Claire Denis a adapté le roman éponyme que le journaliste Denis Johnson a écrit en 1986 pour raconter l'expérience qu'il a vécu au Nicaragua en 1984, lors de la révolution sandiniste... mais a transposé l'histoire en pleine pandémie du Covid...
Choisissant la langue anglaise qui est celle de ses deux interprètes, elle nous raconte la rencontre entre Trish (Margaret Qualley), une jeune journaliste américaine dont le passeport a été confisqué et Daniel (Joe Alwyn), un soit-disant businessman anglais fortuné...
Film de fuite, thriller, film politique, film d'amour... "Stars at noon" alterne les genres durant 2 heures 20 et nous plonge dans la moiteur corrompue d'une Amérique Centrale où les intérêts américains ne sont jamais loin...
Seul intérêt du film auquel on ne comprend pas grand chose : les très belles scènes érotiques entre les deux héros dont les corps fusionnent pour mieux se trahir...
Difficile de comprendre pourquoi le jury de Cannes a accordé le Grand prix à ce film en 2022 ?!
Après les délicieux "Comme un avion" et "Les deux Alfred", Bruno Podalydès est en panne d'inspiration !
Il nous fait partager le quotidien de deux agents immobiliers de l'agence Wahou (et de leur stagiaire) qui font visiter une maison "d'exception" à Louveciennes et un appartement témoin à louer dans le "triangle d'or de Bougival" - à une ribambelle de clients tous plus névrosés les uns que les autres...
Une série de sketchs pas vraiment drôles pour épingler les travers de nos contemporains, un casting XXL (Karin Viard, Sabine Azéma, Eddy Mitchell, Agnès Jaoui, Roschdy Zem, Denis Podalydès...) sous-utilisé, un film qui fait pschittt...
On sourit un peu mais surtout on oublie tout dès que l'on quitte le fauteuil du cinéma !
Un film bouche trou entre deux projets, écrit en un mois, tourné dans une belle et veille maison qui allait être mise en vente ?!
Encensé par Télérama et France Inter qui présentent le film comme une "comédie humaine", "Wahou !" n'est pour moi qu'un exercice de style vite fait, mal fait !
Passé totalement inaperçu, boudé par les critiques, le premier film en langue anglaise du réalisateur argentin Damian Szifron est une réussite...
D'excellents acteurs totalement investis dans leur rôle, un suspens digne des meilleurs polars, une analyse fine des fragilités mentales générées par les excès d'un mode de vie ultralibéral, des armes de guerre en libre accès... tout est réuni pour nous scotcher à notre fauteuil de spectateur durant 2 heures !
Baltimore fête bruyamment le 31 décembre : sur les terrasses des tours puissamment éclairées, les citoyens lambdas s'enivrent et s'embrassent sous le ciel zébré de feux d'artifice...
Quand soudain l'horreur se même à la liesse : une vingtaine de corps sont fauchés par des tirs d'une précision diabolique...
Mandaté sur les lieux, le FBI s'attaque à une enquête hors norme car le tueur a tué au hasard et n'a laissé ni empreinte ni douille...
L'agent Lammark (formidable Ben Mendelsohn) prend l'affaire en mains et impose son équipe constituée d'un black talentueux et d'une jeune policière Eleanor (tout aussi formidable Shailene Woodley) dont il a repéré la fascinante personnalité, n'hésitant pas à court-circuiter la police et les autorités de la ville...
La chasse à l'homme connait tour à tour des investigations minutieuses puis des intuitions fulgurantes suivies d'accélérations brutales qui nous coupent le souffle...
Des héros attachants, tout à la fois brillants et terriblement fragiles, des personnages secondaires subtils comme le conjoint de Lammark... que demander de plus à un divertissement de haut vol !
Après son formidable 120 battements par minute, le réalisateur nous associe à nouveau à son univers autobiographique...
Mais si son avant-dernier opus avait une portée à la fois intime et universelle, "Lîle rouge" ne présente aucun intérêt à part sans doute pour lui !?
Robin Campillo nous raconte son enfance à Madagascar, troisième fils d'une famille de colons "ordinaires" : dîners entre amis, journées à la plage, anniversaire de sa mère, disputes entre sa mère et son père, amitié avec une petite fille un peu délurée qui apprécie comme lui la lecture de Fantomette...
Les couplets sur les illusions du colonialisme et la "révolte" des Malagasy sonnent faux tant ils sont "surajoutés" et appuyés...
Les acteurs font ce qu'ils peuvent : Nadia Tereszkiewicz campe sans passion une mère étouffée par le patriarcat familial et militaire, Quim Gutierrez, le père est caricatural dans un rôle de sous-officier à la fois fanfaron et pas très finaud, Charlie Vauselle qui interprète Robin, jeune garçon de 8 ans, n'est pas très attachant...
Bref je me suis ennuyée durant 2 heures, je n'ai rien appris sur l'histoire de Madagascar et je ne me suis même pas régalée de beaux paysages !
Valérie Donzelli adapte avec maestria le roman éponyme d’Éric Reinhardt et nous raconte une histoire d'emprise glaçante...
Blanche (Virginie Efira) et Rose (Virginie Efira), sa jumelle vivent heureuses en Normandie avec leur mère...
Quand Blanche, qui sort d'une histoire d'amour difficile, rencontre, au cours d'une soirée où sa sœur l'a entrainée, Grégoire Lamoureux (Melvil Poupaud), elle pense avoir rencontré le prince charmant, l'homme parfait...
Plutôt beau gosse, stylé, banquier de métier, attentionné, amoureux, tendre... Grégoire semble avoir toutes les qualités... jusqu'à convaincre Blanche de le suivre près de Metz où il vient d'être muté, en abandonnant sa mère, sa sœur, le chatoiement de la mer et son métier de professeur de français...
Blanche va très vite se retrouver enceinte, le couple va se marier, ils sont heureux, ils vivent dans une grande maison au sein d'une nature luxuriante, leur entente sexuelle est parfaite...
Mais quand Banche décide de retravailler après la naissance de son second enfant, la mécanique se grippe, les désaccords surgissent et les mensonges de Grégoire détricotent la belle histoire...
Le spectateur assiste impuissant à la métamorphose de Grégoire qui ne supporte pas que sa femme ait une vie en dehors de lui : maladivement jaloux, il va l'enfermer peu à peu dans les filets de sa paranoïa toxique, réussissant même à endosser le rôle de victime dans leur couple...
Le scénario très bien ficelé nous laisse quelques plages de respiration ; échanges entre collègues, fête organisée en son honneur par ses élèves... mais comme Blanche, nous en venons à redouter les retours au domicile...
Car la terreur s'installe et l'atmosphère devient irrespirable...
Le film nous offre un casting de rêve : deux acteurs magnifiques pour interpréter le couple mais également Dominique Reymond qui campe une avocate que l'on souhaiterait avoir à ses côtés, Romane Bohringer et Virginie Ledoyen qui vont tour à tour épauler Blanche et le compositeur Bertrand Belin qui interprète un autre versant de la masculinité...
Un très grand film de femmes sur un sujet très sensible !
Depuis 2014, en France, la Justice Restaurative propose à des personnes victimes et auteurs d’infraction de dialoguer dans des dispositifs sécurisés, encadrés par des professionnels et des bénévoles.
Après "Pupille", Jeanne Herry s'est saisie de ce sujet pour son troisième long métrage et réussit un sans faute !
"L’objectif de la justice restaurative, c’est la libération des émotions par la parole ». C’est cette libération que j’ai voulu mettre en scène", précise la réalisatrice (fille de Miou-Miou et de Julien Clerc)...
Le spectateur est happé dès les premières images en étant associé à la formation des futurs bénévoles : Judith (Elodie Bouchez), Fanny (Suliane Brahim) et Michel (Jean-Pierre Darroussin), sous la supervision exigeante de Paul (Denis Podalydès excellent comme toujours)...
Le scénario extrêmement habile mêle une "thérapie de groupe" où des victimes d'agressions (Gilles Lellouche chez lui, Miou-Miou dans la rue ou Leïla Bekhti sur son lieu de travail) rencontrent en prison trois détenus auteurs d'agression, en présence de bénévoles - et une médiation orchestrée magistralement par Judith entre Chloé (formidable Adèle Exarchopoulos), une jeune femme violée dans son enfance par son frère et le dit frère à sa sortie de prison...
Scotché à son siège, le spectateur immergé dans ces histoires tristement "ordinaires" où l'émotion (sans pathos) perle à chaque scène, se retrouve universellement concerné au même titre que les victimes et/ou les agresseurs...
La réalisatrice espagnole Andrea Bagney est fascinée par la relation entre un réalisateur et son actrice principale...
Elle a fait appel à Lourdes Hernandez, une chanteuse qu'elle a découverte sur YouTube pour interpréter l'héroïne de son histoire...
Le film démarre par une rencontre dans un bar de Madrid entre un homme et une femme qui partagent quelques bières et se découvrent beaucoup de points communs...
Tournée en noir et blanc, la scène est plaisante et inaugure une suite savoureuse...
Car l'homme que Ramona vient de rencontrer est réalisateur et c'est devant lui qu'elle doit faire un essai... qu'elle refuse dans un premier temps car il lui a avoué être amoureux d'elle...
La suite n'est malheureusement pas à la hauteur et nous lasse vite par trop de maniérisme, de pseudo-intellectualisme et de jeu vite décrypté entre le noir et blanc et la couleur...
Lourdes Hernandez n'en reste pas moins fascinante tant son visage est expressif mais les deux autres principaux personnages : Bruno le réalisateur et Nico le petit ami qui a fait des études d'architecture mais est cuisinier ?... ne sont pas assez fouillés pour que le film prenne une réelle dimension dramatique...
Avec son dernier film présenté en ouverture du festival de Cannes, Maïwenn (qui incarne Jeanne du Barry), a su trouver le ton juste pour nous émouvoir...
Fascinée par le personnage de Jeanne campée par Asia Argento dans "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola, la réalisatrice a attendu 15 ans pour se lancer dans ce projet, pour lequel elle se sentait illégitime...
Durant 2 heures, Maïwenn réussit à nous passionner pour Jeanne Vaubernier, une fille du peuple avide de s’élever socialement et qui devint, par l'entremise du duc de Richelieu, la favorite de Louis XV jusqu'à ses derniers jours...
Porté par un casting de rêve : Johnny Depp (très convaincant dans le rôle du roi), Benjamin Lavernhe (fascinant en 1er valet de chambre et favori du roi), Pierre Richard (très à son aise dans le costume du duc de Richelieu), le film, tout à la fois classique car tourné en 35mm et très moderne par le jeu décalé des acteurs, est un modèle d'élégance et d'impertinence...
Pour casser l'image du futur Louis XVI, dont les historiens semblent enfin redécouvrir le tempérament complexe, Maïwenn a choisi son fils Diego Le Fur, un très grand jeune homme filiforme de 19 ans (a priori pas tenté par le métier d'acteur) : il incarne avec brio un dauphin très réfractaire aux mascarades de Versailles !
Le directeur de la photographie Laurent Dailland filme magnifiquement le château où une grande partie des scènes ont été tournées (le reste en studio) : la lumière sublime les façades, les jardins, les bassins et la galerie des glaces...
Chaque scène est un tableau où le chatoiement des vêtements habite de magnifiques intérieurs : la réalisatrice confie s'être inspirée de l'esthétisme du film "Barry Lyndon"...
Noémie (Agnès Jaoui), scénariste de renom vient donner une masterclass à des étudiants de l'ENSAV (École nationale supérieure de l'audiovisuel, située à Toulouse)...
Invitée par Vincent (Jonathan Zaccaï), avec lequel elle a eu une histoire d'amour il y a 30 ans, Noémie démarre la journée devant un amphithéâtre quasiment vide... Un peu has been pour ces jeunes gens pleins de vie et d'imagination...
Pour un premier scénario, prendre un personnage qui vous ressemble, universel et unique...
La journée se déroule dans un double mouvement ponctué de moments insolites ; les étudiants de plus en plus nombreux se passionnent et sortent de leurs querelles intestines - le couple Noémie / Vincent se retrouve et se cherche, interrogeant leur passé et questionnant leur présent...
Un fou rire, un saignement de nez, un trop plein d'émotion... les anecdotes cinématographiques ponctuent la journée et font écho aux histoires de coeur et de deuil des différents personnages...
Frédéric Sojcher qui a choisi la musique de Cosma pour illustrer l'essai : Atelier d'écriture - Cinquante conseils pour réussir son scénario sans rater sa vie (écrit par Alain Layrac), réussit son pari d'arriver à faire d'une masterclass un objet cinématographique...
Un très très joli film tourné dans un magnifique bâtiment clos datant du XIVème siècle,cousu pour Agnès Jaoui (tout à la fois fragile et charismatique), avec le fil du souvenir de Jean-Pierre Bacri !
Estelle (formidable Yolande Moreau), la principale du collège, a comme adjoint un homme qui s'est fait à la force du poignet et règne de main de fer sur l'établissement...
Chad Chenouga s'est inspiré d'une histoire vraie pour nous raconter la "faille" de Sabri Lahlali (Roschdy Zem excellent comme à son habitude)...
Issu des quartiers difficiles de la ville, le principal adjoint se veut irréprochable pour décrocher son Graal : être nommé principal à la place du principal, en succédant à Estelle...
Mais Sabri a deux faiblesses : Saïd, son frère qui souffre d'une fragilité mentale et dont il doit s'occuper et Naël (Jibril Bhira très prometteur), son fils auquel il prédit les plus grands succès scolaires...
Mais ce dernier, rattrapé par l'adolescence, ne travaille pas assez son brevet au goût de son père qui, pour lui, va commettre l'irréparable...
D'une forme assez convenue : opposition entre ce principal trop intègre et l'équipe pédagogique, conflit entre Sabri et son ex-femme Noémie (Marina Hands) professeur dans le même collège, le film se démarque par le duo très touchant que forment Roschdy Zem et Yolande Moreau, une intellectuelle empathique et doucement fleur bleue...