Le film de Guillaume Brac, sorti directement sur le petit écran et visible sur Arte.tv, sera diffusé en salles vers la mi-juillet !
Le réalisateur nous fait partager les émois amoureux d'un groupe de vingtenaires qui se retrouvent par le plus grand des hasards, à partager une semaine de vacances dans la Drôme provençale...
L'histoire commence à Paris lorsque Félix (formidable Eric Nantchouang) rencontre Alma (Asma Messaoudene) lors d'un bal sur les quais de Seine...
Quand Alma s'enfuit au petit matin pour rejoindre ses parents dans la Drôme, Félix décide de la suivre et entraîne son meilleur ami Chérif (tout aussi formidable Salif Cissé) dans l'aventure... qui démarre dans la blablacar conduite par Edouard (Edouard Sulpice)...
Rien ne se passe évidemment comme prévu et Guillaume Brac nous séduit en peignant à petites touches sensibles le portrait de cette jeunesse black et blanche où le milieu social sépare plus que la couleur de la peau...
Totalement immergés dans la magie de l'été et le miroitement de la rivière, nous sourions devant les tentatives de séduction de Félix, la gentillesse de Chérif qui "adopte" un bébé pour être plus proche de sa jolie maman délaissée par un mari absorbé par son travail et la transformation d'Edouard qui ose s'affirmer loin du regard despote de sa riche mère !
L'acteur Viggo Mortensen cherche à nous émouvoir à travers un scénario inspiré de son histoire personnelle, en nous racontant les difficiles relations entre un père atteint de démence sénile et un fils qui n'a pas suivi l'exemple paternel...
Le père Willis est odieux, misogyne, homophobe, scatologique... et Lance Henriksen qui incarne le rôle, se complait visiblement dans cette figure de vieillard atrabilaire au point de rarement moduler son jeu...
Le fils John incarné par Viggo Mortensen, subit avec fatalité les rebuffades, les reproches permanents, les injures et le comportement inadmissible de ce père qu'il a autrefois admiré puis haï quand ses parents se sont séparés...
On comprend petit à petit, au rythme des flashbacks, comment s'est tissé le lien entre ces deux hommes si diamétralement opposés mais le film est long (1h53) et toutes les scènes convenues : le méchant vieil homme n'en fait qu'à sa tête et se met toute la famille à dos !
Dommage qu'il faille attendre la fin du film pour que le fils se rebelle enfin et qu'une lueur d'intérêt s'allume dans le regard du père...
Je me suis bien évidemment précipitée au cinéma le jour de la réouverture le 19 mai !
Pour voir ADN le dernier film de Maïwenn qui n'avait eu droit qu'à trois jours de diffusion lors de sa sortie !
La réalisatrice signe ici un film très personnel qui interroge sur les origines : qui sommes nous ? L'enfant de nos parents ? L'enfant d'une famille ? L'enfant d'une tradition partagée ou fantasmée ?
Emir (formidable Omar Marwan), émigré algérien très bien intégré en France, est le pilier d'une famille aux bords de la crise de nerfs composée de deux filles dont Caroline (Fanny Ardant), de nombreux petits enfants dont Neige (Maïwenn) et arrière petits enfants dont Kevin (Dylan Robert)...
Maïwenn nous fait partager les derniers jours d'Emir en maison de retraite, les visites de la famille, le cadeau d'un livre souvenir pour tenter de lui faire retrouver la mémoire des jours heureux...
A la mort d'Emir, Neige va plonger dans une profonde crise identitaire qui va l'amener à prendre ses distances avec ses parents qu'elle juge toxiques, à commander une étude ADN pour se raccrocher à son grand père et surtout à demander sa nationalité algérienne !
Filmée à fleur de peau, Maïwenn est de tous les plans !
Un film à voir pour célébrer la réouverture des cinémas et partager les émotions de la réalisatrice !
Difficile d'établir un véritable classement en cette année 2020 où les salles de cinéma ont été fermées cinq mois sur douze !
Mais comme le cru 2020 était de très bonne qualité, j'ai décidé de vous parler des deux films que j'ai préférés parmi ceux que j'ai vus et de mes coups de cœur !
Le "Masque et la plume" vont nous régaler en janvier du palmarès des auditeurs de France Inter
Pour ma part, j'ai voté pour "Adieu les cons" comme meilleur film français et pour "Scandale" comme meilleur film étranger
Dans "Adieu les cons", réalisé et interprété par Albert Dupontel, le réalisateur mêle adroitement l'absurde et des scènes plus intimistes pour dénoncer la terrible solitude des individus face à la toute puissance du système sécuritaire qui envahit jusqu'à nos sphères personnelles
Dans "Scandale", le réalisateur américain Jay Roach dénonce avec talent et férocité le système de harcèlement sexuel mis en place par Roger Ailes, le patron de Fox News qui fut finalement accusé et confondu par ses victimes !
A la relecture de mes différentes critiques, je me suis aperçue que de nombreux films sortis en 2020 célèbrent des femmes "puissantes"
A ce titre, voici mes coups de cœur :
- "Blackbird" de Roger Michell avec une extraordinaire interprète en la personne de Susan Sarandon qui campe avec talent la relation d'une mère en phase finale de maladie dégénérative face à ses deux filles,
- "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal avec Laure Calamy qui crève l'écran dans un premier premier rôle aux côtés de son âne Patrick,
- "Les parfums" de Grégory Magne avec une Emmanuelle Devos au sommet de son art dans le rôle d'un nez qui perd son talent et doit se réinventer,
Et aussi :
- "Papicha" de Lyna Khoudri qui nous parle de l'Algérie d'aujourd'hui au travers de 4 portraits de femmes jolies, drôles et libérées,
- "Adam", une ode à la complicité féminine de Maryam Touzani,
Un ovni dans la même veine :
- "La femme des steppes, le flic et l’œuf", un film réalisé par Wang Quan'an dans les steppes de la Mongolie extérieure avec dans le rôle principal une cow girl irréductible qui mène les hommes par le bout du nez et réalise son désir d'enfant...
Je citerais quand même un film d'hommes avec le dernier Clint Eastwood : "Le cas Richard Jewell", dans lequel le réalisateur de 90 ans nous parle du déclin américain à travers la vie d'un héros ordinaire encensé puis broyé par la machine médiatique
L'année 2020 nous a régalé également de documentaires : je retiendrais "Histoire d'un regard" de Mariana Otero qui retrace le parcours de Gilles Caron, un photojournaliste surdoué de la fin des années 60
Et de films d'animation : "Josep" réalisé par le dessinateur Aurel dont c'est le premier long métrage a plus particulièrement retenu mon attention dans ce biopic de Josep Bartoli, dessinateur républicain espagnol au talent poignant qui témoigne de son enfermement dans les camps d'hébergement français...
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année et à vous donner rendez-vous à la rentrée en espérant que les cinémas pourront rouvrir le 4 ou le 20 janvier ???
Les critiques sont partagés sur le dernier film d'Albert Dupontel...
Bijou de fantaisie tendre ou prétexte au cabotinage de l'auteur dixit Télérama qui ne prend pas position...
Personnellement, j'ai totalement adhéré à l'aventure loufoque qui réunit trois paumés de la vie...
Quand Suze Trappert (Virginie Efira toujours excellente), coiffeuse de son métier, apprend qu'elle n'a plus beaucoup de jours à vivre, car trop de laque ont empoisonné ses poumons, elle décide de tout faire pour retrouver l'enfant dont elle a accouché à l'âge de 15 ans et que ses parents l'ont contrainte à abandonner sous X...
Lors d'une séquence de fusillade complètement improbable, elle croise la route de Jean Baptiste Cuchas dit JB (Albert Dupontel très convaincant dans le rôle), un cadre supérieur hacker de génie lâché par ses supérieurs qui lui préfèrent un petit jeune sorti d'une grande école...
Les deux désespérés ne vont plus se quitter, bientôt rejoints par Monsieur Blin (Nicolas Marié excellent), un archiviste aveugle victime de violence policière qui va les aider à mener leur enquête...
Mêlant adroitement l'absurde et les scènes plus intimistes, le réalisateur dénonce à sa façon la dérive jeuniste des organisations, l'hystérie outrancière de la police, l'abandon des petites maternités devenues des rond-points, l'urbanisme qui a défiguré nos villes et plus globalement la terrible solitude des individus face à la toute puissance du système sécuritaire qui envahit jusqu'à notre sphère personnelle...
De très jolis moments avec Jackie Berroyer, un médecin atteint par la maladie d'Alzheimer complètent avec tendresse le portrait d'une époque envahie par la technologie mais sauvée par la complicité des rencontres affinitaires !
La réalisatrice italienne Maura Delpero dont c'est le premier long métrage, nous interroge sur l'instinct maternel... Elle nous plonge dans un foyer pour filles mères tenu par des religieuses en Argentine où l'avortement est toujours interdit...
Trois actrices formidables de vérité dont les deux premières sont des non professionnelles, nous présentent les différentes figures du sentiment maternel : d'un côté, Lu(ciana) (Agustina Malale) et (Fa)tima (Denise Carrizo) deux adolescentes de 17 ans qui vivent leur maternité précoce de façon très différente ; de l'autre côté Paola (Lidiya Liberman), une jeune religieuse italienne qui vient terminer son noviciat dans le foyer argentin...
Lu qui refuse de ne plus être qu'une mère, s'habille de façon provocante et saisit toutes les occasions d'aller retrouver son mec même si celui-ci a déjà pu se révéler violent... Tima quant à elle, mère d'un petit garçon et enceinte de sa future fille, semble se résigner à son sort : dolente, elle admire et redoute la vitalité agressive de Luciana, à laquelle elle passe tous ses caprices !
Quand Lu fugue en abandonnant sa petite Nina (délicieuse Isabelle Cilia), Tima accueille la fillette avec fatalité mais se voit voler l'affection de celle-ci par la sœur Paola sur le point de prononcer ses voeux, qui s'investit au-delà du rôle d'éducatrice qui lui est dévolu...
Passionnant jeu de regards et de gestes tendres entre cette enfant déjà femme qui regarde sa mère avec amour et reporte son besoin d'affection sur Paola... Paola, qui à la différence de la mère supérieure et de son équipe, n'a semble-t-il pas complètement renoncé à la maternité ou du moins semble être aspirée presque malgré elle dans le désir charnel d'enfant...
Une belle réflexion sur la réalité de ce que c'est d'être mère, que l'on soit adolescente ou jeune adulte, que l'enfant soit désiré ou non, que l'enfant soit possible ou interdit...
Un film à voir avant qu'il ne disparaisse des écrans !
Suite aux trois années de guerre civile espagnole (1936-1939), opposant les nationalistes aux républicains, Franco finit par s'emparer de l'ensemble de l'Espagne. En janvier 1939, les troupes franquistes entrent dans Barcelone, dernier territoire insoumis. Dans les jours qui suivent, plus de 450 000 personnes cherchent à trouver refuge en France, c'est la Retirada (Retraite en français). S'y mêlent civils, militaires, officiels de la République espagnole se pressant sur les routes de Catalogne, par la frontière encore ouverte entre Andorre et Port-Bou.
Le 29 janvier, le gouvernement français applique son plan de barrage le long des Pyrénées et ouvre dans la nuit la frontière aux civils (femmes et enfants) et aux blessés qui sont majoritairement dirigés en train dans les centres d'hébergement répartis dans 70 départements. Dès la fin du mois de janvier, des camps sont mis en place vers lesquels les hommes valides sont dirigés dans un dénouement total. Josep Bartoli fait partie de ces hommes. Les principaux camps de la Retirada fonctionneront jusqu'en juin 1940 et seront repris par le gouvernement de Vichy qui renforcera le réseau et ouvrira de nouveaux camps comme celui de Rivesaltes en 1941.
Le dessinateur de presse Aurel, dont c'est le premier long métrage, a découvert le travail de Josep Bartoli grâce au livre que lui a consacré son neveu Georges Bartoli. Fasciné par la première de couverture qui représente un républicain espagnol mi-homme, mi-squelette qui se tient sur ses béquilles, il a voulu nous faire revivre l'histoire du génial dessinateur et caricaturiste catalan dans ce film dessiné !
L'univers graphique du film évolue en fonction des étapes de la vie de Josep : au trait de crayon qui évoque le quotidien et l'enfer des camps, succède peu à peu la couleur au contact de Frida Kahlo et de son compagnon Diego Rivera dont il fait la connaissance au Mexique, où il parvient en 1943 après un long périple.
Josep qui dessine pour survivre est sauvé par un gendarme français qui l'aide à s'évader au risque de sa vie... C'est auprès de cet homme mourant, qu'il a remercié en lui donnant des dessins, que son petit fils Valentin va découvrir à son tour la vie et l’œuvre de Josep Bartoli !
Sergi Lopez (Josep), Gérard Hernandez (grand-père), Bruno Solo (gendarme) et quelques autres prêtent leurs voix aux personnages du film...
Christian Petzold a choisi d'adapter le conte d'Ondine en le transposant dans le Berlin d'aujourd'hui...
Ondine est l'équivalent de la sirène pour les rivières dans la mythologie germanique ; Ondine suffoque sans l'amour d'un humain et devra tuer le traître avant de retourner dans l'eau...
Dès les premières images, on assiste à une scène de rupture entre Ondine incarnée par Paula Beer et son petit ami Johannes (Jacob Matschenz)...
Ondine lui annonce qu'elle devra le tuer puis endosse sa tenue sage d'historienne conférencière spécialisée dans l'histoire architecturale de Berlin, ville qui a été construite sur un marais...
Revenant dans le café où elle a demandé à Johannes de l'attendre, elle tombe sur Christoph (excellent Franz Rogowski au physique de Joaquin Phoenix), un étrange jeune homme scaphandrier de son métier...
Le courant passe entre ces deux-là au point de briser un immense aquarium qui faisait la fierté de l'endroit...
Le conte moderne se poursuit entre scènes d'amour et plongées dans les eaux troubles d'un lac de barrage dont Christoph surveille les turbines...
Je ne sais pas si c'est la froideur distanciée de l'héroïne ou le procédé un peu appuyé de la démonstration mais personnellement je n'ai pas plongé !
Encensé par la critique, le film pourrait vous plaire si vous aimez l'eau douce et ses sortilèges !
La lumière entre à flots dans la splendide maison d'architecte aux formes harmonieuses flanquée d'une belle serre où nous découvrons Paul, Sam Neill très émouvant dans le rôle du mari...
L'architecte c'est Lily (magnifique Susan Sarandon), une femme au visage intense qui a du mal à sortir de son lit car elle souffre d'une maladie dégénérative en phase finale...
Lily ne veut pas qu'on l'aide... Lily a décidé de mourir avec l'aide de son mari qui est médecin... Lily et Paul ont convoqué leurs enfants et Liz (Lindsay Duncan), l'amie d'enfance de Lily pour leur faire part de la décision de cette dernière...
Lily a deux filles qu'elle a élevées en leur promettant qu'elles seraient fortes mais le modèle était sans doute trop écrasant....
Jennifer (Kate Winslet méconnaissable dans un rôle de femme sèche et autoritaire), la fille aînée est mariée et mère d'un adolescent ; la cadette Anna (fragile Mia Wasikowska), est venue de son côté avec sa compagne trans Chris...
Tout oppose en apparence les deux sœurs qui vont très vite s'opposer face à la décision de leur mère...
Le réalisateur Roger Michell nous parle avec délicatesse du thème "casse gueule" du suicide assisté et réussit à nous faire partager en quelques scènes le mode de vie et les déchirures de cette famille ordinaire...
En effet tous jouent le jeu lorsque Lily demande à célébrer une dernière fois Noël, l'arbre, le repas traditionnel et les cadeaux mais la tension est telle que les secrets de famille remontent à la surface...
Le film est très réussi quand il s'agit de capter les interactions entre la mère et ses deux filles ou dans la mise en avant du rôle de Chris, l'outsider de la bande dans la résolution de problèmes...
Par contre la fin est sans doute un peu trop "jolie" mais comment faire autrement face à un tel sujet !
Karin Viard nous épate dans ce thriller adapté d'un polar suédois de Karin Alvtegen...
Marc Fitoussi a transposé l'intrigue à Vienne dans le petit milieu des expats français pour nous raconter cette histoire fascinante : le film dure 1h50 mais on aurait aimé qu'il soit plus long tant l'héroïne Eve Monlibert (Karin Viard) nous fascine !
Le ton est donné dès les premières images lorsque Eve raccompagne sa mère qui représente le passé qu'elle veut oublier, à l'aéroport...
Eve (autrefois Evelyne mais Eve c'est tellement plus chic), a une vie parfaite : un mari Henri chef d'orchestre réputé (Benjamin Biolay), un petit garçon Malo adopté au Guatemala, des amis grands bourgeois telle Clémence (Pascale Arbillot parfaite) avec lesquels elle partage dîners, confidences et séances chez le coiffeur...
Lorsqu'elle découvre qu'Henri la trompe avec la maîtresse de son fils (Laetitia Dosch formidable dans un rôle d'aventurière prête à tout), Eve noie son malheur dans un bar où elle rencontre Jonas (Lucas Englander), un jeune autrichien marginal au parcours trouble...
Elle passe la nuit avec lui et organise sa vengeance par internet en pillant le portable de son mari...
Jusqu'ici rien que de très classique mais chaque protagoniste, tel une poupée russe, va révéler sa vraie nature et la conjonction de ces destins qui reposent sur les apparences va faire basculer l'intrigue dans le fait divers criminel...
Personnages principaux et secondaires sont tous croqués à merveille jusqu'au rôle pourtant apparemment insignifiant d'Evelyne Buyle qui fréquente assidûment la médiathèque que dirige Eve !
Un très bon divertissement pour cette rentrée morose !