
Prenez vos bécanes pour aller au cinéma, voir des pièces de théâtre, admirer des expositions...


Difficile comme chaque année d'établir un classement des films sortis en 2017 !
Le cinéma de l'année qui vient de se terminer nous a offert peu de véritables fictions... les réalisateurs nous ont plongé dans l'actualité brûlante de leur pays que ce soit en Russie, en Iran, en Egypte ou en Espagne !
J'ai choisi 5 films français et positionné 4 d'entre eux en tête de liste, dans des registres très différents : l'histoire d'Act Up, l'adaptation du roman de Pierre Lemaître, la dénonciation du plafond de verre, le fait migratoire à la frontière franco-italienne...
D'accord avec les rédacteurs de Télérama, je place 120 battements par minute en tête de liste, hors compétition, tant le film coup de poing de Robin Campillo est inclassable !
Nahuel Perez Biscayart est pour moi la "révélation de l'année", aussi n'est sans doute pas un hasard si je classe en second Au-revoir là-haut, la somptueuse adaptation par Albert Dupontel du prix Goncourt 2013, avec ce même acteur !
1. 120 battements par minute
2. Au-revoir là-haut
3. Le Caire confidentiel : le polar de l'année avec un acteur fabuleux Fares Fares
4. Numéro Une : Tonie Marshall dénonce le plafond de verre avec une formidable Emmanuelle Devos
5. La villa : Robert Gédiguian et sa bande d'acteurs au carrefour entre la nostalgie et l'actualité
6. Que Dios nos perdone : un extraordinaire duo de flics dans la tourmente des manifestations des indignés en Espagne
7. Un homme intègre : une dénonciation implacable de la corruption en Iran
8. Faute d'amour : un récit glaçant des ravages du capitalisme en Russie
9. Une famille heureuse : la digne révolte d'une femme de 50 ans en Géorgie
10. De toutes mes forces : Chad Chanouga revient sur sur son histoire personnelle et offre un magnifique rôle à Yolande Moreau
Et aussi : Wind River, Les figures de l'ombre, Loving, Le sens de la fête, Corniche Kennedy, Ma vie de courgette...
Et aussi 3 excellents documentaires : Lumière, Carré 35 et Le concours

Aaron Sorkin a adapté le livre de Molly Bloom, la princesse du poker interprétée dans le film par la sculpturale Jessica Chastain, formidablement à l'aise dans le rôle !
Il nous raconte l'histoire de cette jeune femme qui a organisé les parties de poker les plus convoitées et les plus fermées du continent américain avec toute la jet set du début des années 2000...
Mais quand la mafia russe s'invite et parce qu'elle finit par accepter de toucher des commissions, elle est rattrapée par le FBI...
Courageuse, elle refuse malgré le conseil de son avocat (formidable Idris Elba) de révéler l'identité de ses illustres clients et réussit à éviter de justesse la prison...
Le scénario très nerveux nous plonge dans le récit de l'ascension et de la chute de Molly Bloom mais surtout nous fait entrer dans la psyché de cette surdouée, poussée par son psy de père (Kevin Costner) dans sa jeunesse de championne de ski...
Plongée dans un monde d'hommes, Molly Bloom séduit par son intelligence hors du commun et nous donne envie de savoir ce qu'elle est devenue puisque le film se termine lorsqu'elle a 35 ans !

Le réalisateur argentin Santiago Mitre a bien du talent !
Dans ce film, il nous immerge dans les coulisses d'un sommet international, aux côtés des chefs d'état latino-américains, dans un magnifique hôtel d'une station isolée à 3600 mètres d'altitude dans la Cordillère des Andes au Chili...
Des paysages magnifiques, des personnages plus vrais que nature, la menace d'une affaire de corruption impliquant la fille du nouveau président argentin Hernan Blanco (Ricardo Darin charismatique), des tentatives de tractations au sommet des Etats, l'ombre influente des Etats Unis, tous les ingrédients sont réunis pour nous tenir en haleine...
Mais c'est à travers la relation ambiguë entre Hernan "le président au profil rassurant d'homme ordinaire" et Marina (Dolores Fonzi), sa fille au passé "fragile" que le scénario prend sa véritable ampleur et nous fait vivre un grand moment de cinéma !

Fasciné par le portrait de l'impératrice Ulanara réalisé par le jésuite Jean Denis Attiret au milieu du XVIIIe siècle - découvert au musée de Dole dont le missionnaire est originaire, Charles de Meaux s'est appuyé sur une réalité historique pour imaginer avec talent une fascination réciproque entre le peintre et son modèle...
Ulanara, seconde épouse de l'empereur Qianlong a obtenu de faire réaliser son portrait à la mode occidentale par Jean Denis Attiret, peintre officiel de la cour...
Dans les décors magnifiquement reconstitués de la chambre de l'impératrice, le peintre interprété par un Melvil Poupaud tout à fait crédible dans le rôle même s'il a du ânonner le mandarin, s'intéresse peu à peu à son modèle qui lui pose des questions sur sa foi et son art jusqu'à ne plus pouvoir la quitter des yeux...
Il faut dire que l'impératrice est interprétée par la ravissante Fan Bingbing !
Une réflexion intéressante sur la différence des cultures et la place de la femme dans la Chine impériale !

Marc Dugain a choisi d'adapter le livre éponyme de Chantal Thomas qui retrace un épisode troublant de l'histoire de la monarchie française...
Nous sommes en 1721... Pour consolider la paix avec l'Espagne, le régent Philippe d'Orléans (Olivier Gourmet parfait), décide de marier sa fille Mademoiselle de Montpensier (12 ans) à l'héritier de la cour d'Espagne et le futur Louis XV (11 ans) à l'infante Anna Maria Victoria alors âgée de 4 ans...
Au-delà de la parfaite reconstitution historique, le réalisateur s'attache aux réactions de ces enfants, otages de la diplomatie européenne de l'époque...
Si la jeune infante accepte son futur rôle de reine avec le plus grand sérieux, il n'en est pas de même pour la fille du duc d'Orléans qui refuse les conventions et son prince d'époux, certes un peu benêt mais tout énamouré à son égard...
Le futur Louis XV, magnifiquement interprété par un jeune acteur de 13 ans Igor van Dessel, est tiraillé entre la douleur de la perte de son statut d'enfant auprès de la gouvernante (formidable Catherine Mouchet) qui s'occupe désormais de l'infante, son isolement face à ses conseillers que le régent révoque à sa guise et ses soit-disant amis qui insistent sur la différence d'âge avec la future reine que l'on ne voit pas grandir...
Une réflexion fascinante sur la place des enfants dans le monde des adultes qui renvoie au statut actuel de "l'enfant roi" dans nos démocraties !

Kennett Branagh revisite le roman le plus célèbre d'Agatha Christie mais sa nouvelle version n'égale pas le film de Suydney Lumet en 1974...
Plutôt convaincant dans le rôle d'Hercule Poirot, il a réuni autour de lui un casting de choc : Johnny Depp (la victime), Penelope Cruz (une dévote espagnole), Judi Dench (une vieille princesse russe), Michelle Pfeiffer (une veuve américaine)...
Après une entrée en matière trop longue face au mur des Lamentations où Poirot résout une première affaire, le réalisateur nous emmène dans L'Orient Express, train de toute beauté au décor parfaitement reconstitué qui traverse de magnifiques paysages enneigés...
L'histoire que tous les amoureux d'Agatha Christie connaissent par coeur, nous est racontée dans une succession de saynètes pleines de rebondissements qui laissent un sentiment de déjà vu...
Difficile de restituer la magie de cette époque sans verser dans la superficialité !

François Troukens, ancien braqueur qui a passé 10 ans de sa vie derrière les barreaux, nous fait entrer dans le milieu du grand banditisme belge...
Faisant de l'Affaire des Tueurs du Brabant qui a terrorisé la Belgique dans les années 80 (non élucidée à ce jour), la toile de fond de son film, il nous raconte l'histoire de Franck Valken (formidable Olivier Gourmet) qui veut réaliser un dernier "grand coup" pour pouvoir se "retirer" et vivre auprès de sa femme et de sa fille...
Un scénario exigeant, des personnages hauts en couleurs au caractère bien trempé habités par le sens de l'honneur, la présence de deux femmes d'exception : la commissaire Lucie Tesla (Lubna Azabal fiévreuse à souhait) et la juge Véronique Pirotte (Natacha Régnier), l'habile mise en scène de l'instrumentalisation du grand banditisme par un pouvoir politique corrompu constituent les ingrédients d'une intrigue au rythme haletant !
A voir avant que le film ne disparaisse des écrans !

Le film de Mohammad Rasoulof a été sélectionné à Cannes en 2017 pour le prix Un certain regard mais il est interdit de projection en Iran !
Le courageux cinéaste dénonce à nouveau dans Un homme intègre après Au revoir (2011) et Les manuscrits ne brûlent pas (2013) la corruption généralisée du régime iranien...
De retour en Iran après un séjour aux Etats Unis, le réalisateur s'est fait confisquer son passeport en septembre 2016 et reste sous la menace d'une incarcération immédiate...
A travers l'histoire de Reza et de son épouse Hadis, le conte cruel dissèque sèchement le processus infernal qui interdit à tout iranien de se comporter en individu intègre...
La descente aux enfers de Reza nous glace tout autant que la morale de ce film qui est à la fois "jouissive" puisque le héros arrive à s'en "sortir" mais surtout désespérante !

Xavier Beauvois a choisi d'adapter le roman éponyme de Ernest Pérochon pour nous raconter l'héroïque implication des femmes restées à l'arrière des tranchées de la grande guerre...
Il a installé sa caméra dans la Haute Vienne dans le village de Montrol Sénard où rien ne semble avoir changé depuis 1915...
Trois femmes "courage" : Hortense la mère (Nathalie Baye vieillie pour le rôle), sa fille Solange (Laura Smet) et Francine une jeune ouvrière agricole (Iris Bry, une révélation) recrutée à l'assistance publique pour les aider, consacrent toute leur énergie à faire marcher l'exploitation alors que les hommes de la famille ont tous été mobilisés...
Le film couvre les quatre années de guerre et nous fait participer à tous les travaux de la ferme au rythme des saisons...
En plus de deux heures, Xavier Beauvois ne réussit pas vraiment à nous intéresser au destin de ses personnages à la Millet...
Le sujet est passionnant sur le papier, la reconstitution de l'époque est parfaite mais la réalisation trop linéaire manque totalement de relief...
Nathalie Baye et Laura Smet jouent bien mais elles jouent...
Seule Iris Bry nous convainc dans sa modernité en incarnant une très jeune femme qui assume ses choix avec une douce fermeté !
Dommage, Xavier Beauvois nous avait habitués à mieux !