Le réalisateur chilien Giordano Gederlini nous plonge dans les friches industrielles de Bruxelles, où une bande de braqueurs échangent balles et grenades pour récupérer un butin qui remplit le coffre d'une voiture...
Leo Castaneda (Antonio de la Torre fiévreux) a quitté Madrid pour Bruxelles où il conduit le métro de la ligne n°6 : quand il aperçoit une silhouette sur le bord du quai, il n'a pas le temps de freiner pour empêcher la fatale collision...
Le scénario haletant nous livre peu à peu des éléments de l'histoire qui lient cet homme dur et douloureux à son fils qu'il n'a pas vu depuis deux ans...
Leo Castaneda va donner du fil à retordre au commissaire incarné par Olivier Gourmet) et à sa fille Virginie (Marine Vacth) chargée de l'enquête : les précédant à chaque étape de l'investigation, il va dévoiler la complexité de son personnage au fil des échanges qui vont violemment l'opposer aux différents protagonistes...
Un rythme soutenu pour ce polar à la mise en scène efficace où flics et voyous semblent englués dans leurs questionnements existentiels...
El buen patron, le 13ème film du réalisateur espagnol Fernando Leon de Aranoa a été récompensé par six Goya, l'équivalent des César, pour les catégories suivantes : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur scénario, meilleur montage et meilleure musique !
Juan Blanco (formidable Javier Bardem), héritier quinquagénaire d'une PME de balances, a décidé de mobiliser tout son personnel pour que son entreprise remporte un convoité prix local d'excellence industrielle...
Hélas, durant cette semaine "horribilis", tout semble se liguer contre le patron qui doit faire face à un ex-employé viré qui campe devant l'usine en protestant bruyamment, réconforter le responsable de la production (Manolo Solo) qui, déprimé par l'infidélité de sa femme, multiplie les erreurs de commande et met en danger la chaine de fabrication, déjouer les agissements d'une stagiaire sexy interprétée par la malicieuse Almudena Amor..
Le très habile scénario traite sur le ton de la comédie une multitude de thèmes relatifs à la gestion d'une entreprise familiale et de ses employés : la fidélité transgénérationnelle, le licenciement, le patriarcat, la place des immigrés, la distribution des gratifications selon le bon vouloir de la Direction...
Si Javier Bardem est de tous les plans et crève l'écran, il laisse toutefois la place aux autres personnages du film qui constituent autant de figures subtiles et évocatrices d'un cruel microcosme économico-familial : le gardien de l'usine, le vieux et fidèle ouvrier, les épouses des protagonistes dont la femme de Blanco qui, volontairement ou non jette les bases d'une hilarante séquence finale !
Une critique toute en finesse des faux semblants du paternalisme !
Michel Leclerc retrouve dans ce film ses sujets de prédilection comme les relations entre les différentes classes sociales et l'héritage familial mais surtout il a pu s'adonner à sa passion pour la musique puisqu'il a lui même écrit les textes de toutes les chansons et la musique de deux d'entre elles...
Il nous raconte l'histoire de Marcia (formidable Rebecca Marder), jeune chanteuse au profil de Pomme qui a l'ambition de composer un album avec Daredjane : Judith Chemla méconnaissable dans les deux âges de la vie d'une vieille gloire du rock...
Enfermées dans l'appartement musée de Daredjane dans l'île Saint-Louis, les deux chanteuses s'apprivoisent et se complètent dans des morceaux aux accents nostalgiques et acidulés...
Lorsque Daredjane usée par les excès décide de disparaitre, Marcia se retrouve face à Anthony (Félix Moati caricatural), héritier ayant droit de sa grand-tante qu'il déteste sans la connaître, par tradition familiale...
Tout oppose la délicate Marcia qui vit sur une péniche avec Ivry sa conjointe sculptrice et le beauf Anthony, placier dans un marché de la périphérie parisienne qui se déhanche sur la musique de DJ survoltés entre deux scènes de lit...
Alignant les clichés, le film avance cahin caha entre enregistrements en studio, rendez-vous avec les responsables de la SACEM ou avec les agences de pub qui souhaitent exploiter le catalogue de Daredjane et d'improbables scènes "romantiques" entre les deux héros...
Heureusement que Rebecca Marder est ravissante et chante bien sinon l'ennui serait total !
Fasciné par les exhibitionnistes émotionnels, le réalisateur suédois Magnus von Horn qui vit aujourd'hui en Pologne, s'est inspiré d'un profil découvert sur Instagram pour réaliser son film...
N'ayant pas réussi à joindre la jeune femme, coach sportive et influenceuse, dont il voulait raconter l'histoire, il a confié le rôle de Sylwia à la lumineuse actrice Magdalena Kolesnik qui s'est formée au cardio-training et s'est pliée au jeu des réseaux sociaux dont elle n'était pas coutumière...
On la découvre coiffée d'une queue de cheval, moulée dans un justaucorps rose fluo et équipée d'un micro, en démonstration devant une foule enthousiaste de gymnastes amateurs qu'elle coache d'une voix bienveillante et énergique...
C'est le succès pour Sylwia qui poste chaque jour pour ses 600 000 followers des vidéos d'elle : se préparant une boisson énergisante ou se réveillant au rythme d'une tonique chorégraphie...
Sylwia vit seule avec son chien et sa journée est rythmée par une discipline d'enfer car elle se doit de ne pas décevoir...
Habilement, le film nous fait découvrir au détour de chaque scène le revers de la médaille de la notoriété : Sylwia est accueillie par les flashs quand elle se rend dans une boîte de nuit mais elle se retrouve seule sur le dance floor... Ses followers lui envoient des likes mais elle est harcelée par un horrible bonhomme qui a décidé de squatter son parking pour mieux se rapprocher d'elle... Elle se prépare pour l'anniversaire de sa mère pour que tout soit parfait mais ce faisant, elle accentue le décalage qui s'est créé entre elles...
Loin de dénoncer les réseaux sociaux dont il illustre le côté inclusif et la vacuité existentielle, le réalisateur nous attache aux pas de Sylwia qui se montre tour à tour superficielle et profonde, adulée et désespérément seule, distante, maladroite mais humaine, si humaine...
A voir assurément malgré quelques longueurs et une scène aux urgences un peu trop démonstrative !
Après leur critique du monde littéraire dans Citoyen d'honneur (2016), les deux réalisateurs argentins Mariano Cohn et Gaston Duprat s'attaquent au milieu du cinéma pour en traquer les faux semblants...
Humberto Suarez, un vieil homme d'affaires milliardaire en mal de reconnaissance, décide de faire un film pour laisser une empreinte dans l'Histoire. Il engage alors les meilleurs : la célèbre cinéaste Lola Cuevas (magistrale Penelope Cruz), la star hollywoodienne Félix Rivero (Antonio Banderas) et le comédien de théâtre radical Ivan Torres (Oscar Martinez)...
Pour adapter le livre dont Humberto a acheté les droits à prix d'or et pour réussir à faire jouer ensemble les deux acteurs que tout oppose, Lola se lance dans des répétitions avant d'entreprendre le tournage à proprement parler...
Structuré autour de chacune de ces répétitions qui se succèdent de manière quasi autonome avec leur propre conclusion, le film constitue un cours magistral sur la manière dont un réalisateur et des comédiens "construisent" l’émotion du spectateur...
Dans un immense bâtiment futuriste quasiment vide, l'excentrique Lola impose sa vision de la création artistique à un Félix plutôt coutumier du cabotinage et à un Ivan qui a du mal à se défaire de son attitude professorale...
Malgré quelques moments de bravoure, le film peine à trouver son rythme et paradoxalement à faire naître l'émotion...
On passe un moment plaisant, on regarde avec amusement ces trois bêtes de scène mais on reste à l'extérieur du projet comme s'il ne s'adressait qu'à des professionnels de l'industrie cinématographique...
Don Juan incarné par Tahar Rahim n'est plus l'homme qui séduit toutes les femmes mais un homme abandonné par Julie (formidable Virginie Efira), la femme qu'il aime...
Mais l'aime-t-il vraiment cette femme alors qu'il ne peut s'empêcher de suivre des yeux les silhouettes féminines qui croisent son chemin ?...
C'est la question que doit se poser Julie qui le fait attendre dans la salle des mariages et qui retourne sur ses pas quand elle le surprend à regarder une autre femme alors qu'il la cherche des yeux...
Dès cet instant, le ton est donné...
Face à cet homme un peu veule, Julie mène le jeu, se cache derrière toutes les femmes, tour à tour séductrice, faussement détachée, cassante, joyeuse, castagneuse... en un mot impériale !
Quand le scénario se déplace à Granville où Laurent doit incarner Don Juan de Molière et quand Julie arrive pour remplacer au pied levé une comédienne débutante mais défaillante dans le rôle d'Elvire, on se prend à espérer que Laurent / Don Juan saura à nouveau séduire et "garder" Julie / Elvire... Hélas...
Le scénario languissant à l'image de Laurent a du mal à captiver le spectateur d'autant qu'il nous faut endurer les dialogues chantés qui émaillent les rencontres entre les différents personnages...
Une bonne idée, une actrice merveilleuse mais à l'arrivée un film sans grande émotion alors qu'il s'agit d'une histoire d'amour !
Arnaud Desplechin revient dans son dernier film sur ses thèmes favoris : la famille, le deuil et Roubaix sa ville natale...
Fiévreux, défaits, en colère... les deux héros : Alice (Marion Cotillard toujours sur le fil) et Louis (Melvil Poupaud inquiétant de violence à fleur de peau), fâchés depuis 20 ans sont contraints de se revoir au chevet de leurs parents qui ont été victimes d'un terrible accident de voiture...
Le film démarre sur le décès du jeune fils de Louis puis se cristallise sur cette famille toxique : mère autoritaire, père absent... dans laquelle les trois enfants (le petit dernier est homosexuel) ont tenté de se faire une place et de se construire tant bien que visiblement mal...
On ne saura pas pourquoi ces deux-là : elle comédienne à succès, lui poète hanté par sa soeur... se haïssent... les dernières scènes laissant entrevoir toutefois une hypothèse...
De rares moments de tendresse durant tout le film qui est tendu, âpre comme ses protagonistes et curieusement assez linéaire tant il n'est question que de relations conflictuelles...
On ressort du film un peu essorés, séduits par le jeu des acteurs mais bizarrement mal à l'aise devant un tel mal de vivre qui touche toutes les générations...
Un film qui devrait ravir les tenants de la psychanalyse transgénérationnelle !
D'abord série à succès en 10 épisodes, les deux films du réalisateur japonais Kôji Fukada sont une adaptation du manga The Real Thing de Mochiru Hoshisato.
Le long métrage monté en dyptique tente de cerner le personnage de Ukiyo (Kaho Tsuchimura), qui se dérobe à tous les hommes qui en tombent éperdument et désespérément amoureux...
Le premier film démarre sur la rencontre dans les rayons d'une supérette entre Ukiyo et Tsuji (charmant Shosei Uno), employé dans une entreprise qui commercialise des jeux et des feux d'artifice...
Intrigué par la jeune femme qui lui a demandé son chemin, Tsuji va suivre sa voiture du regard et lorsque Ukiyo n'arrive pas à faire redémarrer sa voiture coincée sur un passage à niveau, il va se précipiter à son secours...
Mais ce n'est pas la seule fois où Tsuji va devoir jouer les chevaliers servants car Ukiyo, apparemment désarmante de naïveté, a le don pour s'attirer petits et gros problèmes...
Tiraillé entre sa supérieure Mme Hosokawa avec laquelle il a une liaison et une de ses jeunes collègues Minako qui de tente de lui mettre le grappin dessus, le jeune homme aux allures de gendre idéal va "craquer" pour cette intrigante et douce jeune femme dont le destin ne cesse de croiser le sien entre deux disparitions...
Le deuxième film inverse le récit et s'attache aux pas de Ukiyo qui tente de retrouver la trace de Tsuji qui, licencié de son poste, a disparu à son tour...
Le scénario enrichi de nombreux personnages secondaires, nous fait tour à tour sourire, nous agacer tout en nous faisant adopter le parti de l'un puis de l'autre...
Un portrait tout en finesse de la société japonaise où les employés tentent de trouver leur place tant sur le plan social que sur le plan sentimental, entraînés malgré eux dans le jeu capitaliste où patrons et yakuzas sont liés dans la recherche du profit !
Le film du réalisateur allemand Marco Kreuzpaintner est adapté du roman éponyme de Ferdinand von Schirach publié en 2011.
L'auteur du livre, lui-même avocat, est le petit-fils de Baldur von Schirach, dirigeant nazi condamné au tribunal de Nuremberg.
Le film démarre sur l'assassinat à Berlin en 2001 de Jean-Baptiste Meyer, un grand industriel allemand, par un homme massif et taiseux dont on découvre très vite l'identité : Fabrizio Collini (Franco Nero)...
Commis d'office pour sa défense, le jeune avocat Caspar Leinen (excellent Elyas M'Barek) découvre avec stupeur que la victime est en réalité Hans Meyer, le père de substitution qui l'a accueilli et qui lui a permis de faire ses études de droit...
Écueil supplémentaire, le présumé coupable qui ne s'est pas défendu du crime, refuse obstinément de parler...
Caspar Leinen est stupéfait d’apprendre au cours du procès que l’arme du crime est un modèle rare utilisé par la Whermacht durant la guerre : le même qu’il se rappelle avoir vu caché chez Hans Meyer lorsqu’il était enfant. Il sollicite une suspension du procès, au cours de laquelle il demande à son père biologique de dépouiller les archives militaires sur Hans Meyer pendant que lui-même va enquêter à Montecatini, le village de Collini, dans la province de Pise... où il va trouver la raison qui a poussé le vieil italien à commettre le meurtre...
De rebondissements historiques en éclaircissements législatifs, le procès est passionnant tant sur le plan psychologique que dans l'analyse des rapports de force entre les différents personnages : Caspar Leinen, Richard Mattinger (Heiner Lauterbach), avocat de la partie civile et ténor du barreau, la présidente de la cour d'assises, la petite-fille de Hans Meyer (le premier amour de Caspar) et les témoins de dernière minute...
Le scénario mêle habilement trois temporalités : Berlin 2001, lors du procès, Montecatini 1944, village martyrisé par les Waffen SS et les années 80 qui ont vu grandir Caspar dans la belle maison des Meyer... et dénonce le cynisme de l'establishment allemand de la fin de la guerre aux années 2000...
Réalisé dans la même veine de repentance mémorielle que le Labyrinthe du silence réalisé en 2014 par Giulio Ricciarelli, le film s'inscrit dans l'actualité brûlante de la guerre contre l'Ukraine !
Michel Hazanavicius souhaitait depuis longtemps réaliser une comédie se déroulant sur un tournage de film : dans "Coupez", remake du film japonais Ne coupez pas ! (sorti en France en 2019), sa bande de copains acteurs s'en donnent à cœur joie !
Présenté hors compétition au 75e festival de Cannes dont il a fait l'ouverture, le film réunit Romain Duris (réalisateur du film), Bérénice Béjo (la femme du réalisateur, maquilleuse qui viendra au secours de la distribution défaillante), Grégory Gadebois (acteur alcoolique), Finnegan Oldfield (acteur rôle principal et empêcheur de tourner en rond), Lyes Salem (co-producteur du film), Jean Pascal Zadi (compositeur), Simone Hazanavicius (fille de et fille de Bérénice et Romain)...
Le réalisateur souhaitait rendre hommage aux réalisations cinématographiques à petit budget et nous montrer le making of d'un film en train de se faire, en l'occurrence un film de zombies où l'hémoglobine coule à flots et où tous les coups de hache sont permis...
A l'arrivée une belle énergie, quelques moments franchement drôles, des longueurs et surtout une accumulation de gags douteux, scatos et gore qui plombent le scénario par ailleurs très inventif !