite, confrontée à l'une des décisions les plus difficiles de sa vie
7. La saveur des ramen : un beau film singapourien sensuel à déguster sans modération
8. Première année : après Hippocrate et Médecin de campagne, Thomas Lilti poursuit avec talent son témoignage sur les réalités du monde médical
9. The spy gone north : un film d'espionnage coréen sur fond de trame historique, servi par de brillants acteurs
10. Le grand bain : Gilles Lellouche signe une comédie subtile qui fait l'éloge de la solidarité
Et aussi : La révolution silencieuse (une passionnante page d'histoire allemande), Katie says goodbye (une actrice lumineuse dans un univers proche de Bagdad Café), Lady bird (le premier film très réussi de Greta Gerwig), Nos batailles (une jolie fable sociale avec un Romain Duris très juste), Burning (un scénario à la Jules et Jim pour dénoncer le chômage des jeunes coréens), Une pluie sans fin (un premier long métrage saisissant sur la Chine des années 90), Au poste (un cocktail d'humour franco-belge)...
Sébastien Marnier a adapté le roman de Christophe Duffossé (2002) pour nous raconter l'histoire de Pierre (excellent Laurent Lafitte), un professeur de français chargé de remplacer le titulaire qui vient de se suicider sous les yeux de sa classe d'une douzaine de surdoués...
Ces enfants de troisième très matures pour leur âge, ne croient plus au progrès mais seulement à l'imminence de catastrophes écologiques, sanitaires ou terroristes...
Très vite contesté par ses élèves, le professeur qui se cherche toujours personnellement à 40 ans, tente de remplir son rôle !
Doit-il être leur référent voire leur protecteur, ce qu'ils refusent ou au contraire garder sa lucidité pour tenter de suivre leur apparente obstination dans la réalisation d'un projet qu'il devine et redoute...
Faisant écho au Ruban blanc, au Cercle des poètes disparus et au Village des damnés, le scénario donne la chair de poule !
Inspiré par Shakespeare in love, Alexis Michalik a eu l'idée d'inventer les coulisses de la gestation d'un des plus grands succès théâtraux français : Cyrano de Bergerac...
Ne trouvant pas de producteur pour son projet au cinéma, il décide d'adapter son scénario au théâtre et remporte 5 Molière en 2017...
Aujourd'hui grâce au succès de la pièce, il réussit à financer l'adaptation cinématographique d'Edmond et nous raconte l'histoire de ce poète de 30 ans qui se débat pour créer "son" chef d'oeuvre...
Le réalisateur est parti à Prague pour filmer le Paris de la fin du XIXe siècle et les décors sont très réussis...
Une mise en scène alerte, une distribution parfaite avec l'excellent Thomas Solivérès dans le rôle titre, Olivier Gourmet qui se délecte dans l'interprétation de Constant Coquelin qui fut le premier à porter le nez de Cyrano, Tom Leeb qui campe un Léo très actuel, Mathilde Seignier qui semble beaucoup s'amuser dans le rôle de Roxane (Maria Legault) de même que Clémentine Célarié dans celui de Sarah Bernhardt... que demander de plus à un film de divertissement !
Ryûsuke Hamaguchi le réalisateur de Senses, adapte un roman de l'écrivaine Tomoka Shibasaki pour nous conter l'histoire d'une ravissante japonaise Asako (Erika Karata) amoureuse de Baku (Masahiro Higashide), un jeune homme fantasque qui soudain disparaît de sa vie...
Complètement désemparée Asako quitte Osaka pour Tokyo où elle fait la connaissance de Ryohei (également interprété par Masahiro Higashide), un homme au tempérament différent de Baku mais qui lui ressemble trait pour trait physiquement...
Fascinée Asako va se laisser séduire mais à l'inverse de James Stewart dans Vertigo, elle va tenter d'oublier Baku pour mieux aimer Ryohei !
Quand Baku refait surface dans sa vie, Asako semble flotter entre deux rives, n'arrivant plus à faire la différence entre le rêve et la réalité...
Le film fascine pour ses personnages mais également pour la description de la société japonaise d'aujourd'hui qui, sous couvert d'une politesse intemporelle cache une violence distanciée des rapports humains !
La critique est unanime pour saluer le second long métrage de Louis Garrel !
Très narcissique, le réalisateur incarne Abel un jeune trentenaire dont le cœur balance entre deux femmes...
Marianne (Laetitia Casta), avec laquelle il vit depuis 3 ans, lui annonce un beau matin qu'elle est enceinte... de Paul un ami d'Abel... qu'elle va épouser dans 10 jours...
Au lieu de questionner, de se rebeller, Abel quitte quasiment sur le champ l'appartement de Marianne ?!
Dix ans passent, Abel retrouve Marianne à l'enterrement de Paul : il rencontre son fils Joseph qui accuse sa mère d'avoir tué son père et Eve (Lily-Rose Depp) la jeune sœur de Paul, secrètement amoureuse d'Abel depuis son enfance...
Tout ce petit monde marivaude à l'envie, joue avec les sentiments de l'autre, lance de fausses pistes mais tout est feutré et aucun rebondissement n'a de véritable importance...
Pour sa première réalisation, le comédien Paul Dano adapte le roman Une saison ardente de Richard Ford qui se déroule dans le Montana durant l'été 60...
Nous suivons peu à peu le naufrage d'un couple à travers le regard de Joe leur fils de 14 ans (formidable Ed Oxenbould) !
Paul Dano reconstitue à merveille le contexte de l'époque et nous plonge dans les immensités du Montana alors menacé par d'immenses feus de forêt (déjà !)
Il confie les deux principaux rôles à deux grands acteurs : Carey Mulligan est touchante de fragilité dans le rôle de Jeanette qui a abandonné ses rêves de reine de beauté et son métier d'enseignante pour s'occuper de son mari et de son fils - quant à Jake Gyllenhaal (Jerry), il incarne en tout point le mâle américain de cette époque, macho, primaire et incapable de trouver sa place dans la société après ses premières gloires footballistiques...
Quand Jerry se fait renvoyer par le président du golf parce qu'il est trop proche de ses clients, il refuse tout d'abord d'envisager tout job alimentaire et finit par s'engager sur un coup de tête comme pompier volontaire à un dollar l'heure...
Dès cet instant, Joe assiste impuissant à la dérive post-adolescente de ses parents qui n'arrivent plus à communiquer et s'éloignent l'un de l'autre irrémédiablement...
Le film est à la fois fascinant mais trop "mou" et trop lent pour pleinement nous convaincre et nous faire adhérer à ce drame familial qui parait très daté !
Après Tel père tel fils qui avait eu le prix du jury à Cannes en 2013, Hirokazu Kore-Eda a reçu la palme d'or en mai dernier pour Une affaire de famille...
Le réalisateur japonais poursuit avec bonheur son questionnement sur la famille et les liens du sang, en y ajoutant une dimension socio-économique qui semble agacer le gouvernement japonais qui ne s'est pas réjoui de cette récompense...
La famille Shibata (la grand mère, la mère, le père, la tante et le fils) vivent de petits délits qui viennent compléter les maigres revenus de la famille qui profite surtout de la retraite de la grand mère !
Devenus des experts du vol à l'étalage, le père et le fils croisent un soir Juri, une petite fille de 5 ans que ses parents maltraitent...
N'écoutant que leur cœur, Osamu (formidable Lily Franky) et son fils Shota recueillent l'enfant qui se laisse peu à peu apprivoiser par cette étrange famille...
Le scénario habile et réaliste nous fait partager le quotidien de cette tribu qui cohabite dans une petite maison perdue au milieu d'une banale cité moderne : des repas chaleureux pris en commun, des discussions animées, le plaisir d'entendre un feu d'artifice lointain, une virée exceptionnelle à la mer...
Quand Shota finit par se faire arrêter, la vie de la famille bascule révélant la construction et les moyens de subsistance de cette famille recomposée qui résiste à sa façon à l'uniformisation moderne...
Les acteurs adultes et enfants sont tous merveilleux de naturel et plus particulièrement la grand mère Hatsue incarnée par Kirin Kiki, une formidable actrice décédée peu après le tournage du film...
Un film à la fois poignant et gai, un film à voir assurément !
Guillaume Nicloux nous transporte dans une époque méconnue de notre histoire : l'immédiat après-guerre dans l'Indochine française...
Le 9 mars 1945, les troupes japonaises attaquent par surprise l'administration coloniale française : trois mille français seront tués en 48 heures...
Robert Tassen, un jeune militaire (Gaspard Ulliel) voit son frère et sa belle soeur se faire massacrer sous ses yeux... Rescapé par miracle, il jure de se venger de Vo Binh, un lieutenant sanguinaire de Ho Chi Minh, qu'il tient pour responsable de la tuerie...
Le réalisateur nous entraîne sur les pas de ce survivant qui poursuit la guerre face à des ennemis invisibles qui se terrent dans la jungle poisseuse et s'affirme peu à peu comme meneur d'une petite unité qui tente d'oublier l'absurdité de ce combat insensé en se perdant dans l'alcool, l'opium et le sexe...
La violence cède le pas de brefs instants pour raconter l'illusion d'une histoire d'amour avec Meï, une jeune prostituée ou celle aussi peu probable d'une amitié filiale entre Robert et Saintonge, un écrivain français (Gérard Depardieu) qui noie son chagrin d'avoir perdu son fils sur les champs de bataille français en buvant du cognac...
Un film étrange, à la fois hyperréaliste et fantasmagorique, au découpage un peu mal fichu, des personnages fous... une atmosphère unique !